Ce nom provoquera très certainement une vive émotion chez celles et ceux qui le connaissent, c’est l’identification d’une chimiothérapie. L’auteur a écrit ce livre au fil des jours de traitement, ce qui nous aide à avoir un aperçu de ce que nos proches atteints vivent. Il écrit : « Le cancer peut se partager avec des proches. La chimio ne se partage avec personne. » À lire tout simplement pour apprivoiser notre inconfort devant la personne atteinte, pour mieux entrer en contact.
Catégorie : Biographies
5-FU
Adèle, l’autre fille de Victor Hugo
Pour comprendre ce personnage, il faut connaître Victor Hugo, sa famille et la politique de l’époque.
Adèle, deuxième fille de VH et cinquième enfant de la famille, est née le 24 août 1830 à Paris, un mois à peine après les Trois Glorieuses (chute de Charles X et l’avènement de Louis Philipe). Et c’est l’éclatement de la famille, Madame Hugo lasse des assiduités de son mari, décide qu’Adèle est son dernier enfant et entre en relation intime avec Sainte-Beuve… VH n’avait pas dépassé le traumatisme de la séparation de ses parents (Sophie Trébuchet et Léopold Hugo), la naissance d’Adèle, si semblable à la sienne, annonce la répétition des drames de son enfance.
En 1833, VH devient l’amant de Juliette Drouet (il a accumulé des maîtresses : comédiennes ou bonnes, figures célèbres ou inconnues). Léopoldine sœur aînée d’Adèle et préférée de son père s’éprend de Charles Vacquerie de Vilquier (Rouen) elle l’épouse en 1843. Mais à peine six mois plus tard, c’est la noyade de Léopoldine dans les eaux de la Seine.
En 1846 flamme d’Adèle pour Auguste Vacquerie, frère de Charles : premiers baisers.
1848, soulèvements populaires à Paris, fuite de Louis-Philipe et l’avènement de la République. VH élu député, il s’écarte de la droite.
En octobre 1848, de nouveau, flamme d’Adèle pour le sculpteur Auguste-Jean-Baptiste Clésinger (mari de Solange, fille de George Sand). Et ses deux frères Charles et François-Victor son écroués à la Conciergerie, à cause de leur appartenance au journal « l’Événement ».
En 1852 coup d’État de Louis-Napoléon Bonaparte, décret d’expulsion de soixante dix députés dont VH. Début de l’exil dans les îles Anglo-Normandes, il y passera vingt huit ans.
En 1854, première visite d’Albert Pinson à Marine Terrasse (Jersey) et une seconde le 25 décembre 1860 à Hauteville House à Guernesey. Et là commence l’aventure d’Adèle. Elle s’enfuit à l’autre bout du monde sur les traces de ce militaire anglais, elle veut l’épouser. Elle s’embarque en juin 1863, à l’insu de sa famille pour Halifax en Nouvelle Écosse. On la retrouve après à la Barbade toujours sur les traces de son amoureux. Mais celui-ci s’est marié en Irlande. Victor Hugo organise le rapatriement de sa fille de la Barbade à Paris et internement pour névrose.
En 1885, décès de Victor Hugo. Auguste Vacquerie devient le tuteur d’Adèle. Celle-ci meurt le 22 avril 1915.
Adèle avait un spectre celui de Léopoldine, car la famille reportait sur la cadette, seule fille survivante de la tribu le devoir de maternité. Entre le père, apôtre du mariage bourgeois et l’enfant éblouie de sa propre beauté, la tension montait. De plus la farce du refus des prétendants menaçait de tourner au drame (elle en avait refusé aux moins cinq). Adèle évoluait dans un contexte psychologique d’une grande complexité, entre un oncle (Eugène) schizophrène profond, un père dévoré d’ambition et sujet au délire voir à la psychose narcissique, une mère déchirée entre amant et mari, une sœur en relation privilégiée avec son père, des frères inhibés.
« La Misérable », « L’Engloutie », « La mal-aimée » : noms donnés à Adèle.
La préface est d’Adèle Hugo, arrière petite nièce d’Adèle Hugo, fille de Jean Hugo.
Magnifique biographie.
Adrien Arcand, Führer canadien
Jean-François Nadeau nous présente la biographie d’un journaliste et homme politique québécois qui a voué sa vie à la haine des Juifs, à la promotion de la dictature, de la religion catholique et de l’impérialisme britannique. Cette biographie décrit un squelette tiré du placard de notre histoire récente.
Étonnant personnage au parcours plus étonnant encore. À travers ses activités, Arcand croise toute une galerie d’intellectuels, de politiciens, de syndicalistes, de religieux, d’écrivains d’ici et d’ailleurs. On rencontre en effet certains premiers ministres, André Laurendeau, Michel Chartrand, Pierre Trudeau, les propriétaires du journal La Presse, de riches familles d’Outremont, Louis-Ferdinand Céline, Lionel Groulx et j’en passe.
En pleine crise des années trente, Arcand crée des journaux, publie des articles, établit des relations avec les fascistes de plusieurs pays européens, organise des meetings, s’agite beaucoup. Il est arrêté par le gouvernement canadien et interné, de 1940 à 1945, à Petawawa et à Fredericton en vertu de la Loi sur les mesures de guerre. Des admirateurs assureront le soutien de sa famille pendant son internement. Il sort de ces camps, convaincu de la valeur de sa cause.
En ces temps de crise de valeurs et de crise financière, c’est un livre à lire et à méditer.
Alfred et Emily
D’abord un mot sur l’auteure : elle a 90 ans et écrit encore. C’est extraordinaire. Mais après avoir lu ce livre, on se demande si elle en écrira un autre. Je n’avais pas lu le texte à l’arrière du livre et je ne comprenais pas très bien le roman car il s’agit de deux histoires avec les mêmes personnages à la même époque. Je ne révèle rien ici en vous disant qu’elle raconte l’histoire de ses propres parents. La première est une histoire inventée, qui est très belle. Cela se passe à Londres et à la campagne anglaise au début du vingtième siècle. Émilie deviendra infirmière, se mariera et vivra de mondanités en mondanités jusqu’à ce qu’elle décide de consacrer sa vie à des œuvres caritatives. On vit alors le rythme d’une classe sociale aisée avec ses préoccupations un peu superficielles mais qui prend quand même du temps et de l’argent pour aider les autres. Alfred vit sur une ferme avec sa femme et ses enfants et il est très heureux. Les deux se connaissent et se rencontrent à la campagne. Soudain, au beau milieu du livre, on recommence. Émily est encore infirmière mais elle marie un soldat handicapé et ils partent vivre en Rhodésie avec leurs deux enfants. L’histoire n’est plus la même. Les conditions sont difficiles : le père est malade, la mère déprimée. Doris Lessing en profite aussi pour se libérer des frustrations qu’elle a vécues avec sa mère. Malgré tout cela, on sent quand même le plaisir qu’elle a eu, enfant, à vivre sur une ferme. C’était tout un autre monde.
Balzac, le roman de sa vie
Dans cette biographie, deux génies se rencontrent : Balzac, le sujet du livre et Zweig, l’auteur. Ils avaient tous deux des points en commun : une certaine difficulté à réussir avec les femmes, le souci de perfection dans l’écriture, la maîtrise de l’art de dépeindre la société dans laquelle ils vivaient, la mort qui les a rejoints beaucoup trop tôt…
Cette biographie de Balzac est posthume et fut traduite par un ami de Zweig (Fernand Delmas) qui écrit en postface que Zweig avait été influencé par la façon de faire de Balzac. Delmas avait trouvé des morceaux de l’oeuvre éparpillés un peu partout et une masse de documents de références avait été accumulée en vue de la rédaction finale qui n’a jamais eu lieu. D’ailleurs, une note dans la paperasse de Zweig indique qu’il voulait y ajouter un autre chapitre traitant des malheurs de la famille Hanska. Car, après la mort de Balzac, ironiquement, cette famille finit comme lui, complètement ruinée. Comme si, en vivant dans sa maison, elle avait été contaminée par sa façon de vivre sans le sou et dans les dettes jusqu’aux oreilles.
