Tremblay, Michel
J’ai lu avec beaucoup de plaisir le premier tome de La Diaspora des Desrosiers.
Rhéauna (Nana) Rathier, une fillette de onze ans qui a été confiée à ses grands-parents maternels à Maria en Saskatchewan, est rappelée à Montréal par sa mère. Elle entreprend seule, en 1913, un voyage en train au cours duquel elle fera trois arrêts, à Regina, à Winnipeg et à Ottawa. À chaque endroit, elle va être prise en charge pour la nuit par une femme de sa famille étendue : une vieille fille frustrée, une mère de famille bruyante et contrôlante et une flamboyante prostituée. C’est bien écrit, finement observé, plein de tendresse. Comme toujours, Tremblay est un maître de la chute : il faudra attendre jusqu’aux dernières lignes du roman pour connaître enfin le motif du retour de Nana à Montréal.
Dans ce roman inspiré de la vie de sa mère, Tremblay ramène le lecteur dans l’enfance du personnage de Nana, des Chroniques du Plateau Mont-Royal. C’est à lire !
27 août 2010
J’ai été agréablement surpris de lire le commentaire du membre de l’Île-des-Soeurs qui a pris la peine de contester mon propos sur La Traversée des sentiments . « Cent pages de plus au moins. » Pourquoi pas ? Je n’ai rien contre. Quand on aime, on ne compte pas.
Mais curieusement, le hasard faisant bien les choses, je lis présentement l’autobiographie de Stefan Zweig (bientôt au programme) Le monde d’hier : souvenirs d’un Européen. À la page 392 (et suivantes), il écrit : « [...] je ne pus éviter de me demander, [...] sur quelle qualité particulière de mes livres se fondait un succès si inattendu pour moi. [...] Je crois qu’il est dû [...] au fait que je suis un lecteur impatient et plein de fougue. Toutes les redondances, [...] tout ce qui est superflu et retarde le mouvement dans un roman [...] m’irrite. Seul un livre qui, constamment, page après page, se maintient au niveau le plus élevé et vous entraîne tout d’un trait jusqu’à la dernière sans vous laisser le temps de respirer me donne un plaisir sans mélange. Je trouve que les neuf dixièmes des livres [...] tirent trop en longueur par des descriptions inutiles, des dialogues prolixes et des personnages secondaires dont on pourrait se passer, et sont par là trop peu passionnants, trop peu dynamiques. »
20 août 2010
Je lis avec stupeur le commentaire au sujet de La Traversée des sentiments du membre de la rue Drolet et je me dois de répondre : pas cinquante pages de moins mais (au moins) cinquante pages de plus. Contrairement au membre de la rue Drolet, j’ai trouvé que l’éloignement de la ville ne nuisait pas du tout au récit, mais l’enrichissait d’un autre personnage, la campagne pendant l’été, ses paysages, ses odeurs, ses bruits. De plus, l’éloignement des personnages de leur milieu urbain – qui fait intrinsèquement partie de leur vie – les déstabilise subtilement et ajoute une couleur inattendue et rafraîchissante au récit. Non, non, pas cinquante pages en moins, mais cent de plus ! J’ai hâte au prochain.
13 août 2010
J’ai passé un bon moment, mais…
Dans la série La Diaspora des Desrosiers, ce troisième opus est supérieur aux deux précédents. Ici, Tremblay renoue avec Montréal, avec ses descriptions de la vie quotidienne de l’ancien temps (le mien, car les années ’50 n’étaient pas si différentes des années ’15) qui font rire malgré nous, mais qui en même temps, dans une même phrase, nous font monter les larmes aux yeux.
D’une certaine manière, Rhéauna (Nana) ressemble beaucoup à Michel Tremblay, du moins de ce qu’on en sait par ce qu’il nous a dit : elle se cache pour écouter les conversations de sa mère avec ses tantes, elle a le goût d’écrire des histoires un jour.
Là où ça accroche un peu, c’est quand il permet à ses personnages de quitter la réalité et aussi de s’éloigner un peu trop de la ville. Et sans trop présumer de ce qui s’en vient, mon p’tit doigt me dit que le quatrième volet, Les contes de Josaphat-le-Violon, sera de cette eau… malheureusement. J’espère me tromper.
Un coup de coeur ? Oui, mais avec cinquante pages en moins.
