Avec un tel titre, nous savons tous de quoi parlera ce livre. Sauf qu’il le fait d’une façon tout à fait originale en rapportant plein de petits faits et de détails de ce qui s’est passé ce jour-là. Il parle de Jackie Kennedy, mais aussi des employés des Kennedy, des gardes, bref, des personnes touchées indirectement par ce drame de l’assassinat de John Kennedy. Je cite un commentaire inscrit sur la quatrième de couverture : « Un livre à la fois complètement original et terriblement poignant. » C’est une opinion que je partage. Et pourtant, je croyais bien que tout avait été dit sur cet événement.
Catégorie : Romans biographiques
22 novembre 1963
A Woman of Independent Means
Ce livre relate la vie de la grand-mère de l’auteure. Il est très bien écrit. Le style littéraire est le même que celui de Mary Ann Shaffer et Annie Barrows dans The Guernsey Literary and Potato Peel Pie Society (2008).
Mme Hailey utilise une série de lettres, ou si l’on préfère, un monologue, de la grand-mère qui est le personnage principal du livre. (Cette dernière avait découvert la nouvelle invention « la dactylo » et avait décidé de garder une copie de toute sa correspondance !)
La technique utilisée par l’auteure est excellente pour nous faire connaître une femme intelligente, avant-gardiste, optimiste, généreuse et de plus, une femme d’affaires avisée et moderne bien avant son temps. Elle excelle à nous livrer les forces ainsi que les failles de ce personnage à travers le parcours de toute sa vie mouvementée. Ce livre est touchant et nous laisse non seulement avec la nostalgie d’une époque passée, mais aussi avec le sentiment de bien connaître la grand-mère qu’on aurait voulu rencontrer en chair et en os.
Très belle lecture estivale.
Alabama Song

Nous sommes dans le sud des États-Unis, en 1918. Zelda « Belle du Sud » rencontre le lieutenant Scott Fitzgerald. Coup de foudre, immense succès à la sortie du 1er roman de Scott Fitzgerald, grand mariage à New York et début d’une vie mondaine qui entraînera ce jeune couple dans une spirale destructrice.
L’auteur a voulu mêler des faits biographiques et imaginaires. Cela ne m’a pas plu. Comme si cette vie triste et sombre de Zelda Fitzgerald aurait été, pour moi, plus facile à accepter si cela avait été sa vraie vie. Je trouve que l’auteur en a « beaucoup trop mis ». C’est lourd.
27 fév 2009
Je me suis laissé prendre par un début intéressant mais les sauts dans le passé et les retours mon lassé. J’ai moins aimé.
13 fév 2009
Fiction ou réalité ! Pourquoi un prix à ce livre ?
On aime ou on n’aime pas ! 30 ans de passion brûlante… je crois que chacun a eu besoin de l’autre et s’en est servi pour répondre à des intérêts personnels et égoïstes. Une collaboration destructive. On ressent de la souffrance chez Zelda, contrainte de refuser des engagements de danseuse parce que son mari n’aime pas l’Italie. Elle tombe amoureuse d’un pilote français, Edouard Jozan que son mari fait enfermer parce qu’elle le dérange dans son travail. C’est ça l’amour !
Un Gilles Leroy me suffit.
Bestiaire
L’auteur raconte son enfance en la réinventant. Nous sommes en 1976, l’année des Olympiques, en Gaspésie dans un parc de roulottes. Éric, le narrateur, et sa sœur regardent Nadia Comaneci faire des prouesses sportives à la télévision. Le père, désigné sous le nom d’Henri VIII (policier et séparatiste), a quitté sa première épouse Catherine d’Aragon, mère des deux enfants. Ces derniers, après un séjour dans une famille d’accueil nommée Thénardier (allusion à V.H.) retrouvent leur père et sa seconde femme Anne Bolleyn, et on se retrouve à la cour d’Angleterre ! Chacun des chapitres est sous le signe d’un animal : oiseau, mammifère ou animal marin. L’animal a plus ou moins de rapport avec le chapitre.
Un dosage savant d’imaginaire, de rêverie, de folie. Roman agréable à lire, fait penser à l’occasion à du Réjean Ducharme.
Blanche et Marie
C’est un livre étrange où l’auteur, en partant de personnages réels, mélange à leurs vies la fiction qu’il invente. Il s’agit de Marie Curie et d’une autre femme, nommée Blanche. Toute l’action se passe dans le Paris de la fin du XIXe. Le livre est un peu compliqué à lire, mais intéressant, car il nous parle d’un Paris en pleine ébullition : à l’hôpital de la Salpêtrière, on enferme toutes les femmes qu’on dit « hystériques ». Le professeur Charcot, entre autres, soigne Blanche.
Marie Curie est Polonaise, peut être même juive, et on est en plein dans l’affaire Dreyfus. Et les premiers méfaits, qu’on ne découvre qu’après coup, du radium et de la radioactivité, obligent à de nombreuses amputations de membres irradiés. La science, malgré tout, progresse à grands pas, couronnée de plusieurs prix Nobel.
Titre original : Boken om Blanche och Marie
Chronique de la dérive douce
Dans ce livre, Dany Laferrière raconte, dans un style tout à la fois poétique et réaliste, son arrivée à Montréal. Il est plongé dans la pauvreté, les appartements sordides, les voisinages inquiétants, le racisme, les petits boulots. Pourtant, en même temps, le livre respire d’un optimisme débordant, d’une sexualité franche et rieuse et d’une étonnante débrouillardise.
Le livre se termine sur la décision de Dany de se consacrer dorénavant à temps plein à la littérature. Pour notre plus grand plaisir.
Claudine à l’école
J’ai lu avec ravissement ce roman signé Colette et Willy, son premier mari.
Si on lit auparavant une biographie de cette auteure, il devient assez évident que les romans de Colette sont des autofictions. D’ailleurs, si vous lisez les œuvres de Colette dans La Pléiade, vous aurez tout le loisir de le constater en lisant les milliers (je n’exagère pas) de notes qui font le pont justement entre la réalité et la fiction du monde de Colette.
Adolescent, j’avais lu L’ingénue libertine, mais je suis persuadé qu’aujourd’hui, au début de l’hiver de ma vie, le plaisir de cette écriture m’est, de loin, plus savoureux. J’ai pu constater que l’éducation que nous avons reçue avant le Rapport Parent (1963-64) ressemblait drôlement à celle qui prévalait en France à la fin du XIXe siècle ! Et que nous avons réagi de la même façon que Claudine face à ce que nous considérions comme une torture inutile (dictées, algèbre, cours de dessin, etc.) et toutes nos singeries envers nos profs de l’époque ne sont pas moins dignes de mention que celles de Claudine.