Traduction de Fernand Delmas.
Titre original : Balzac : a Biography
Carnets d’une désobéissante
Entre la biographie et le cheminement personnel, une lecture qui fait réfléchir, sans lourdeur. Belle écriture fluide… un journal intime qui nous permet de nous situer dans notre propre parcours. Un regard incisif sur notre société.
Membre : Val-D’Or-Abitibi
24 juin 2011
Madame St-Germain raconte en gros son enfance ainsi que sa vie professionnelle et le cheminement que les épreuves rencontrées l’ont amenée à parcourir. Personnellement, je me suis retrouvée dans ce récit, et je crois que ce peut être le fait de beaucoup de Québécoises. Cent-dix pages de réflexion assurée.
Ceci est mon corps
Dans la nuit tiède de l’Orient, un vieil homme murmure à sa femme mourante, plongée dans l’inconscience, des paroles sur le temps qui passe, le doute, l’amitié, la douleur, les enfants, le hasard, l’amour. J’ai aimé la beauté de l’écriture, c’est tout. Ce n’est vraiment pas mon genre de lecture.
Chagrin d’école
Difficile de ne pas aimer ce livre divisé en 87 chapitres. Du bonbon !
Pennac, avant d’être un écrivain reconnu, fut un professeur. Et avant d’être professeur, il fut un étudiant, un élève. Mais aussi un cancre. Nul. Complètement nul ! Mais qui fut sauvé par des profs qui ont su déceler en lui le potentiel qu’il avait. Et pour les remercier, d’une certaine manière, il a choisi de faire comme eux. Réflexions sur ce difficile métier, mais aussi sur l’amour des enfants au-delà de soi.
2 sept 2011
Je termine la lecture de ce livre autobiographique de Pennac qui me laisse ambivalente. L’ex-prof que je suis ne peut qu’admirer les prouesses du cancre devenu professeur, mais la façon de l’auteur de décrire ses réussites m’a souvent exaspérée. Ses rares doutes étaient bienvenus ! Prix Renaudot 2007, ce livre demeure un classique pour les intéressés par l’École.
Colette, La vagabonde assise
J’ai lu avec curiosité cette biographie fort bien documentée. Colette est une auteure que j’ai fréquentée très brièvement à mon adolescence avec L’Ingénue libertine. Probablement que le mot libertine y était pour quelque chose. On y découvre une femme qui a su, d’une certaine façon, tirer le meilleur de sa vie malgré ses ambiguïtés : antiféministe, mais dominée par ses hommes, ignorante du contexte politique dans lequel elle vivait, distante de sa mère comme de sa fille. Elle cherchait le plaisir dans le fait de vivre (manger, baiser, avoir des ami(e)s, avoir un corps désirable, être bien vêtue). Une épicurienne.
À lire, ou plutôt à regarder, en même temps : Album Colette (Éditions Gallimard, 1984). Iconographie choisie et commentée, 508 illustrations qui nous donnent un éclairage sur cette femme qui avait une force de vivre malgré toutes ses faiblesses. Du moins une femme qui a su s’assumer.
3 septembre 2010
Colette (Gabrielle) est née le 28 janvier 1873 dans « la maison au perron qui boîte » au village de Saint-Sauveur-en-Puisaye, en Bourgogne. Fille de Sido (Sidonie Landois) femme moderne pour son temps et du capitaine Jules-Joseph Colette. Après une enfance heureuse, Colette rencontre adolescente Henri Gauthier-Villars, dit Willy, avec qui elle se marie en 1893. Auteur de romans populaires, il a un « atelier de nègres ». Colette se joint au groupe. Willy lui propose d’écrire ses souvenirs d’écolière en mettant du piquant et du patois. « Claudine » est née. Les livres sont publiés sous le seul nom de Willy.
Divorce et second mariage en 1912 avec le baron Henri de Jouvenel, rédacteur du journal Le Matin, avec lui, elle a une fille, Bel-Gazou.
En 1935, elle rencontre Maurice Gaudeket, elle a 16 ans de plus que lui. Et un nouveau mariage. Colette a tous les dons et tous les vices ! Elle fait du théâtre, du Music-hall, du journalisme (Le Matin). Elle fait de la peinture, de la tapisserie, donne des conférences en France et en Belgique. Elle ouvre une boutique de produits de beauté, en face de l’Élysée, où elle accueille et conseille les clientes.
Colette raffole des honneurs : en 1928, elle est reçue Grand officier et en 1936, Commandeur de la légion d’honneur. En 1945, elle est élue à l’Académie Goncourt. Colette aime les femmes, les hommes, sans oublier sa passion pour les bêtes. L’image de Sido, la mère irremplaçable, hante chaque texte.
Le 3 août 1954 disparaît Colette. Ses obsèques civiles dans la cour d’honneur du Palais-Royal sont grandioses (le curé de Saint-Roch lui a refusé l’absoute).
Une biographie des plus intéressante avec beaucoup de détails sur cette époque. Et pour connaître Colette de plus près, il faut aussi lire : Colette par elle-même de Germaine Beaumont et André Parinaud (Collection Écrivains de toujours, Le Seuil, 1954). Germaine Beaumont a été longtemps, la secrétaire de Colette au Matin; en plus des nombreux séjours passés ensemble à Rozven en Bretagne.
Sylvie Durbet-Giono sera à Montréal à l’automne. Elle donnera une conférence sur son père Jean Giono le mardi 26 octobre, à 19h30, au Pavillon 3200 Jean Brillant de l’Université de Montréal.
Conversations avec Dany Laferrière
Quel livre réjouissant ! Ghila Sroka, fondatrice et animatrice de la Tribune Juive, est une amie de longue date de Dany Laferrière. Dans cet album à la présentation soignée, elle offre des entrevues qu’elle a menées avec Laferrière sur une période de 25 ans. Certaines ont déjà été publiées, mais plusieurs sont inédites.
À travers ces conversations, Laferrière raconte des détails de sa vie familiale, de ses voyages, de son processus créatif. Il explique comment il a décidé, sur un mode balzacien, d’organiser neuf de ses livres en Une autobiographie américaine. On découvre sa grande érudition, sa volonté d’appartenance au monde américain (au sens de l’Amérique et non au sens étatsunien) par opposition au monde français.
C’est un livre généreux, convivial, réfléchi. Un bonheur de lecture.
Daughter of the Desert : The Remarkable Life of Gertrude Bell
Biographie d’une femme fascinante, Gertrude Bell, une des premières femmes à avoir étudié à Oxford, devenue conseillère de Churchill et de T. E. Lawrence (d’Arabie). Suite au démantèlement de l’empire ottoman, elle est chargée par le gouvernement britannique de faire l’analyse de la situation au Moyen-Orient. Elle effectuera des fouilles en Mésopotamie, traversera la Syrie à dos de chameau, fréquentera Faisal d’Iraq et fondera le Musée archéologique de Bagdad.
Démons quotidiens
150 textes, 150 dessins qui dialoguent sur l’actualité qui se déroule entre juin 2010 et juin 2011. Que pensent ces deux complices du quotidien qui nous submerge, tous deux avec leur plume, Huston en écrivant, Petty en dessinant ? Une belle oeuvre comme seule Huston peut en initier.
