05 mar 2020

Ceux qui partent

Benameur, Jeanne

Ceux qui partent

J’ai été profondément touchée par ce roman de Jeanne Benameur.

1910. De très nombreux immigrants arrivent par bateaux aux portes de New York, qui pour fuir la misère, qui parce que leur vie est en danger, qui par désir de liberté. Ils sont retenus à Ellis Island une nuit et un jour, le temps de régler les formalités nécessaires.

Nous entrons dans l’intimité de quelques personnages hors du commun. Donato Scarpa, un comédien italien réputé et à l’aise financièrement, qui connaît L’Énéide par coeur et néanmoins ne se sépare pas de ce livre. Sa fille Emilia, peintre, l’a entraîné avec elle dans cet exil après la mort de Grazia, sa mère et grand amour de son père.

Sur le bateau, Emilia se lie avec Esther, une Arménienne qui a perdu tous les siens. Il y a aussi un groupe de gitans qui ont fait le choix d’aller parcourir les routes de l’Amérique. Parmi eux, Gabor et son violon, et Marucca qui est amoureuse de lui. Il y a la barrière des nombreuses langues parlées, mais aussi une attente anxieuse et des rêves partagés.

À New York, nous faisons la connaissance de la famille Jónsson. La grand-mère Ruth a émigré d’Islande avec son tout jeune fils Sigmundur. Ce dernier a fait des études et réussit très bien en affaires. Il procure une vie aisée à sa femme américaine Elisabeth et à leur fils unique, Andrew. Du passé, des origines, on ne parle pas.

Pour se conformer au désir de sa mère, Andrew étudie en vue de prendre la succession de son père, mais sa passion, c’est la photographie qu’il aime bien aller pratiquer à Ellis Island. Il a des liens étroits avec Ruth, mais peu de liens avec son père et ceux avec sa mère sont tendus. Celle-ci voudrait bien qu’il se case enfin et lui fait rencontrer une jeune fille de bonne famille, Lucille Lenbow. On fait également la connaissance de Hariklia Antonakis, alias Hazel, qui rêve aussi de dignité et de liberté.

Ce roman parle d’émigration et d’intégration. Il ouvre l’esprit et le coeur à une réalité contemporaine encore plus dramatique aujourd’hui, mais si mal connue de l’intérieur. Il parle aussi de goût de vivre, de soif de liberté, d’identité et de langue, de l’impact de la musique, de la peinture et de la littérature, de désespoir et d’espoir, de passion charnelle, avec toute la sensibilité et la poésie de cette autrice.

« Il ne restait pas [chez les grands-parents maternels où Emilia passerait la journée] sachant que sa présence n’était pas souhaitée. Son monde s’en allait dans la poussière des pas de son père. Ils [les émigrants] cherchent à conquérir le plus profond d’eux-mêmes parce qu’il n’y a pas d’autre façon de continuer à vivre lorsqu’on quitte tout. »

Un livre que l’on abandonne avec regret après la dernière page.

Membre : Outremont

Benameur, Jeanne. Ceux qui partent, Éditions Actes Sud, 2019, 331 pages.

Cette oeuvre a déjà été suggérée par le Club des Irrésistibles, lire ici.



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