Claudine à Paris
J’ai lu ce roman signé Colette et Willy et j’ai adoré.
Cette ambiance du début du siècle passé, la vie quotidienne, les us et coutumes de cette époque et l’écriture, tout en finesse, comme cette jeune fille, mais en contradiction avec la vie rude qu’elle a connue à la campagne et à l’école…
En lisant ce récit, je repensais au livre de Germaine Acremant, Ces dames aux chapeaux verts (1921).
Et Nietzsche a pleuré
Les personnes qui ont approché la psychanalyse d’une façon ou d’une autre seront passionnées par la lecture de ce livre de 499 pages.
Ce roman raconte une histoire qui aurait pu être réelle, surtout que les personnages ont vraiment existé et se trouvaient dans les lieux réels aux dates où l’auteur les a fait se rencontrer. Et dans ce cas, nous assisterions aux débuts de la psychanalyse.
Les profanes y trouveront également leur compte puisqu’il s’agit d’un dialogue entre un médecin et son patient philosophe, un dialogue qui poursuit un objectif. Le médecin l’atteindra-t-il ? À lire.
Titre original : When Nietzsche Wept
Je ne veux pas mourir seul

Coup de coeur pour ce récit émouvant et bouleversant sur l’amour et la mort et surtout les mots pour le dire. À la fois brutal et sensible, violent et doux.
11 juin 2010
J’ai d’abord dévoré les premières pages. En fait, j’étais estomaquée. Je n’arrivais pas à croire à autant de sincérité, de souffrance.
J’ai déposé le bouquin pour souffler un peu et j’ai pensé aller parler avec l’auteur au bar des Enfants Terribles, il est toujours là dans ses habits défraîchis, sa barbe trop longue et son teint de grand malade. J’ai eu envie de lui dire merci pour m’ouvrir au chagrin d’amour d’un homme. Pour moi, c’est la première fois.
Finalement j’ai opté de poursuivre ma lecture et je me suis lassée. Pourtant Gil Courtemanche a une si belle plume.
Il y a trop de redondance dans l’autofiction.
Et cette auto-flagellation ! N’était-elle pas violente envers Violaine, cette femme qui l’a abandonné ?
Non, je n’irai pas lui parler au bar, je ne lui offrirai pas un verre de vin blanc.
Je suis déçue, pas de l’œuvre, mais de l’homme.
Autant de descriptions intimes de ses malheurs, n’est-ce pas une forme d’hyper narcissisme ? Je ne suis pas experte. Ce sont simplement mes impressions.
21 mai 2010
Coup de coeur pour le dernier roman de l’auteur.
Une histoire d’amour et surtout d’incompréhension. Le narrateur dans son grand orgueil de mâle veut en tout temps ne pas trop laisser voir son amour, histoire de conserver une certaine réserve surtout auprès de l’entourage. De son coté, l’élue a l’impression de n’être pas suffisamment appréciée et décide de couper court à la relation. Entre temps, un cancer du larynx s’est installé chez celui qui ne voudrait pas mourir seul. Un roman rempli de réalisme susceptible de faire réfléchir sur l’appréciation du Bonheur quand il est présent.
L’hirondelle avant l’orage
À la suggestion d’un membre du Club des Irrésistibles, j’ai lu ce livre.
Les témoignages entrecroisés de plusieurs personnages vivant sous la dictature stalinienne de 1934 à 1939 forment l’essentiel du roman. Le personnage central est Ossip Mandelstam, un poète russe qui a réellement existé et qui était, semble-t-il, admiré par Staline. Dans le but de révéler la vérité sur ce qui se passe dans la société soviétique, Mandelstam écrit une épigramme critiquant Staline qu’il lit à quelques proches. La délation faisant son oeuvre, il est arrêté et condamné aux travaux forcés. Après sa libération, il est arrêté à nouveau et mourra en route vers un camp de travail.
Le roman décrit de manière très forte l’atmosphère de méfiance et de peur que le système stalinien faisait peser sur les intellectuels et les artistes soviétiques. Les séances d’interrogation qui tournent à la torture sont d’une délirante absurdité et la condamnation aux travaux forcés équivaut bien souvent à une condamnation à une mort lente.
C’est un livre qui passionnera les lecteurs qui s’intéressent à l’engagement des écrivains dans des systèmes totalitaires.
Titre original : The Stalin Epigram
5 mars 2010
À la personne qui a suggéré le livre Les chuchoteurs : vivre et survivre sous Staline de l’historien britannique Orlando Figes (Denoël, 2007, 2009), je suggère la lecture du livre suivant : L’hirondelle avant l’orage de Robert Littell (le père de Jonathan, qui a écrit Les bienveillantes).
Il y raconte la vie sous Staline, en particulier, celle du poète Ossip Mandelstam. Je devrais dire son calvaire. Sombre, mais très instructif.
Titre original : Stalin Epigram
La maison du Néguev
Ce merveilleux récit empreint de simplicité et d’authenticité porte sur l’exil forcé des Palestiniens en 1948 et des marques que portent encore aujourd’hui les descendants et les générations suivantes. Un récit sur la perte, sur le manque, mais aussi sur la résistance et la force de vie des Palestiniens. L’auteure, née à Ghazza qu’elle a dû quitter à l’âge de trois ans, retourne visiter la maison de sa mère et de sa grand-mère de même que plusieurs endroits qui appartiennent à son histoire personnelle. Elle raconte avec beaucoup de retenue, et c’est là une des grandes qualités du récit, la difficulté de vivre au quotidien l’occupation israélienne, jour après jour dans chaque ville et dans chaque village qu’elle visite. Jérusalem, Jéricho, Ramallah, Ghazza, entre autres. L’auteure nous permet aussi de voir le monde arabe et sa diversité par les yeux d’une Palestinienne.
C’est un texte à lire pour quiconque désire comprendre un peu mieux, et de l’intérieur plutôt que par le journal télévisé, la réalité intense et dramatique qui se vit jour après jour dans ce coin du monde.
Un ouvrage important.