Les dessins sont de Ralph Petty
4 nov 2011
L’auteure nous livre ses impressions de la journée, ses voyages, sa vie de tous les jours, ses souvenirs, ses réflexions. Tout ça accompagné de dessins superbes qui tiennent compte du texte. Elle nous raconte ce qu’elle a vu durant ses voyages à travers la planète, ses spectacles, ses expositions, avec humour et sarcasmes. Elle philosophe sur l’espèce humaine, la pauvreté, la misère et la richesse. Magnifique livre extrêmement bien écrit et très intéressant.
Des gens très bien
Ce n’est pas vraiment un roman auquel nous a habitué son auteur, si fantaisiste parfois. La lecture de ce livre demande de connaître un peu l’histoire douloureuse de la France durant l’Occupation et l’oeuvre d’Alexandre Jardin ainsi que celle de son père, Pascal. Mais ce livre permet de rectifier l’image qu’on a de l’oeuvre de cet auteur. Il nous avoue son aveuglement face à la réalité de ce que fit le Nain Jaune, son grand-père. Au fil des pages, il va ouvrir les yeux en analysant les faits. Ce livre est un travail sur la mémoire de sa famille, mais nous aussi, lors de tragédies historiques, nos yeux se ferment si nous sommes du bon côté.
3 juin 2011
Comme le dit la membre de Mont-Royal, l’auteur écrit différemment. Il raconte que son grand-père a été impliqué directement dans le génocide des juifs en1942 et il en a très honte.
Son père, Pascal Jardin, qui a écrit Le Nain jaune (Éditions Julliard, 1978) y décrivait son père positivement. Mais Alexandre Jardin se défoule de sa honte, de sa culpabilité. Il est en thérapie. J’aime beaucoup mieux ses autres livres.
18 mars 2011
Ce récit rompt complètement avec l’oeuvre antérieure de Jardin, joviale, truffée d’anecdotes drôles, écrite dans une tornade de superlatifs. Jardin dévoile ici que son grand père, Jean Jardin, a été le directeur de cabinet de Pierre Laval, chef du gouvernement du maréchal Pétain. À ce titre, Jean Jardin a joué un rôle déterminant dans la grande rafle des Juifs survenue en juillet 1942 et connue sous le nom de rafle du Vel d’Hiv. Ce rôle de collaborateur nazi avait été occulté, grâce, notamment, au livre que Pascal Jardin, le père d’Alexandre, avait consacré à son père dans le célèbre livre Le nain jaune.
Ce dernier Jardin a bien sûr fait des vagues en France. Les uns sont soulagés de ce dévoilement qui ouvre la porte à d’autres révélations. D’autres, (dont les fils de Jardin lui-même) sont en désaccord avec cette dénonciation, perçue comme un règlement de comptes rétroactif.
C’est instructif, dérangeant, irritant, émouvant. Quand on dépose le livre, on ne peut que se demander : et moi, qu’aurais-je fait ?
Flaubert
Flaubert est écrivain français né à Rouen en 1821 et mort à Croisset en 1880. Son œuvre centrale est « Madame Bovary », un roman de mœurs écrit en 1857. Troyat situe Flaubert dans son contexte historique, social et politique tout en décrivant sa vie quotidienne. Il décrit son caractère, ses habitudes de vie, ses relations avec sa famille et ses amis, sa conception du monde, ses déceptions, ses difficultés financières, ses problèmes de rédaction, ses voyages, ses amours; il peint le personnage dans toute sa complexité. Une biographie passionnante !
Flora Tristan, J’irai jusqu’à ce que je tombe
Flora Tristan (1803- 1844) a marqué l’histoire des femmes. Fille illégitime d’un noble péruvien qui disparaît rapidement, la jeune Flora, élevée par sa mère à Paris, se marie à 18 ans avec le graveur André Chazal. Ce mariage désastreux hante la vie de Flora. Celle-ci n’a qu’une idée : être libre ; or le mariage est une entrave dans la vie d’une femme. D’un voyage au Pérou pour récupérer son héritage, Flora en rapporte un livre : Les pérégrinations d’une paria. Devenue une femme de lettres reconnue et reçue dans les salons, elle va pourtant changer de vie. Elle se sent une mission : elle est la Femme-Messie qui apporte la bonne parole aux ouvriers.
Exaltée, arrogante, fière, Flora est empêtrée dans ses contradictions, partagée entre sa vie de petite bourgeoise et sa mission de « sauver » les ouvriers. Pour George Sand qui la déteste, c’est une poseuse et une vaniteuse.
C’est cette Flora si complexe que nous restitue la passionnante biographie de Bloch-Dano. Elle nous permet de mieux comprendre cette féministe, une de celles avec George Sand qui défend les libertés des femmes au XIXe siècle. Cette femme, animée par une volonté inébranlable, J’irai jusqu’à ce que je tombe, est la grand-mère du peintre Gauguin.
J’aime les biographies, en particulier celles des femmes. Les biographies permettent de découvrir une époque et de partager, pendant le temps d’un livre, la vie de femmes si différentes de la nôtre.
Alors, je vous encourage, grâce à Flora Tristan, de mieux connaître le XIXe siècle français.
Fouché
J’ai repris Les Grandes vies de Zweig (1245 pages), pour cette fois lire la biographie de Joseph Fouché (1759-1820), 229 pages.
Fouché était un diplomate qui a su toute sa vie être en bons termes avec tous ceux qui avaient le pouvoir : « Il s’est glissé dans tous les partis : la République (avec Robespierre), le Directoire, le Consulat et l’Empire (avec Napoléon Bonaparte) et la Monarchie (avec Louis XVIII). S’il a servi tous ces régimes, il s’en est surtout servi » peut-on lire dans l’avant-propos. Et comme toujours, Zweig nous raconte cette vie avec une plume extraordinaire qui ferait rougir bien des journalistes d’aujourd’hui. Il réussit à rendre sympathique un des hommes les plus fourbes de tous les temps. Dans sa préface (1929), Zweig écrit : « Chaque jour nous constatons encore que, dans le jeu ambigu et souvent criminel de la politique, [...] ce ne sont pas des hommes aux idées larges et morales, aux convictions inébranlables qui l’emportent, mais ces joueurs professionnels que nous appelons diplomates, ces artistes aux mains prestes, aux mots vides et aux nerfs glacés. »
Françoise
Une très belle biographie de Françoise Giroud, la femme qui incarna la femme moderne et qui toute sa vie défendit ses idéaux. Françoise affirmait ne savoir faire rien d’autre que de travailler. Travailler pour elle, c’était écrire. Elle a beaucoup écrit et fut très sollicitée. Script pour Jean Renoir, elle fut co-fondatrice de L’Express, et elle a participé à la création d’Elle. Femme politique, elle fut secrétaire d’État à la Condition féminine. Jusqu’à la fin de sa vie, elle fut chroniqueuse au Nouvel Observateur. Les épreuves ne l’ont pas épargnée et c’est sans complaisance aucune que Laure Adler décrit les zones d’ombre de cette femme d’exception. À lire !
Hermann Goering : le deuxième homme du IIIe Reich
Pour ceux et celles qui aiment l’histoire, ils pourront se régaler. L’auteur a consulté de nombreux documents inédits. L’histoire débute avec la jeunesse de Goering et nous mène jusqu’au procès de Nuremberg. On dit qu’il était le deuxième homme du IIIe Reich. On voit son rapport avec Hitler, mais aussi son goût du luxe, des oeuvres d’art, des diamants, des costumes, etc. Un personnage fascinant.
