24 août 2017

Ce que j’appelle oubli

Mauvignier, Laurent

Ce que j'appelle l'oubli

« et ce que le procureur a dit, c’est qu’un homme ne doit pas mourir pour si peu […] » Fiction inspirée d’un fait divers. Un jeune homme pénètre dans un supermarché. Il est pris d’une irrépressible envie de se rafraîchir. Il se dirige vers le rayon des canettes de bière, en ouvre une et la boit avec délectation. « Il avait juste envie d’une bière, tu sais ce que c’est l’envie d’une bière, il voulait rafraîchir sa gorge et enlever ce goût de poussière qu’elle avait et qui ne le lâchait pas, va savoir, un jour comme aujourd’hui, un après-midi où la lumière était blanche comme une lame de couteau brillant sous un néon dans une cuisine. » Mal lui en prit, les quatre vigiles l’ont bien vu commettre le geste. Il l’emmène à l’écart dans un « local de sécurité » du supermarché. Ils vont le tabasser à mort, disons en résumé, pour s’amuser… Bestial.

C’est écrit d’un seul trait, une longue phrase de 62 pages. Un narrateur omniscient raconte au frère du malheureux le récit d’une vie, trop courte, s’achevant sur une table en inox, à la morgue. Un récit en spirale, par à-coups, digressions, un va-et-vient entre le présent et le passé pour dire la chair tuméfiée par les coups, la tronche des jeunes vigiles qui auraient pu être ses copains, l’indifférence, la vie d’avant avec les filles et la musique, le silence des choses à venir, et ces mots terribles à la fin : « pas maintenant ». L’humanité en prend un bon coup sur la gueule.

Membre : Rosemont

Mauvignier, Laurent. Ce que j’appelle oubli, Éditions de Minuit, 2011, 62 pages.



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