La part de l’autre
Dans ce livre, Éric-Emmanuel Schmitt s’est fixé le défi « d’approcher désormais la tentation du mal » en écrivant sur Hitler. La forme qu’il choisit est déroutante. Il crée un personnage, Adolf H., sorte de double positif d’Adolf Hitler. Tout au long du roman, il nous présente en alternance des épisodes de la vie de l’un et de l’autre, confrontés aux défis de la vie adulte, aux rêves de réussite et à la réalité des guerres européennes. Alors que Hitler est recalé à l’Académie des Beaux-Arts de Vienne, Adolf H., lui, est admis. Hitler deviendra le dictateur fou que l’on connaît, tandis qu’Adolf H. deviendra un peintre, un amoureux comblé et un père de famille.
Schmitt nous propose une oeuvre dérangeante, qui va à l’encontre de l’image stéréotypée que l’on peut avoir d’Hitler. Et vous, qu’en penserez-vous ?
Ce roman de plus de 500 pages, est suivi du Journal de La part de l’autre (Automne 2000 – été 2001).
Lady Cartier
Que c’est agréable de lire un bon roman tout en se plongeant dans l’histoire. Je me rends compte qu’on a bien peu appris à l’école sur l’histoire du Canada au XIXe siècle. Voilà, c’est l’histoire de la famille de Georges-Étienne Cartier décrite par une de ses filles. Il y a le côté politique qui est très intéressant et il y a le côté familial. Il semble que Cartier a joué un rôle important au Canada, mais il a changé plusieurs fois son fusil d’épaule. Ce qui lui a créé plusieurs ennuis ainsi qu’à sa famille. Aussi durant une partie de sa vie, ce politicien a eu une liaison avec la cousine et meilleure amie de sa femme. À l’époque, les mœurs n’étaient pas les mêmes, mais il semble que cet homme ne s’en souciait pas trop. Comme le divorce, ou même la séparation, n’étaient pas acceptés par l’Église catholique, on est témoin des bouleversements que cela a causé dans la famille. Ce qui m’a un peu agacé quand même, c’est le train de vie luxueux de ces gens. À part une journée de bénévolat que faisait lady Cartier, l’auteure décrit ces gens vivant dans un monde avec chauffeur, bonne, valet, cuisinier, etc. On discute souvent politique, mais jamais on ne parle de la situation des gens qui vivent des situations financières difficiles. C’est comme si le monde tournait autour du luxe et de la constitution canadienne. Mais j’ai beaucoup aimé quand même. L’auteur a su nous plonger vraiment dans un Canada des années 1850-1860.
Le cri des oiseaux fous
Un auteur que j’ai découvert par son dernier livre paru cette année « L’énigme du retour », prix Médicis 2009, publié chez Boréal au Québec et chez Grasset en France.
« Le cri des oiseaux fous » raconte les dernières 24 heures de l’auteur dans son Haïti natale. Sa mère le fait jurer de ne révéler son départ à personne… et pour cause. Il vit la journée la plus difficile de sa vie, car il doit quitter sa mère, ses amis, se couper de ses racines les plus profondes et en plus, contre son gré. Il se voit s’arracher de ceux qu’il aime et de son peuple dont les besoins sont si grands et il a l’impression de trahir. Il a alors 23 ans et il s’envole vers Montréal. Un récit très touchant qui ne laissera personne indifférent.
Le géant des sables
Historique parce que basé sur une abondante correspondance et racontant l’histoire d’un homme hors du commun, Jean-Baptiste Belzoni l’explorateur, et aussi très agréable à lire, je recommande : Le géant des sables.
L’auteure raconte le début des explorations en Égypte. C’est aussi une belle histoire d’amour.
Malheureusement, on ne trouve plus ce livre en magasin actuellement, mais il est en bibliothèque.
Le livre des brèves amours éternelles
Dans ce livre, le narrateur, qui n’est jamais nommé, raconte ses rencontres avec des femmes et avec un homme amoureux d’une femme. Le narrateur est élevé dans un orphelinat de Sibérie, dans l’ère poststalinienne (cette partie du roman serait autobiographique). Les hasards de la vie le conduisent en Crimée, en Afghanistan, où il sera blessé, puis en France. Il vit de brèves amours avec des femmes et croise un opposant au régime soviétique qui vit un amour silencieux avec la femme d’un apparatchik. En filigrane, l’auteur évoque l’histoire d’un régime politique qui se meurt, pour être remplacé par un régime sans âme et aussi corrompu que le précédent.
La langue de Makine est magnifique, poétique, évocatrice. Il décrit le sentiment amoureux avec délicatesse et suggère que l’intensité des brèves amours laisse des souvenirs ineffaçables.
Membre de : Makine, Andreï
8 avril 2011
Livre qui m’a fait réfléchir sur notre société. Les huit sobres petites histoires tournent autour du manque d’amour et des promesses des partis politiques au pouvoir qui ne sont jamais réalisées. Vivant dans un orphelinat, le protagoniste en sort parfois, cherchant dans le monde ce qu’on lui a enseigné sur le communisme : le travail pour tous, les progrès, l’abondance et la fraternité, mais ne rencontre que violence, pauvreté, méfiance, pouvoir des riches et haine. Le livre traite de la politique russe, bien sûr. Mais sommes-nous meilleurs ? Que cherchons-nous et que voulons-nous de notre société ?
Livre très bien écrit, belles petites histoires pas compliquées. Agréable à lire.
Le livre des jours
Walt Whitman est le poète qui forme la trame du roman qui se déroule à Manhattan, à l’époque de la révolution industrielle. Un jeune travailleur de 12 ans, amoureux de la fiancée de son frère décédé, s’engage à l’usine où travaillait ce dernier. Il est poète et entend la machine de son frère lui parler. Partout, sans pouvoir se contrôler, l’enfant récite des vers de Whitman et on le prend pour un dérangé. Il a des intuitions qui lui permettent de sauver Catherine de l’incendie de son atelier de couture.
Le second volet se passe à l’époque contemporaine. Une femme noire est engagée pour recueillir les messages des suspects pour la police. Des Kamikazes l’appellent en lui citant des vers de Whitman avant de passer à l’acte. Elle tente de sauver l’un deux en l’adoptant. Ils s’enfuient ensemble et deviennent hors la loi.
Le troisième volet se déroule dans le futur, dans un parc de New York.
Tite original : Specimen Days
Le Paradis, un peu plus loin
Ce livre relate la vie de Flora Tristan, militante féministe et ouvriériste, et celle de son petit-fils, Paul Gauguin. On y présente en parallèle la vie de l’activiste et la vie du peintre. Lecture passionnée de la vie trépidante de ces deux êtres exceptionnels en quête d’absolu.
La traduction demande un certain effort, mais ce bémol n’altère en rien ce roman fort intéressant. À lire !