Une brique d’environ 700 pages qui vaut tout le temps qu’on y met.
Images d’une vie
Un magnifique livre de luxe ! Commentées par le Dalaï-lama lui-même, ces 200 photos qui ont marquées sa vie retracent un destin unique et une existence mouvementée indissociables, de la tragédie du Tibet. Confronté prématurément à la violence politique, le Dalaï-lama est contraint de s’exiler en Inde. Il s’installe à Dharamsala en 1960. Dès lors, toute sa vie est vouée à la reconnaissance de l’autonomie du peuple tibétain et à la diffusion dans le monde des messages de sagesse et de non-violence. Distingué par le prix NOBEL de la PAIX en 1989, il mène une vie simple, essentiellement consacrée à la méditation, à l’aide aux réfugiés et à son inlassable engagement politique pour la dignité de son peuple.
Quant à Matthieu Ricard dans la préface du livre il nous rappelle les valeurs fondamentales du bouddhisme et brosse un portrait intime du Dalaï-lama dans son quotidien, celui d’un infatigable pèlerin de la paix, l’une des plus grandes figures morales de notre temps. Un livre à lire et à admirer ! On notera que le Dalaï-lama sera au Québec, le 3 octobre prochain. Bonne lecture !
Istanbul : souvenirs d’une ville
L’auteur, prix Nobel de littérature (2006), relate son enfance et sa vie de jeune adulte dans sa ville natale. Il a une écriture lente et mélancolique sur la splendeur de l’Empire ottoman et de son héritage. Il nous montre une grande tristesse face au vieillissement d’Istanbul suite à la grandeur de Byzance et de Constantinople. On revoit son enfance et sa vie dans une métropole en déclin. Istanbul se cherche une identité nouvelle suite à la Deuxième Guerre mondiale. Il nous relate la lente désagrégation de la famille élargie des Pamuk suite à la dérive financière et l’émergence de nouvelles valeurs. Oeuvre très bien traduite, la trame se déroule très lentement sur plus de vingt ans (1952-1975).
Recommandé : 3 étoiles.
Titre original : Istanbul : hatiralar ve sehir
Jane Austen
Pour les amateurs de Jane Austen, en particulier, je suggère la lecture de ce petit livre très agréable à lire. Portrait affectueux et étayé de nombreux faits que madame Shields a glanés avec minutie. C’est une belle illustration du rapport entre la vie de l’auteure et son oeuvre ainsi que des grandeurs et misères d’être écrivain.
Je me promets de lire d’autres livres de Carol Shields.
Titre original : Jane Austen : a life
Janine Sutto, vivre avec le destin
Une biographie décevante. Madame Sutto est une artiste de grand talent. Le livre est une longue énumération chronologique de sa carrière. C’est très bien documenté. L’auteur écrit le titre de la pièce de théâtre, où elle est présentée, un résumé de l’histoire et le rôle tenu par madame Sutto. Un petit commentaire sur les collègues et c’est tout. Il inclut ses rôles à la radio, à la télévision et dans les films. Alors comme sa carrière est remplie, c’est long à lire et assez ennuyeux. Il nous relate aussi ses nombreux déménagements avec en prime les adresses. En ce qui a trait à sa vie amoureuse, c’est bâti de la même façon, une longue description sans aucun sentiment ni émotion. Il écrit à propos de son mariage avec Pierre Dagenais : « Janine Sutto décide d’épouser le théâtre et ce coup de tête donne lieu à un événement médiatique important (…) La cérémonie est suivie d’une réception (…) où l’on apprend que l’un des invités vient de recevoir la nouvelle que son fils a été tué (…) Le texte est rempli d’informations inutiles. C’est froid et sans âme. Cette biographie est un survol fort superficiel sur la femme qu’est Janine Sutto. Monsieur Lépine est un bon journaliste mais certainement pas un écrivain. Dommage !
Je n’aurai pas le temps
Une biographie splendide, l’œuvre d’une vie, celle d’un humaniste passionné qui a su concilier, non sans difficulté, esprit, cœur et raison. Le parcours remarquable d’un scientifique et grand vulgarisateur, d’un amoureux de l’univers et d’un défenseur de notre planète Terre. Les chemins empruntés par un esprit enthousiaste, curieux et ouvert, l’itinéraire d’un homme qui a su préserver la fougue de l’enfance au-delà des ténèbres du temps. Hubert Reeves, un regard, sans cesse renouvelé, posé sur le Cosmos. À lire absolument !
5 juin 2010
C’est à la suite d’une de ses conférences que j’ai lu son livre « Je n’aurai pas le temps ». Dans ce livre, Hubert Reeves décrit avec simplicité et humour « comment il a atterri dans le monde la science ». Tout en témoignant de sa passion pour le cosmos, il aborde d’autres aspects qui ont marqué sa vie : sa famille, la musique, ses voyages, la philosophie, la religion, ses préoccupations écologiques. À travers ce livre, j’ai retrouvé l’homme tel qu’il était lors de la conférence à laquelle j’ai assisté (« Les origines de l’univers ») : un homme enthousiaste et désireux de partager son savoir. De plus, ce livre m’a permis de m’initier en douceur à un autre univers. Je relirais ce livre avec beaucoup de plaisir.
Jenny Marx ou la femme du diable
Un plaisir renouvelé.
Le portrait d’une aristocrate prussienne par une grande écrivaine parisienne décédée en 2003. Jenny Marx, intelligente et séduisante, fût très étroitement liée au travail de son mari Karl dont les écrits furent très contestés à l’époque et lui valurent même des interdits de séjour en France et en Allemagne. Jenny n’a jamais baissé les bras et a soutenu son mari malgré l’exil, la pauvreté et même la mendicité. Six grossesses menées à terme, 5 filles et un fils. Les trois survivantes furent toujours plus près de leur père que de leur mère car elles l’enviaient d’être tant aimée de Karl. Jenny et son mari vécurent 32 ans d’un amour véritable. C’était une relecture mais l’intérêt ne m’a jamais fait défaut.
Le hasard veut que se trouve en kiosque un hors-série LE POINT entièrement consacré à Marx, qui a réservé quelques pages à sa femme « cultivée et charmante ». On y trouve aussi un extrait du livre de Françoise Giroud : la lettre de Karl Marx à sa femme « Madame, I love you ».
Journal de voyage d’un philosophe
Un beau livre qui nous ramène il y a cent ans, en 1911, où un jeune aristocrate cultivé quitte son château situé en Estonie pour aller faire son tour du monde. On assiste alors au déroulement du flot des pensées de notre auteur-philosophe au fur et à mesure du lent parcours qu’il effectue tout du long des civilisations indienne, chinoise, japonaise, puis américaine. Après être arrivé par Macao et Canton, Keyserling séjourne en Chine dans la petite ville de Tsing-Taou où se sont rassemblés mandarins et lettrés, menacés par le bouillonnement qui devait mener à la chute de la monarchie mandchou. Il y rencontre des lettrés de haute tenue, suite à quoi il visite Pékin, Hankow et les montagnes de l’ouest du pays.
Et son train dût-il être arrêté pour plusieurs heures en route par des soldats rebelles, cela ne l’empêche pas de tenir son journal, ce qui nous donne à lire de très belles pages sur le confucianisme, dont notre auteur est bien certain que cette merveilleuse philosophie va perdurer en Chine malgré ce qu’il estime n’être que des soubresauts politiques appelés à ne pas durer. Merveilleux Confucius qui fait aujourd’hui son retour en Chine, tout juste un petit siècle après 1911.
