31 mai 2018

Comment devenir un ange

Barbe, Jean

Comment devenir un ange

Pour tout vous dire, à la lecture du résumé ci-dessous, tiré de la base de données Nelligan Découverte des Bibliothèques de Montréal, j’avais décidé de passer mon tour. Je n’avais pas envie de me taper un livre « sur la beauté qui se trouve en chaque être humain, sur ces petits bonheurs quotidiens qui nous font apprécier la vie… »

« François, journaliste désabusé, signe une chronique dans un hebdomadaire très en vue. C’est en organisant le concours intitulé “L’être le plus extraordinaire que j’ai rencontré” (p. 78) qu’il découvre l’existence d’un être qui bouleversera son existence : Victor Lazarre, un homme d’une bonté absolue au contact duquel les gens s’épanouissent comme par enchantement…

« Après Comment devenir un monstre, qui lui a valu le prix des libraires du Québec, le nouveau directeur éditorial de Leméac s’attarde cette fois sur le merveilleux du hasard, sur la beauté qui se trouve en chaque être humain, sur ces petits bonheurs quotidiens qui nous font apprécier la vie. D’une plume élégante et lucide, il brosse les destins exceptionnels et tragiques de trois jeunes colocataires dont l’amitié évolue sur une vingtaine d’années, de 1980 à nos jours. Un bijou. » [SDM]

Mais il a fallu que ce bouquin soit une lecture obligatoire pour mon fils. Comme il avait l’air de s’emmerder un max, je suis allé voir afin de pouvoir en deviser avec lui. J’ai été agréablement surpris. Pas évident de devenir un ange. Ça m’a plu. Roman portant plus sur la chute de l’ange que sur son envol, enfin si peu, pour attendrir le lecteur vers la fin.

Ils vivent à trois dans un appartement montréalais : Fred, un DJ qui a abandonné ses études en physique ; Provençal qui rédige une thèse de maîtrise sur la période de Mussolini. François, un journaliste un peu désabusé qui signe des chroniques féroces dans un hebdomadaire.

Trois poqués : Fred a eu des parents qu’il détestait, il finira par sombrer dans les paradis artificiels ; Provençal a perdu ses parents très jeunes, elle aime filer dans les bars la nuit, ramasser des gars, les violenter et se faire violenter en retour, sa chambre est tapissée de photos d’horreur (cadavres, blessés, brûlés, mutilés, charniers, montagnes de dentiers et de cheveux, enfants nus entassés en pyramide, etc.). François souffre de solitude. Il a perdu son amour de jeunesse (1), Marie foudroyée.

Regard sur une époque de brutales transitions : 1980-2000. La fin des illusions. Le refuge dans les nouvelles religions, la victoire de la « marchandisation » de tout, la perte de toutes références. Des enfants sans parents. Toute la symbolique de la chute est bien marquée : sado-masochisme, automutilation, les horreurs de la guerre, le long coma de Provençal, les ravages de l’héroïnomanie de Fred, les tentatives de suicide, les gens qui se jettent par la fenêtre des tours du World Trade Center en feu, la désintégration de la navette spatiale américaine Challenger et la chute de Victor Lazarre du haut d’une falaise, au tout début du roman…

Une finale en forme de réconciliation, d’espoir peut-être. Mais la force du récit réside dans la Chute de l’ange.
Mon fils : Ouenh !

(1) Histoire vécue par Jean Barbe. Son amoureuse a été foudroyée dans une rue de Calgary. Il avait dix-neuf ans. Récit relaté dans son dernier opuscule : Discours de réception du prix Nobel (2018). Livre éreinté par Christian Desmeules du journal Le Devoir. Il y allait fort, mais il n’avait pas totalement tort.

Membre : J. de Rosemont

Barbe, Jean. Comment devenir un ange, Éditions Actes Sud, Leméac, 2005, 384 pages.

Cette oeuvre a déjà été suggérée par le Club des Irrésistibles, lire ici.



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