Titre original : Paraíso en la otra esquina
Le pas du juge
Fervente amatrice ayant tout lu ou à peu près d’Henri Troyat (1911-2007), j’ai été très surprise et ravie par cette oeuvre posthume. Henri Troyat y mêle la biographie et le roman, ses deux genres littéraires préférés. Il raconte la vie mouvementée d’André Chénier au temps de la Révolution française, ses combats, ses débats, ses opinions politiques complètement à l’opposé de celles de son frère Marie-Joseph. Celui-ci écrit des pièces de théâtre jouées ou vivement contestées alors qu’André Chénier, poète, ne sera reconnu qu’après son tragique décès. Les conflits familiaux, politiques, littéraires nous tiennent en haleine. Écrit au « Je », le livre nous met dans le bain de l’histoire de la France et m’a donné le goût de lire l’oeuvre d’André Chénier. Toujours aussi bien écrit et intéressant, on espère vieillir aussi merveilleusement qu’Henri Troyat.
Le premier homme
Camus, dans ce dernier récit inachevé, me fait penser un peu à Pagnol. Malgré une certaine souffrance, la tendresse est toujours présente. Le passé au quotidien est décrit avec beaucoup de finesse. Des phrases de vingt lignes (on ne voit plus ça aujourd’hui) qui nous font respirer avec l’écrivain, le témoin, celui qui se souvient. Voici ce qu’on en dit : « Albert Camus était en train d’écrire ce livre au moment de sa mort. C’est un texte resté inachevé, dédié à ce père mort lors de la bataille de la Marne le 11 octobre 1914… » Pour connaître la suite : e-litterature.net
Le testament français
Pour ajouter au membre de l’Île-des-Soeurs sur Andreï Makine, nous sommes deux amoureuses de cet écrivain remarquable. Depuis son Testament français j’ai voulu tout lire de lui. Peut-on imaginer qu’en Sibérie grandissait un jeune garçon qui allait nous donner de telles histoires… et écrites comme s’il puisait dans tous les trésors de la langue française. Il devrait être enseigné pour la beauté des textes.
Les derniers jours de Stefan Zweig
J’ai lu avec curiosité Les derniers jours de Stefan Zweig. En fait il s’agit plutôt des derniers mois de la vie du couple Zweig puisque ce roman est consacré aux six mois pendant lesquels Zweig a vécu à Petropolis au Brésil, avec sa femme Elizabeth Charlotte Altman (Lotte). Après avoir quitté l’Angleterre, le couple Zweig vit aux États-Unis, avant de se rendre au Brésil. Zweig est très découragé et sa femme souffre d’asthme. Elle dactylographie le manuscrit de Zweig, Le monde d’hier : souvenirs d’un Européen. Peu de temps après, soit le 22 février 1942, Zweig et sa femme se suicident.
Le roman s’appuie sur une abondante documentation : www.lesderniersjoursdestefanzweig.blogspot.com
Mais comme il arrive souvent avec ce genre d’oeuvre, on peine à distinguer la biographie et la fiction.
Loving Frank
Un livre qui vaut la peine que l’on se rende jusqu’à la dernière ligne. L’histoire (basée sur des faits réels) se passe entre 1907 et 1914. Mamah Borthwick (prononcez May-mah et non Mama comme on nous le dit si bien… à la page 266 !) n’est pas une femme ordinaire; plutôt une féministe avant l’heure et ce, dans les actions de sa vie autant personnelle que publique, puisque le monde entier ou presque est au courant de ses amours. Elle décide de quitter son mari et ses enfants pour suivre un célèbre architecte du nom de Frank Lloyd Wright. En exergue, l’auteure cite Goethe : « On ne vit qu’une fois en ce monde », mais elle aurait bien pu choisir cette citation plus prosaïque : « On ne peut pas avoir le beurre et l’argent du beurre ». Pour bien apprécier ce roman, il faut se replonger dans le contexte social de l’époque, c’est-à-dire le Wisconsin du tout début du 20e siècle. Mamah se retrouve devant des choix difficiles à faire et ce n’est pas parce qu’elle vit dans une certaine aisance qu’elle renonce à ce qu’elle croit vraiment, à ce qu’elle est vraiment. C’est une femme qui ne se renie pas. Et, malgré ses défauts, Nancy Horan nous fait découvrir un Frank Lloyd Wright très humain et diablement génial. Seul bémol : une seule allusion, de quelques lignes à la toute fin, à la Première Guerre mondiale. Comme si les Américains, ce qui est fort possible, n’avaient aucune conscience de ce qui se passait en Europe, aussi brillants soient-ils.
Ce livre s’est mérité le Prix Cooper de la meilleure fiction historique 2009.
Titre original : Loving Frank
L’auteur ! L’auteur !
Roman sur la vie de l’écrivain Henry James, de 1880 jusqu’à ses derniers jours en 1916. C’est une biographie méticuleuse à propos d’un auteur qu’on oublie peu à peu, malgré qu’il soit l’innovateur du roman psychologique moderne. David Lodge nous fait vivre la vie d’un passionné de l’écriture.
Titre original : Author, Author
Roman de 414 pages.
L’Aventurier du hasard : le baron de Lahontan
C’est un roman historique, sur un noble aventurier qui partit très jeune de son Béarn natal vers la Nouvelle-France, mais qui mourut à la cour d’Hanovre. Ce personnage que l’auteur, Réal Ouellet, spécialiste de Lahontan, nous fait connaître, a réellement existé et a vécu au siècle des Lumières et a parcouru l’Amérique et l’Europe.
13 août 2010
Je ne connaissais pas le baron de Lahontan qui a publié, au début des années 1700, aux Pays-Bas, ses Voyages en Amérique et Dialogues avec un sauvage. Réal Ouellet, me l’a donc fait connaître dans son roman.
À travers les péripéties de la vie de Lahontan, ce livre m’a fait découvrir comment les gens vivaient en Nouvelle France à la fin du XVIIe siècle. Aussi, puisque Lahontan a dû, à un moment donné, s’exiler et vivre un peu partout en Europe, on peut se faire un portrait sommaire de l’Europe et de la France au début du XVIIIe siècle. C’est bien raconté et passionnant.