Le Japon amène ensuite notre philosophe itinérant à des réflexions où il voit des similitudes entre le bouddhisme Mahayana et le catholicisme occidental. Un Japon des citoyens au sens civique exemplaire, sens civique qui ne s’est pas démenti depuis, ainsi qu’on peut le reconnaître à l’occasion des récents tremblements de terre et tsunami. Dernière étape avant l’Europe, il y aura les États-Unis, cet « Extrême-Occident » qui rebute ce grand aristocrate qu’est Keyserling, les États-Unis qu’il voit comme étant une Europe poussée dans ses extrêmes au niveau d’un républicanisme politique égalitariste et d’une mentalité tout orientée vers le changement, au contraire des sages et vieilles civilisations de l’Inde et de la Chine. Un journal, récit d’un auteur loin de nos sensibilités actuelles. Mais quelle belle lecture !
Journal, 1942-1944
Quant à ce livre, j’en recommande moi aussi la lecture. J’aurais aimé rencontrer cette jeune femme intelligente et vive.
17 juin 2011
Ce livre m’a hantée, il fallait absolument que j’en parle au Club des Irrésistibles.
Hélène était une jeune juive parisienne. Son journal commence au printemps 1942, sur la musique d’une vie sans souci : la Sorbonne, les cafés avec les amis, les pique-niques à la maison de campagne. Mais au fur et à mesure de la répression, le ton se teinte d’angoisse puis de réflexions amères devant l’indifférence du monde non-juif. Témoin de premier rang, elle va écrire « pour qu’on sache », jusqu’à ce jour de 1944 où elle-même et sa famille sont déportées. Elle est morte à vingt-quatre ans au camp de concentration de Bergen-Belsen.
Comme le dit Patrick Modiano dans la préface : la voix d’Hélène, « une voix et une présence qui nous accompagnent toute notre vie. »
25 mars 2011
Quel livre émouvant ! Hélène Berr (1921-1945) était une belle jeune femme intelligente, qui préparait, au début de la Guerre, son agrégation à la Sorbonne. La famille Berr est une vieille famille française de religion juive, dont plusieurs membres ont été près du pouvoir.
En 1942, elle entreprend d’écrire un journal dans lequel elle raconte sa vie d’étudiante, ses amitiés et son amour naissant pour Jean Morawiecki, un beau jeune homme catholique. Plus le journal avance, plus elle rend compte de la persécution et des spoliations dont les Juifs sont victimes. Elle raconte la rafle du Vel d’Hiv du point de vue des victimes. Elle témoigne d’une peur sourde, constante, qui l’accompagne et qui pèse sur son quotidien. Ses parents et elle-même seront finalement arrêtés. Tous trois mourront dans les camps nazis, elle-même mourant à Bergen-Belsen quelques jours avant la libération du camp.
Malgré la lourdeur du sujet, Berr décrit avec bonheur la lumière de Paris, la beauté des paysages. Elle exprime avec précision les nuances des émotions qu’elle vit et cherche toujours à garder l’espoir, malgré l’étau qu’elle voit se resserrer autour d’elle et des siens.
Ce livre est suivi d’Hélène Berr, une vie confisquée de Mariette Job, dont la préface est signée par Patrick Modiano.
Kessel, le nomade éternel
En 180 pages de textes et de photos, c’est un condensé de vie intense, d’envies de lire Kessel ou les hommes et écrivains qu’ils a croisés, de pistes multiples pour revivre (sans être passéiste) une époque non seulement révolue, mais une époque que l’on ne retrouvera plus jamais ! Entre coups de « gueule » et coups de cœur (plus nombreux !), c’est un livre qui vous fait voyager à travers le monde, le temps, sans sortir de chez vous et qui vous ouvre la porte à de multiples projets de voyages. S’ennuyer avec ce livre ? Impossible !
Bonne continuation.
L’insoumise
Laure Adler nous entraîne dans une biographie magnifique de Simone Weil, philosophe, militante, ouvrière et résistante, considérée par certaines comme une icône de la pensée contemporaine. L’auteure embrasse tous les paradoxes de Weil, essence même du personnage et elle ne prétend pas élucider le mystère Weil.
Il faut vraiment louer l’écriture de Laure Adler et particulièrement le sens du détail. J’ai beaucoup aimé ce livre mais j’aime beaucoup Laure Adler.
Une première phrase :
« Les temps changent. Nous vivons une période de cacophonie, de brouillage des repères, d’absence de plus en plus accentués de la notion de valeur. »
Une phrase à retenir :
« Je crois que pour elle (Weil) fondamentalement, chacun d’entre nous choisit son identité, chacun d’entre nous choisit son destin. »
Bonne lecture !
La comtesse de Ségur, née Sophie Rostopchine
La comtesse de Ségur, née Rostopchine, vit le jour à Saint-Pétersbourg, le 1er août 1799. Catherine sa mère, est une femme bigote et cruelle, et son père Fédor, intelligent, bon et généreux. La France est à l’honneur à cette époque : on est catholique, on parle français, on suit la mode de Paris et les nounous sont françaises. C’est l’époque de Napoléon et de la campagne de Russie. Fédor est le gouverneur de Moscou, c’est lui qui fait évacuer la ville et y met le feu ! La disgrâce du gouverneur est commencée. Fédor passe la frontière à l’été 1816.
Et toute la famille est enfin à Paris. Sophie ne reverra jamais la Russie. Elle rencontre Eugène de Ségur, elle a 19 ans. Le mariage a lieu le 14 juillet 1819. Fédor donne à Sophie l’argent nécessaire pour acheter le « domaine des Nouettes ». Très vite, Eugène trompe sa femme, mais continue à lui faire des enfants (4 filles et 4 garçons). Retour de Fédor en Russie où il meurt à 60 ans, en 1826.
Eugène est de plus en plus avare. Sophie souffre du manque d’argent. À l’époque, l’éditeur Hachette a un projet de bibliothèque de gare pour les enfants. En novembre 1854, Louis Hachette à l’occasion de rencontrer Eugène de Ségur, président des Chemins de fer de l’est, et lui parle de son projet. Eugène se souvient des histoires que Sophie raconte à ses enfants, bonne idée pour la distraire, écrire des contes l’occupera. Il présente sa femme à l’éditeur. Le premier octobre 1855, la comtesse signe son premier contrat avec la librairie Hachette Elle n’a rien à envier à Flaubert, Dumas, Sue. Elle ose affronter, et de haut, le monde des hommes.
Avec les années, elle devient de plus en plus « catho », elle a un fils Gaston qui est évêque ainsi qu’une fille Sabine, religieuse au couvent de la Visitation, rue Vaugirard à Paris.
Le 9 février 1874, Madame la comtesse n’est plus. Son cœur est transporté au couvent de la Visitation. (L’auteure a pu examiner de près les coffrets enfermant les cœurs de Sophie et Gaston de Ségur).
D’après les statistiques de l’Unesco : parmi la diffusion des livres dans le monde, l’œuvre de Sophie de Ségur occupe une des premières places avec 30 millions d’exemplaires vendus.
Biographie très intéressante qui nous fait traverser le XIXe siècle, ses grands évènements historiques et ses grands hommes.
La dame blanche
L’auteur raconte la vie de la poétesse Emily Dickinson, vie qu’il a reconstruite à même les poèmes de cette recluse tournée vers la vie qu’elle pense et écrit.