6 août 2010
Autant avouer immédiatement que j’ai été envoûtée par l’histoire de Nana et de sa famille, ainsi que les diverses escales qu’elle devait faire pour arriver à destination, avec les personnages colorés de sa famille qui la « réceptionnaient » pour une nuit avant de la remettre dans le train pour la destination suivante.
Dès la fin de ce roman, j’ai aussitôt embarqué dans La Traversée de la ville (2008). Là encore une magie s’installe et on a envie d’en savoir plus sur les péripéties qui s’imposent à cette enfant qui doit se comporter comme une adulte chargée de famille, dans un monde qui n’a rien à voir avec celui qu’elle avait quitté. Elle qui vient de la campagne profonde doit s’habituer à la grande ville et à ses dangers, tant réels que fictifs. Inutile d’avouer que j’ai dévoré ce deuxième roman en me délectant à l’avance de savoir qu’un troisième m’attendait.
Le troisième, La Traversée des sentiments (2009), s’est révélé aussi enlevant que les deux précédents et c’est à regret que je me suis rendue à la dernière page. Toutefois je dois avouer que le côté fantastique que Michel Tremblay a inséré dans ce troisième roman ne m’a pas paru à propos. Pour ma part, il n’y avait rien à ajouter à l’histoire de cette petite fille et de sa famille. Il a mis la table pour un autre roman qui sortira bientôt, je l’espère, et s’il est aussi réussi que les trois premiers, alors je lèverai mon chapeau; cependant je ne suis pas sûre que je vais apprécier autant ce quatrième volet que les autres.
J’ai trouvé fantastique que l’auteur puisse se mettre à ce point là dans la « peau » d’une petite fille et transmettre de façon si réaliste ses pensées, sa vie, ses espoirs et ses déceptions. BRAVO !
9 juillet 2010
Cette biographie, encore qu’elle nous renseigne sur la vie personnelle de l’auteur, est en même temps la chronique d’un demi-siècle de l’histoire européenne. Zweig est à la fois un écrivain prolifique et un homme fortuné. Polyglotte, il voyage à travers le monde et entretient des amitiés avec l’élite intellectuelle de l’Europe. Il est un auteur connu, traduit dans des nombreuses langues. Il rêve d’une Europe unie, il a foi en l’avenir de l’humanité. Mais il observe, par toutes sortes de signes subtils, la montée du nazisme et la persécution des Juifs. Ses livres sont brûlés publiquement en Allemagne et il deviendra lui-même un apatride, reconnaissant que l’Angleterre lui fournisse des papiers d’identité.
Zweig nous fait ressentir le désespoir d’un homme qui assiste, impuissant, à la destruction de l’Europe. Cet homme, qui s’était toujours tenu à l’écart de la politique, livre pourtant un témoignage saisissant sur une Europe marquée par deux guerres mondiales.
C’est à lire et à méditer. Certaines conditions qui ont conduit à la guerre existent encore aujourd’hui…
Cette traduction de Serge Niémetz date de 1993, tandis que la publication en allemand (1944) survient après le suicide de l’auteur en 1942.
21 mai 2010
J’aurais aimé que le dernier livre de Michel Tremblay compte 300 pages de plus.
Ce beau roman tout en émotions et en sensibilités a été pour moi un grand coup de coeur. J’ai aimé me retrouver un peu dans Rhéauna, dans Maria, dans Titite et Teena, dans Rose aussi et j’ai ri, pleuré, angoissé avec elles. Je les ai accompagnées en charrette et senti l’eau glacée du lac à Simon et l’odeur des « sapins de Noël ». Les tricoteuses m’ont inquiétée aussi et je soupçonne la suite de ce magnifique roman qui viendra sans doute après Les contes à Josaphat-le-violon promis pour l’automne prochain.
18 décembre 2009
Voici mon auteur chouchou, Michel Tremblay, et son dernier roman.
Après « La traversée du continent » (Actes Sud, Leméac, 2007) et « La traversée de la ville » (Actes Sud, Leméac, 2008), Nana va passer des vacances avec sa mère, son frère et ses tantes à Duhamel. Que de tendresse, d’émotion, d’amour tout au long du récit ! Magnifiques descriptions des Laurentides, superbement écrit. Vive Michel Tremblay. Livre à donner en cadeau de Noël…