L’énigme du retour
En lisant ce livre, j’ai fait un voyage en Haïti. Quel plaisir ! L’auteur sait vraiment nous faire vivre ce voyage ; on découvre une nation qu’on connaît peu (un peu plus depuis le tremblement de terre) même si plusieurs Haïtiens habitent Montréal. Un écrivain de 56 ans retourne dans son pays après de longues années d’exil. Son père vient de mourir à New-York ; il doit l’annoncer à sa mère et faire son deuil. On retrouve, dans ce roman, deux styles d’écriture : l’une est la simple rédaction de phrases, mais l’autre est celle du poème en prose. On passe de l’un à l’autre à tout moment sans que cela ne perturbe le récit. Il y a aussi beaucoup de chapitres, chacun nous faisant vivre une journée ou une étape de ce voyage à travers Haïti. Ce qui m’a le plus fascinée, c’est sa manière de décrire ce qu’il vit en rencontrant de nombreuses personnes connues ou inconnues. Il a même eu le don de m’émouvoir à certains moments.
7 janv 2011
C’est un beau roman, de belles métaphores. J’ai comme redécouvert cet auteur. Mais, pour moi, les phrases de sa poésie sont comme incomplètes. Il me semble que je cherche toujours la rime qui n’arrive pas. Je reconnais que c’est une belle histoire et une belle écriture, mais…
3 décembre 2010
Je viens de terminer ce roman, concurremment en mode audio (le DVD) et lecture (le livre). J’ai beaucoup apprécié cette façon de s’imprégner de ce beau texte poétique. J’ai l’impression d’avoir, avec l’auteur, fait ce voyage en Haïti. Je le recommande fortement.
19 nov 2010
Avec ce roman, on partage le dialogue intérieur d’une personne qui redécouvre le pays qu’il a été obligé de quitter. Un livre poétique à lire doucement…
5 nov 2010
Je rejoins tous les commentaires déjà envoyés, c’est un roman sublime. Ça m’a donné le goût de lire ses autres romans.
22 oct 2010
Nous en avons beaucoup entendu parler, dans cette rubrique et ailleurs. À mon tour d’en faire l’éloge. Une écriture tout en douceur, une sensibilité à fleur de peau. Un extrait : « Il n’y a que dans une banque, une église ou une bibliothèque qu’on trouve cette qualité de silence. Les hommes ne se taisent que devant l’Argent, Dieu et le Savoir […]. »
1 oct 2010
J’ai été très touchée par ce roman. Il m’habite encore. Texte poétique, sensuel et empreint de nostalgie. Deuil de son père, de sa patrie. L’exil de soi et des siens. Une très belle écriture et des haïkus percutants et émouvants.
3 septembre 2010
Voilà un superbe livre, poétique, fignolé et émouvant, magnifiquement écrit, qui vient vous prendre dans vos contreforts et vous emmène dans le rêve et la réalité, dans les souvenirs et la vie au jour le jour, dans l’imaginaire et le banal quotidien. Chapeau !
19 février 2010
Coup de coeur parce que j’en aurais pris encore ! Livre très profond, teinté de candeur, très attachant. Je vais le relire pour la poésie, pour la façon unique dont l’auteur joue avec les mots.
29 janv 2010
Le narrateur, alter ego de l’auteur, apprend la mort de son père, exilé politique haïtien vivant à New York depuis un demi-siècle. « Entre naissance et mort, on s’est à peine croisés », écrit-il. Il retourne au pays où il n’a pas mis les pieds depuis trente-cinq ans. Parti d’un univers de glace monochrome, il se retrouve dans un monde de feu, aux couleurs infinies, à redécouvrir l’âme d’un peuple bouillonnant. Ce brusque pèlerinage provoque le reflux de souvenirs. Il souffre d’un exil du temps, celui de l’enfance, plutôt que d’un exil de l’espace. L’auteur est devenu un étranger chez lui. Un très beau roman d’introspection et de réflexion dans lequel le narrateur trouve enfin la paix avec lui-même, après s’être occupé de « celui qui lui a donné naissance » comme l’auteur l’écrit. Dans les circonstances actuelles, ce volume prend une place importante et Dany Laferrière demeure un grand monsieur digne d’admiration. Bonne lecture !
15 janv 2010
Quel livre magnifique que le dernier Dany Laferrière… Je l’ai lu d’un trait, mais je vais en reprendre la lecture, car ce livre m’a beaucoup touchée. Très belle écriture. Très gros coup de coeur.
8 janv 2010
Je recommande à toutes et tous le dernier roman de Dany Laferrière que j’ai reçu à Noël et que j’ai lu d’un trait : L’énigme du retour (Prix Médicis et Coup de coeur Renaud Bray). C’est un roman d’une grande profondeur, à la forme neuve et originale. Un livre grave et poétique qui m’a beaucoup touchée. Le livre commence ainsi : « La nouvelle coupe la nuit en deux. L’appel téléphonique fatal que tout homme d’âge mûr reçoit un jour. Mon père vient de mourir. » Suite à ce coup de fil, lui annonçant la mort de son père à New-York, l’auteur décide de rentrer au pays natal pour enterrer ce père qu’il a peu connu. « Des funérailles sans cadavre, une cérémonie intime qui ne concerne que lui et moi », écrit l’auteur. Son retour à Port-au-Prince, la ville rêvée durant ses trente-trois ans d’exil à Montréal dans l’interminable hiver n’est plus la même. Du balcon de sa chambre d’hôtel, il observe sa ville au bord de l’explosion et prend des notes avant de perdre la tête, intoxiqué par l’explosion de couleurs, d’odeurs et de saveurs tropicales. Il ne fait plus partie de ce paysage. L’auteur raconte aussi son séjour dans un bled perdu à Barradères, le village natal de son père, pour les funérailles. Il est entouré de gens d’un autre temps qui se sentent honorés de sa présence, car ils le confondent avec le dieu Legba, « celui qui vous permet de passer d’un monde à l’autre. » C’est le choc du retour.
11 déc 2009
Un prix Médicis bien mérité à mon humble avis, pour son écriture remarquable et, bien sûr, pour ce que nous raconte ce roman d’une exceptionnelle sensibilité. Le décès son père le ramènera en Haïti auprès de sa mère à qui il doit apprendre le décès de son mari. À lire absolument !
30 oct 2009
J’ai apprécié la lecture de L’Énigme du retour de Dany Laferrière. Un roman où se mêlent la prose et la poésie. Un texte souligné de phrases lapidaires qui obligent à un temps d’arrêt. Les thèmes donnent un regard sur la vie sans mièvreries, ni apitoiements malgré le décès du père qui ramène Laferrière en Haïti. À lire.