La poésie n’est-elle pas « une affaire vitale, l’apothéose de toutes lucidités, l’arrachement du bandeau que la vie met sur les yeux des vivants pour qu’ils n’aient pas trop peur à cet instant dernier qu’est chaque instant passant. » Rien à voir avec les rimes, le rythme, le nombre de pieds…
Ce livre donne matière à réflexion sur le quotidien (amours, deuils, famille, jardinage…) et sur ce qu’il recouvre (méditation, sens des événements, présence divine…).
7 mai 2010
C’est une courte biographie d’Emily Dickinson, écrite avec les mots de la poétesse elle-même. La poésie de Bobin se mêle avec celle de Dickinson, tant et si bien que, sans les guillemets, le lecteur distinguerait difficilement les deux auteurs.
Emily Dickinson était recluse, toujours vêtue de blanc après le décès de son père. Son univers est celui du jardinage, des amours imaginaires, de la Bible, de la poésie. Elle écrit sur tout, tout le temps. Elle a laissé une oeuvre d’une richesse incroyable tant par la quantité que par sa qualité d’où Christian Bobin tire le meilleur pour notre plus grand bonheur.
20 février 2009
Bobin est un amoureux de la poésie, de la vie, de la nature et des êtres.
Il nous fait découvrir dans « La Dame blanche » le portrait de la grande poétesse Emily Dickinson. Au fait, c’est là un dialogue de deux solitudes.
Entre Christian Bobin et la Dame blanche d’Amherst, la symbiose est évidente et totale, l’admiration infinie.
L’auteur est un ermite et il sait parfaitement nous raconter la vie de la secrète d’Emily. Il dessine son âme avec sa plume aérienne.
« L’humilité est son orgueil, l’effacement son triomphe » nous dit Bobin.
Bonne lecture !
La dernière femme
Voici mon plus récent coup de coeur :
« Les quelques femmes que je rassemble ici n’ont eu, pour l’essentiel, qu’une existence imaginaire dans ma vie. »
C’est à travers une dizaine de femmes que l’auteur tente de se raconter, à sa façon, avec l’autre sexe.
Louise de Vilmorin, alias Marilyn Malraux
Laure, l’égérie de Georges Bataille
Nancy Cunard, la muse cruelle d’Aragon
Louise Brooks, la vamp du cinéma muet
Marie Bonaparte, l’Altesse royale qui sauva la vie de Freud
Françoise Dorléac, qui mourut à l’âge de James Dean
Zelda Fitzgerald, l’amour fou et l’épouse folle de Francis Scott
Françoise Sagan, la romancière oubliée de son vivant
Une inconnue, dite « la dernière femme »
La détresse et l’enchantement
Je viens de lire avec ravissement La détresse et l’enchantement.
Publié en 1984 chez Boréal Express, cette œuvre autobiographique n’est pas une nouveauté, mais je n’avais jamais eu l’occasion de la lire. La première partie raconte l’enfance et la jeunesse de Gabrielle au Manitoba, tandis que la deuxième partie raconte le séjour que fait Gabrielle en France et en Angleterre juste avant la Deuxième Guerre mondiale.
Ce livre décrit la grande pauvreté vécue par les francophones dans le Manitoba du début du XXe siècle et leur combat incessant pour la survie du français. Gabrielle y rappelle, avec une exquise sensibilité, le contexte familial dans lequel elle a vécu et sa lutte pour suivre sa vocation d’écrivain. Ce livre éclaire d’un jour nouveau plusieurs des œuvres de Gabrielle. C’est à lire absolument.
La femme nue habillait la nuit : nouvelles historiettes de la bohème
Deux grandes passions, Montréal et les arts. L’auteur, un Montréalais d’origine, né en 1939, s’est familiarisé avec la ville dès son jeune âge en compagnie de son père, voyageur de commerce. À 6 ans, derrière la vitre patinée d’une librairie de la rue Papineau, à quelques portes au nord du cinéma Dominion, il découvre que les livres lui tiendraient lieu de religion. Ce sont toutes les formes d’art qui le passionneront. À la fin des années 50-début 60, la fréquentation du collège Sainte-Marie sera un élément stimulant, peut-être à cause des Jésuites, mais surtout à cause de la proximité du Red Light dans un centre-ville qui a aujourd’hui presque complètement disparu et qui était propice à la fréquentation de toute une faune d’artistes et finalement à toutes les expériences. L’auteur fait revivre une époque fabuleuse et un monde trépidant, celui de la bohème de Montréal, les deux bohèmes : la francophone et l’anglophone.
Des souvenirs racontés de façon bien vivante, avec un humour irrésistible. L’auteur semble heureux d’avoir vécu à cette époque et d’en avoir profité à bloc, dans une ville qu’il a parcourue d’est (le Mocambo) en ouest (rue MacKay). Un style bien ramassé, où chaque phrase est bien ciselée, quoique certains passages soient trop elliptiques. Son anticléricalisme ne se dément pas. Pour les femmes qui ont connu cette époque, c’est aussi une façon de prendre à nouveau conscience de l’écart qui existait entre l’éducation des garçons et celle des filles, même à Montréal.
11 fév 2011
L’auteur raconte la bohème à Montréal, dans les années 50-60, dans le milieu des artistes de scène et de l’écrit. Ils sont contre la religion, c’est l’éveil sexuel, l’éveil des femmes, la méditation transcendantale, le jazz, les nuits torrides à Montréal, la découverte de la drogue, les barbes longues, les cheveux longs, l’initiation à la vie libre. J’ai beaucoup aimé le livre qui m’a fait connaître cette époque révolutionnaire
La fin est mon commencement
Un père raconte à son fils le grand voyage de la VIE.
Ce livre reste bienfaisant pour le lecteur, car c’est un livre de paix qui nous donne le goût de le parcourir lentement, très lentement.
Ce volume nous plonge dans une atmosphère sereine et nous invite à une profonde réflexion.
Le parcours riche de ce journaliste qui a parcouru le monde en HOMME LIBRE veut, sans aucun doute, laisser cet héritage à sa famille.
Tiziano Terzani (1938-2004) a été respecté par son travail… pour ce qu’il faisait et écrivait… mais aussi par ce qu’il était…
Il a été profondément influencé par l’INDE et par sa spiritualité. En fin de vie, il se retire dans les montagnes en ITALIE, pour méditer et vivre là ses derniers jours dans le silence, ne recevant plus personne excepté, sa femme, Angela, et leurs deux enfants : FOLCO et SASKIA.
Le dialogue entre lui et son fils nous fait pénétrer dans son inimitié… et nous permet à la fois des remises en question fort intéressantes.
À lire !
La maison du retour
Jean-Paul Kauffmann est un journaliste et un auteur français qui a été séquestré pendant 3 ans (1985-1988) par des terroristes au Liban. Le livre raconte la recherche d’une nouvelle maison à son retour de captivité, puis, l’installation dans la maison des Tilleuls dans la forêt landaise (1989). Descriptions de la nature environnante, de sa vie de tous les jours, de ses lectures (Virgile), du rôle salutaire de la lecture (n’importe quel livre) durant son enfermement. Propos empreints d’intériorité. Il donne le goût d’aller dans ce coin de France. Bonne lecture !
La vie de Tchekhov
Biographie romancée de 202 pages, d’une grande simplicité, du grand écrivain qu’est Tchekhov. Les chapitres sont courts et bien agencés. L’auteure nous fait revivre ce que vivait Tchekhov avec un élément indicible de merveilleux; elle suscite le désir de connaître mieux les oeuvres de Tchekhov. Une vie russe passionnée, perfectionniste, malgré la persistance surtout vers la fin de sa vie, d’une toux chronique.