Voici mon coup de coeur poétique. Il raconte son arrivée à Montréal. Puis il part à New-York aux funérailles de Windsor, son père qu’il n’a pas beaucoup connu. Il retourne ensuite à Port-au-Prince pour rencontrer sa famille, sa mère, sa soeur, ses amis, son pays avec des yeux neufs et des souvenirs. Tout a changé, mais ses rêves n’ont pas changé. Poétique, grave, beaucoup d’observations, de réflexions sur le pays de maintenant et d’avant. Se cherche une identité. Magnifique.
L’épingle à chapeau
Un livre tout en subtilité, frais, sorti juste à temps pour fêter le printemps.
Une écrivaine qui mérite d’être connue !
Bravo, j’ai adoré.
16 mars 2012
Ce trop court roman est une suite de tableaux dans lesquels la narratrice, Simone, nous laisse découvrir des moments mémorables de sa vie, à coups de plume délicats et émouvants. Nous voyons le monde à travers ses yeux d’enfant, de jeune adulte, de femme mûre et de vieille femme. Nous découvrons un peu de son père, de sa mère, de ses frères et sœur, cousins, tantes, grand-mère, amoureux… et de nous-mêmes.
Avec une économie de mots, l’auteure nous fait partager ces univers comme si nous y étions et nous fait entrer dans le monde intérieur de Simone avec beaucoup de fraîcheur, de sensibilité, de finesse, de pudeur et de douceur. À déguster lentement pour apprécier la richesse de l’écriture !
Mauvaise fille
Justine Lévy est la fille du célèbre auteur, Bernard-Henri Lévy. Elle a également publié, en 2004, Rien de grave.
Deux récits basés sur son vécu. Dans Rien de grave, elle nous transmet sa douleur et sa révolte d’une rupture peu banale. Dans Mauvaise fille, elle raconte l’agonie de sa mère, une femme magnifique, une mère imparfaite. Au même moment, l’auteure est enceinte. Devenir mère quand on perd la sienne. Justine Lévy (j’ai failli n’écrire que Justine, c’est dire à quel point on se sent intime avec cette femme) a une très belle plume, elle trouve les bons mots pour dire les choses, elle tourne ses phrases et on ne s’ennuie pas. Bien que le sujet soit lourd, la lecture est agréable et tonifiante.
Mon enfant de Berlin
Encore un livre sur la guerre, mais quel livre, si bien écrit, avec un passage hilarant même. La fin de la guerre approche; quand le livre commence, une jeune femme, Claire, qui ne fut pas brillante à l’école, essaie de se trouver en travaillant en tant qu’ambulancière dans cette Europe déchirée. Elle est la fille d’un écrivain célèbre. De 1944 à 1947, elle nous raconte son quotidien et sa vie de femme dont l’apothéose sera la naissance de son enfant. Ce livre décrit ce monde d’après- guerre où finalement personne n’est vainqueur.
5 fév 2010
Une tranche de la vie de Claire Wiazemsky, la fille de François Mauriac. Tout se passe pendant les années ‘45 et ‘46 alors que Claire est au service de La Croix-Rouge française à Berlin. Malgré une santé fragile et la difficulté de se nourrir convenablement alors que tout manque, son travail d’ambulancière demeure sa raison de vivre. Le danger toujours présent sur des routes et des villages dévastés, ses compagnes et elle ramènent à l’hôpital des soldats de toutes nationalités libérés de camps de concentration et des blessés. Que dire de Berlin, une énorme ville qui n’a plus une maison entière, et pire encore des Berlinois qui vivent dans des caves et meurent de faim. Elle ne veut surtout pas être « la fille de » et bénéficier d’attentions particulières. C’est vrai, on ne peut s’empêcher de penser à Haïti, comme l’a mentionné un membre du club dernièrement. La guerre et les tremblements de terre, oui, c’est aussi ça la vie, hélas, mais il y a encore des gens comme Claire qui n’existent que pour aider les autres.
Membre : Outremont
22 janv 2010
L’auteure nous raconte l’histoire touchante de sa grand-mère (la fille de François Mauriac). Claire sent le besoin de se développer en dehors de sa famille, de son célèbre père, de trouver son identité, de sortir des sentiers tracés d’avance (surtout pour les femmes de cette époque) de se sentir utile, de vivre intensément. Elle s’engage comme ambulancière à la Croix-Rouge en septembre 1944. Féministe avant l’heure, on suit son évolution à travers les lettres qu’elle adresse à « mon papa » « ma maman » et à travers son journal intime. Elle rencontre l’amour et l’amitié dans un Berlin dévasté par la guerre où elle va suivre les troupes alliées. Récit touchant très bien écrit; on voit bien un film sorti de ce livre.
Membre d’Outremont
Claire, fille de François Mauriac, ambulancière de la Croix-Rouge, raconte sa vie en temps de guerre à Berlin. Elle trouve l’amour avec un prince russe immigré. Comme ambulancière, elle cherche des blessés, des morts partout, et sauve des gens. Elle décide de s’établir à Berlin où elle aura une fille. Son travail est très important pour elle, il lui donne une raison de vivre, de rendre service, d’être utile malgré les horreurs, les risques, les dangers, la violence, la famine, les routes dangereuses… L’histoire m’a fait penser à Haïti en ce moment.
Membre : Lachine
Par le feu
Court roman très touchant qui relate la vie réelle ou imaginée du jeune homme qui s’est immolé par le feu en Tunisie, l’hiver dernier ; on dit que cet événement tragique a conduit les jeunes Tunisiens à se révolter ouvertement contre la dictature du gouvernement tunisien. L’histoire est racontée de façon sobre, mais émouvante, par ce Ben Jelloun dont j’aime beaucoup les livres. Les Tunisiens vivaient dans une prison à ciel ouvert et je me suis sentie infiniment triste pour ce jeune homme dont l’horizon était bloqué.
19 août 2011
Bref récit qui paraît simultanément à son essai L’Étincelle. Révoltes dans les pays arabes. En bon conteur, Ben Jelloun fait revivre les derniers jours de Mohamed Bouazizi, le sacrifié tunisien, pour nous faire comprendre de l’intérieur le désespoir de l’Arabe ordinaire.
D’après l’auteur, « ce printemps arabe » signe la défaite de l’islamisme.
Pas ici, pas maintenant
Une des particularités de la collection Folio bilingue, c’est que le texte est en italien, côté gauche, et en français, côté droit. Erri De Luca fait le récit de son enfance napolitaine, « une longue lettre à ma mère, dit-il, à sa voix qui m’avait raconté le monde et m’avait transmis, par sa compassion, colère et dégoût. » Entre émotions et souvenirs doux-amers, Pas ici, pas maintenant est le premier roman d’Erri De Luca. Ce n’est pas un livre pour se remonter le moral. Et c’est assez échevelé comme récit. Je suis resté sur ma faim.
On retrouve également ce roman sous le titre : Une fois, un jour (Éditions Verdier, 1989, 1992).
Titre original : Non ora, non qui
Pourfendeur de nuages
Ceux et celles qui ont comme moi la piqûre de Russell Banks apprécieront sans doute « Pourfendeur de nuages » qui raconte l’histoire de John Brown (et de un des ses fils) qui ont combattu l’esclavagisme aux États-Unis dans les années 1850. C’est un très beau roman basé sur des faits véridiques qui fait environ 800 pages. Comme souvent chez Russell Banks, il est question d’hommes partagés entre leurs croyances, leurs idéaux et la réalité quotidienne de leur milieu et de leur époque.
Prodigieuses créatures
Récit « prodigieux » des premières découvertes de fossiles dans les années 1810 sur la côte du Dorset (GB) par Mary Anning. Ces découvertes remettent en question la théorie de la création du monde telle que comprise à cette époque ainsi que la difficulté pour une jeune femme d’être reconnue par ses pairs masculins.
Roman intéressant et bien construit par l’auteure de La jeune fille à la perle (2000, 2005).
Titre original : Remarkable Creatures
24 sept 2011
J’ai beaucoup aimé cette histoire de Mary Anning, collectionneuse de fossiles, et la première en Angleterre en 1821 à trouver des spécimens comme l’ichtyosaure et le plésiosaure (reptiles marins). Déjà à 12 ans, elle parcourt les plages de Lyme (où il y a un musée et où l’auteure l’a connue) avec son amie Elizabeth qui partage sa passion des poissons fossiles. Mary Anning aidera sa famille en vendant ses découvertes à la boutique de sa mère. Elle aura à braver les éboulements, le froid, la pauvreté, les rumeurs, le sexisme, les doutes parfois des scientifiques. Ses spécimens seront exposés au musée d’histoire naturelle de Londres. C’est un genre fiction mêlé à la réalité qui nous en apprend sur la paléontologie, cette science méconnue. J’ai apprécié le post-scriptum à la fin du livre (le destin des personnages) : heureuse découverte !
Titre original : Remarkable Creatures
S., ou, L’espérance de vie
Le fils de Romain Gary et de Jean Seberg a un lourd héritage et il ne s’en sort pas indemne. « La postérité pour ceux qui restent, dit-il, ce n’est pas une vie. » Touchant lorsqu’il parle de ses deux parents suicidés, de sa mère surtout, cru lorsqu’il parle de ses aventures avec les femmes, le récit est parfois confus parce qu’il a choisi d’utiliser des pseudonymes pour parler de lui. Certains souvenirs feraient trop mal s’ils étaient racontés par Diego.
Pas facile d’écrire après le grand écrivain comme il définit son père.
14 août 2009
Après avoir lu ce livre du fils de Romain Gary, j’ai eu l’impression que je comprenais plus ou moins ce qu’il me disait. Alors j’ai relu l’intéressante biographie « Romain Gary » de Dominique Bona (Mercure de France, 1987 et Collection Folio).
Après cette lecture, j’ai compris ce que cet enfant avait enduré pendant ses premiers dix-sept ans de sa vie. Alexandre Diego est direct, il veut dire la vérité sans fioriture, sans détour : « ce n’est pas une vie, c’est une rature. Mon existence ressemble à une succession de mots rayés jusqu’au sang… ».
« Arrivé à l’âge d’homme, un choix se présente à moi : fermer ma gueule à jamais sur les Évènements, sur ce que fut ma vie ou, l’ouvrir sans doute dans l’espoir de reconquérir de ma dignité… ».
Il faut se rappeler que sa mère Jean Seberg est une actrice américaine célèbre, son père avait eu le coup de foudre pour elle, elle avait 21 ans et lui 45 ans. Diego dit d’elle : « Je ne garde que des souvenirs de douceur, de tendresse… et de folie ». Jean avait disparue depuis huit jours, on la retrouve dans une Renault 5, dans le XVIe arrondissement de Paris, près d’elle un tube de barbituriques. Dans sa main un message pour son fils.
Son père Romain fut un héros de guerre, un diplomate, un écrivain. À la mort de Jean, Romain Gary est un vieil homme, il se trouve traqué à la fois par la vieillesse, par Ajar, par le succès. Sa vie, si brillante soit-elle en apparence, s’est cependant refermée vers la fin sur des angoisses. Gary va choisir sa mort son dernier numéro d’artiste.
Fils de deux S célèbres.
La « mère » de Diego, c’est-à-dire celle qui l’a élevé, aimé comme son fils, c’est Eugénie, sa gouvernante espagnole qu’il appelait maman.
Aujourd’hui, Alexandre Diego a quarante cinq ans. Il vit à Barcelone où il tient un café-librairie. Il sera bientôt père d’une petite fille.
Deux livres qu’il faut lire.
Membre d’Outremont
Sido
J’avais bien aimé Chéri (1920), mais j’ai été particulièrement touchée par la lecture de Sido, suivi des Vrilles de la vigne (1908).
Colette nous gâte lorsqu’elle nous peint avec un plaisir bien charnel les personnes qu’elle aime et les chroniques de sa vie. Elle n’invente rien, elle décrit avec un plaisir non contenu et un charme infini sa réalité. On retrouve dans ses mots multiples, polis et verdoyants comme la nature de son coin de pays, son amour infini pour sa mère et son enfance heureuse, de même que sa passion pour Maurice Goudeket, son troisième mari.
Sur la route : Le rouleau original de Jack Kerouac
Ce roman unique en son genre, je crois, (un seul paragraphe de 378 pages), est fascinant. Une sorte de voyage initiatique durant lequel Kerouac prend des « photos » sans discontinuer. Des milliers de « photos » qui nous donnent un portrait des États-Unis de la fin des années ’40, celles de la « Beat Generation ».
Titre original : On the Road : The Original Scroll
The heart specialist
Livre que l’on ne peut lire qu’en anglais pour le moment.
C’est l’histoire d’une jeune femme ambitieuse originaire de St Andrews East qui veut devenir médecin à une époque où les femmes ne sont pas admises à la faculté de médecine de Mc Gill.
L’auteure s’est inspirée de la vie du Dr Maude Abbott, première femme médecin à Montréal. Dans ce temps, au début du 20e siècle, les diplômes universitaires octroyés aux femmes s’appelaient des « Donalda ».