La vie d’Irène Némirovsky, 1903-1942
Née en 1903, à Kiev, l’écrivaine russe meurt en 1942 à Auschwitz. Irène Némirovsky est l’enfant unique d’une famille juive très riche qui s’exile au moment de la révolution de 1917.
En 1919, on retrouve Irène étudiante à Paris. Très tôt, elle écrit, pour des journaux et revues, des petits contes drolatiques.
En 1929, chez Grasset, paraît David Golder, un roman cruel sur la richesse et le dénuement.
En 1930, encore chez Grasset, Le Bal, le récit d’une vengeance. Ces deux titres sont inspirés par sa propre situation familiale, et c’est le succès.
Après une vie un peu frivole, elle épouse Michel Epstein. Dans ses livres, elle fait la description, sans complaisance, de la société russo-juive des palaces de Biarritz.
Mais Hitler arrive à la chancellerie allemande le 30 janvier 1933 et au printemps de la même année, la propagande antisémite fait de grands pas en France. Irène ne voit pas trop la nécessité de réclamer sa naturalisation. Convertie entre temps au catholicisme, elle est confiante de ne pas être embêtée. Mais la police française n’eut qu’à la cueillir en juillet 1942 à Issy-l’Évêque, petite ville de Bourgogne, avant que les Allemands la mettent dans le convoi no 6 pour Auschwitz.
Irène et son mari, lui aussi mort en déportation, laissent deux filles.
Denise Epstein se décide, après 60 ans de silence, de ressortir le manuscrit que sa mère lui avait confié. C’est Suite française, écrit sous la menace et en temps réel, couvrant l’exode et les débuts de l’occupation.
À son décès, Irène Némirovsky avait écrit plus de 53 nouvelles, seize romans, quatre scénarios de film, etc.
Biographie de 668 pages, très touchante et bien fouillée.
Lambeaux
L’auteur a voulu célébrer ses deux mères ; l’esseulée et la vaillante, l’étouffée et la valeureuse, la jetée-dans-la-fosse et la toute-donnée. Cette autobiographie parle de différents sentiments. Désir d’être ailleurs. Tourments, incapacité de s’exprimer devant son père, sa mère et les autres. Difficulté de partager ses émotions. Amour et peur de perdre. Choix difficile de carrière.
Voici en gros ce que ce livre raconte. Il m’a cependant accroché. Charles Juliet nous raconte la vie de sa famille ainsi que la sienne. Il nous fait traverser les années en brossant un tableau de son enfance, de son adolescence et, plus tard, de sa difficulté à devenir écrivain. Il nous livre tout ce qui l’a façonné, je crois. L’auteur se sous-estime et se diminue. C’est pourtant le lot de plusieurs d’entre nous, jusqu’au jour où l’on décide de devenir authentique et d’être soi avec tout ce que cela comporte. Avis : ce livre est plutôt sombre, cependant il faut se rendre à la fin. Il nous renseigne sur l’écrivain et sur ce qu’est devenu Charles Juliet.
Le dernier danseur de Mao
J’aimerais répondre à la personne qui a vu le film Mao’s Last Dancer de Bruce Beresford (2009).
J’ai lu le livre qui est en fait sa biographie. J’ai bien aimé ce livre qui décrit son parcours depuis le moment où, à 11 ans, il fut choisi par hasard par son professeur de classe et remis à l’Armée Rouge qui était à la recherche de jeunes pour l’endoctrinement de la jeunesse. Étant petit, il fut remis à l’école de ballet de Pékin. Devenu danseur étoile mondialement connu, il vit présentement à Melbourne en Australie. Il raconte ses souvenirs de jeunesse, ses difficultés, son désespoir et son mal du pays.
Cunxin Li donne de bonnes leçons de vie par sa détermination et son courage afin d’aller jusqu’au bout de ses rêves. Le tout, ponctué par des proverbes chinois intéressants.
Un livre très captivant.
Le monde d’hier : souvenirs d’un Européen
Cette aubiographie m’a beaucoup plu.
Histoire d’un homme et d’une époque, parsemée de réflexions philosophiques et poétiques. Il a été cité par André Champagne, professeur d’histoire au Collège Jean-de-Brébeuf, le 11 novembre dernier, comme un des meilleurs récits sur les conséquences de la Deuxième Guerre mondiale.
Je n’ai pas tout à fait fini de le lire et j’appréhende d’arriver à la fin.
Titre original : Die welt von gestern
11 nov 2011
Une sorte de chronique documentaire de 1895 à 1941.
Se faire raconter l’Histoire au moment où elle se déroule, par un regard lucide, presque trop lucide. Ce livre, considéré comme une autobiographie, est, à mon avis, un livre d’Histoire raconté par un témoin vivant, Zweig, un juif autrichien qui, toute sa vie, avec force et passion, rêvait de la pacification de l’Europe.
On peut croire que tout a été écrit sur les guerres mondiales, mais ce livre est très différent, ce n’est pas un historien qui raconte, c’est un témoin des événements qui les vit en gardant une distance. Très étonnant et touchant.
Titre original : Die welt von gestern
6 août 2011
Dans cette oeuvre, Stefan Zweig, écrivain juif natif de Vienne, nous livre ses mémoires, couvrant une période d’une cinquantaine d’années, depuis le début du siècle jusqu’à la montée des Nazis. Plus qu’une autobiographie, c’est un portrait sociologique et historique de l’Europe, telle que vue par Zweig, humaniste qui rêvait d’une Europe unie et d’un monde meilleur. Lucide dans son analyse, il n’a pas survécu à son désillusionnement : son suicide est survenu peu de temps après.
Matière à réflexion, lecture captivante. Un vrai coup de coeur.
Le monde d’hier : souvenirs d’un Européen
Pour ceux et celles qui, comme moi, sont nés après la Seconde Guerre mondiale, qui en ont entendu parlé de toutes les façons, il n’est sûrement pas inutile de lire ce livre d’un auteur qui a vécu de près la Première. D’autant plus qu’il écrit ce livre durant la Seconde, qu’il se suicidera avant la fin de cette guerre et qu’il est loin du monde politique de l’époque. Que dire de plus sinon que son récit m’a captivé jusqu’à la dernière ligne : plus de 500 pages sans une seule de trop.
Titre original : Die Welt von Gestern
Le nazi parfait

Davidson est un journaliste d’origine anglo-allemande, réalisateur à la BBC. Il est le petit-fils d’un soldat allié britannique et le petit-fils d’un officier SS. Ce récit est le résultat d’une enquête réalisée à partir de documents officiels et d’une abondante documentation. L’auteur a tenté de reconstituer le parcours de son grand-père, Bruno Langbehn, mais ne l’a jamais interrogé, le sujet de la situation de Bruno pendant la guerre étant tabou dans la famille.
D’origine modeste, Bruno Langbehn a été élevé à l’ombre d’une caserne militaire. Technicien dentiste, il gravit les échelons dans le parti nazi, d’abord membre de la SA, puis de la SS. Enrôlé dès le début de la guerre, il est blessé au bras à la suite d’une chute de cheval. Il finira la guerre à Prague, comme officier de renseignements.
Par toute une suite de rebondissements, il réussit à échapper à la chasse aux nazis. Il ne sera jamais véritablement inquiété, reprendra des activités d’art dentaire et finira ses jours en Allemagne.
Davidson avait remarqué les silences embarrassés qui s’abattaient sur la famille quand il était question du rôle de Bruno pendant la guerre. Il avait aussi noté que son grand-père était alcoolique, qu’il cherchait toujours à avoir raison et qu’il recherchait la compagnie de ses anciens camarades militaires. Davidson est persuadé que son grand-père est mort avec la conviction d’avoir eu raison toute sa vie.