Tandis que les hommes pouvaient aller à leurs cours librement par la porte d’en avant, les femmes devaient gravir les marches arrière de l’université. Maude Abbott se bat continuellement afin d’être acceptée dans un monde d’hommes. Cela durera toute sa vie.
Malgré tout, elle devient une autorité mondiale en cardiologie mais sa vie n’est qu’une course à obstacles.
La description de la ville de Montréal à cette époque est tout à fait fascinante. Madame Rothman nous parle de l’arrivée de la guerre, le départ des jeunes hommes pour le front et, bien sûr, de la grippe espagnole.
L’écriture est simple, les détails médicaux sont précis.
L’auteure a su capter l’atmosphère de Montréal au début du 20e siècle.
Et malgré l’excentricité du Dr Abbott, on s’attache à cette femme têtue, dévouée, pas belle, mal vêtue dans une vie sans amour.
Un été à Baden-Baden
Dostoïevski : personnage de roman, auteur oublié !
Retrouver Dostoïevski en tant que personnage de roman, c’est le plaisir qui m’a été donné récemment par la lecture de deux livres. Tout d’abord de Leonid Tsypkin, « Un été à Baden-Baden » (2003; russe 1881; 217 pages), où s’entremêlent de fine façon le vécu années 1860 d’un Dostoïevski habité par la fièvre du jeu, avec le temps du pèlerinage littéraire années 1970 de Leonid Tsypkin sur les traces de son auteur-personnage. Un Tsypkin, médecin juif harcelé par le régime soviétique, qui cherche à comprendre l’antisémitisme d’un Dostoïevski qui ne cesse pourtant de le fasciner.
Si on veut comprendre l’égoïsme effréné dont le personnage Dostoïevski fait montre vis-à-vis de sa conjointe dans le livre de Tsypkin, on peut aller lire le fascinant « Journal : les carnets intimes de la femme de Dostoïevski » d’Anna Grigorievna Dostoïevskïa (Éditions Stock 1978, 275 pages), dont l’original de 1867, écrit suivant un code secret, n’a été décrypté qu’en 1960. Journal qui, à n’en pas douter, a servi de base au livre de Tsypkin.
Un jardin entouré de murailles
Ce roman est inspiré d’une tournée que Marguerite Yourcenar fit au Québec en 1957 en compagnie de sa compagne Grace Frick. Pendant cette tournée, Marguerite fut victime d’un malaise qui eut pour conséquence une courte hospitalisation. Un incident survenu pendant cette hospitalisation provoqua une crise au sein du couple dont la liaison était secrète.
J’ai commencé la lecture de ce roman dans une sorte d’allégresse. Le style somptueux était vraiment approprié au propos. Le roman est, de toute évidence, l’œuvre d’un admirateur de Yourcenar et comporte de nombreuses références à certains de ses ouvrages. J’ai toutefois rapidement déchanté, me sentant très mal à l’aise entre la fiction romanesque et la réalité biographique du couple Yourcenar-Frick. Si c’est un roman, pourquoi réfère-t-on aux vrais titres des œuvres ? Et si un lecteur ignorant tout de Yourcenar considère les références aux œuvres comme de la fiction, ne perd-il pas une partie du sens du récit ? C’est un dilemme que je n’ai pu résoudre.
Un roman français
Un roman français, qui a remporté le prix Renaudot l’an dernier, est une œuvre d’autofiction. Son point de départ est une courte période de garde à vue de l’auteur qui avait consommé de la cocaïne sur le capot d’une voiture en plein Paris. Pendant qu’il se morfond en taule, Beigbeder se remémore sa vie, en commençant par la mort de son arrière-grand-père en 1915. Au deuxième degré, le roman est une métaphore de l’évolution de la société française pendant un siècle. Au premier degré, c’est l’histoire très « people » d’un homme élevé dans un milieu favorisé et qui vit avec fracas sous les projecteurs.
Dans une langue riche, Beigbeder peut évoquer la nature avec lyrisme et poésie et, au chapitre suivant, décrire ses lieux de détention avec une précision froide et minutieuse. Par moments, il n’a pas beaucoup de ménagements pour ses proches, mais l’instant d’après, il tient à leur sujet des propos pleins de tendresse.
J’ai aimé le livre pour son style, mais j’ai toujours les mêmes réserves à propos des auteurs qui livrent leurs proches en pâture aux lecteurs.
Une jeunesse allemande : roman autobiographique
La cuvée 2010 du cercle de lecture m’a fait connaître Stefan Zweig. De là il n’y avait qu’un pas à franchir pour me mettre sur la piste de Stefanie Zweig (peut-être une lointaine petite cousine ?). Après Une enfance africaine : roman autobiographique (Éditions du Rocher, 1995, 2002), Une jeunesse allemande : roman autobiographique s’imposait.
Quelle belle analyse de la part de cette auteure et quel regard sur sa famille et les relations entre chacun des membres qui la composent. Le premier tome nous brosse un portrait de l’Afrique telle que vue par Régina au cours de ses dix années vécues sur ce continent. Dans le second tome, une promesse d’enfant faite à un père, au moment de quitter la terre d’adoption qu’elle avait su faire sienne, sera lourde à vivre au quotidien pour cette enfant frêle. La cause même de cette santé fragile sera pourtant le déclencheur d’un tournant important dans le passage de Régina, l’adolescente, à Régina, la femme. Un récit qui ne cherche pas à décrier les horreurs de la guerre mais plutôt à faire l’éloge de la résilience des femmes et des hommes devant survivre dans un univers qui leur est hostile ; exil (Afrique) ou antisémitisme (Allemagne).
Voyage en Inde avec un grand détour
J’ai lu Voyage en Inde avec un grand détour, Voyage en Irlande avec un parapluie (Éditions VLB, 1984), Le pont de Londres (Éditions VLB, 1988), Voyage au Portugal avec un Allemand (Éditions Fides, 2002) et je suis à la recherche du dernier volet de la série : Voyage au Maghreb en l’an mil quatre cent de l’Hégire (Éditions Fides, 2011).
Dans les critiques, on parle de « la maigreur de style de l’écrivain », de « la profondeur du gouffre dans lequel il plonge sa plume » et j’oserais ajouter humblement d’une écriture attachante, sans prétention, un brin déprimante, mais sans conteste, intelligente, franche et circonspecte. Tout juste comme je les aime (les auteurs et leur écriture !)