Par certains côtés, ce récit ressemble à celui qu’Alexandre Jardin a consacré à son grand-père, Jean Jardin, collaborateur des nazis pendant la guerre. Comme Jardin, Davidson a voulu briser le silence.
Titre original : Perfect Nazi
Le vertige
Chronique des temps du culte de la personnalité (Tome I) (Éditions du Seuil, 1967, 1997) et Le ciel de la Kolyma (Tome II) (Éditions du Seuil, 1979).
Guinzbourg est une intellectuelle russe, d’origine juive. Professeure de philologie à l’université de Kazan et épouse de Pavel Axionov, elle fait partie de la nomenklatura communiste. Après l’assassinat de Kirov en 1934, elle commence à être inquiétée. En 1937, elle est accusée de crimes imaginaires, arrêtée et condamnée à une peine de réclusion de 18 ans qu’elle purgera, en grande partie, dans les camps de la Kolyma.
Ce récit hallucinant de plus de 1 000 pages raconte une captivité de 18 ans au cours de laquelle elle sera emprisonnée en isolement, traversera la Sibérie en trains surpeuplés, sera transférée à demi-morte à Magadan et affectée à divers camps de la Kolyma. Sous-alimentée de manière chronique, souffrant du scorbut, elle devra abattre des arbres, scier du bois, garder des poules. Russophone, elle se tire d’affaire grâce à sa connaissance de l’allemand, du français et du tatar, de sa phénoménale mémoire qui lui permet de communiquer avec d’autres détenus par petits coups frappés sur le mur. Elle livre une réflexion très profonde sur la propagande, le mensonge et la peur qui conduisent certains êtres humains aux dernières bassesses dans le but de sauver leur peau. Elle décrit comment elle trouve de petits moments de bonheur dans les circonstances les plus désespérées et elle rend hommage à des personnes qui demeurent humaines au plus profond de l’adversité.
C’est bien meilleur qu’un roman…
Le voile de la peur
Le récit d’une jeune fille algérienne, mariée de force à l’âge de 16 ans à un intégriste musulman. La vie difficile de la femme dans une société misogyne. Autobiographie de Samia et son projet de connaître et de vivre en liberté. Livre très dur et la préface de l’artiste LYNDA THALIE me confirme la véracité des évènements.
Il faut protéger la liberté et se méfier des demandes des intégristes de tout acabit. Fortement recommandé.
Les Années
Style épuré mais efficace pour nous brosser un tableau de la société française et son évolution à partir de la Seconde Guerre mondiale. On y voit non seulement l’évolution des technologies, mais également des valeurs de la société, des tabous, des non-dits, etc. Lecture très instructive.
27 août 2010
Ce livre est une sorte de croisement entre l’autobiographie et la chronique sociologique. Ernaux y raconte des souvenirs personnels qui s’échelonnent sur près de soixante-dix ans. Pour nous présenter ses souvenirs, elle prend le prétexte d’un album de photos imaginaires, qu’elle feuillette et commente. Ces souvenirs sont intercalés dans une évocation minutieuse de la société française depuis la Deuxième Guerre mondiale. À partir de chansons populaires, de marques de commerce, d’événements politiques, elle propose un travelling de la vie d’une femme dans un univers très franco-français. C’est un peu comme si elle voulait écrire son autobiographie sans se mettre en vedette, préférant inscrire sa vie dans celle d’une collectivité en changement.
Les lecteurs québécois les plus âgés retrouveront dans ce livre des souvenirs oubliés. Les plus jeunes découvriront sans doute un monde chronologiquement encore proche, mais difficile à imaginer aujourd’hui…
9 juillet 2010
L’auteure revisite son passé, femme de 67 ans, écrivaine confirmée demeure dans le présent tout en jetant un oeil sur l’avenir.
« Sauver quelque chose du temps où l’on ne sera plus »; c’est ce que propose Ernaux dans cette oeuvre de mémoire attentive, où s’entremêlent l’intime et le collectif. Bonne lecture !
Lettres à mes filles : entre terreur et espoir, les combats de la première femme politique afghane
Pourquoi « lettres à mes filles » ? Fawzia Koofi, une des premières députées élue au gouvernement de Karzaï, sait que tous les chefs qui gouvernent, dont son père, sont assassinés un jour ou l’autre. Chaque fois qu’elle part en voyage, elle écrit à ses deux filles. Elle nous parle de la vie en Afghanistan et, principalement, des femmes. Les garçons ont peu de considération, les filles, aucune. Elle a pu étudier en médecine parce que sa mère, la deuxième des sept épouses, jouissait d’une certaine autorité. Sa mère fit accepter que Fawzia aille à l’école. Elle nous décrit la vie sous les Russes, sous les moudjahidines où la lutte pour le pouvoir tourne en guerre civile. Puis, l’arrivée des Talibans avec leur islamisme radical. Elle nous raconte la cérémonie de son mariage. L’emprisonnement et les tortures subies par son mari non coupable, la succession de fuites du couple et le décès prématuré de son conjoint. Fawzia, bénévole pour des associations de femmes, s’implique dans des réseaux d’aide et travaille pour l’ONU. Connue des professionnels de son pays et des étrangers, elle se fait élire en 2005. Livre très, très intéressant à lire.
Limonov
C’est le roman de l’automne. On en a beaucoup parlé. Prix Renaudot 2011. Je ne sais pas dans quelle catégorie on peut classer le livre. Un roman ? Pourtant le personnage existe et est toujours vivant. Est-ce une biographie ? Un livre d’histoire ? Ne tentons pas de faire des catégories, mais simplement laissons nous transporter dans l’histoire d’une époque. Personnellement, j’ai davantage apprécié les notions d’histoire que les états d’âme de Limonov, une sorte de voyou qui cherche sa véritable mission. C’est un livre à lire.
Limonov
On raconte la vie mouvementée d’Edouard Limonov, poète russe. Sa vie de misère à l’usine, rentre à l’asile de fous, coud des jeans tout en continuant sa poésie. Immigré à New York, il devient clochard puis homosexuel pour se faire vivre par les autres. Finalement son livre est accepté à Paris et traduit. À Paris, il mène une vie de bohème, fréquente les riches et écrit beaucoup. Il revient à Moscou après 15 ans, en vainqueur. Il part à la guerre et fonde un parti politique antirusse. Il est incarcéré comme terroriste, mais il en sort adulé par les Russes.
Livre intéressant. On y parle beaucoup de politique russe, française, de la vie des bohèmes qui sont contre la politique sur place. Limonov n’a peur de rien et fonce sur tout ce qui bouge sans suivre de directives. Spécial et fort bien écrit.
Prix Renaudot 2011.
L’Africain
Je n’avais jamais rien lu de ce récipiendaire du Prix Nobel du livre 2008 pour l’ensemble de son œuvre. Ce livre n’est pas un roman mais raconte une partie de sa vie, mais surtout l’histoire de son père, médecin issu de l’Île Maurice, qui pratique en Afrique. Le Clézio est né en Afrique; ce devrait être lui l’Africain. Mais c’est son père qui finalement y passera une grande partie de sa vie, dont huit ans séparé de sa femme et de ses enfants à cause de la guerre. On pénètre dans un monde inconnu autant par la période (1930…) que par le lieu. Il ne faut pas accorder trop d’importance aux nombreux noms de villes et villages sinon on perdrait le fil de ce touchant témoignage de celui qui cherche à connaître l’homme que son père a été. Il nous fait vivre ce qu’un Blanc peut éprouver lorsqu’il est bien accueilli ou rejeté par la population locale. J’ai été transportée; j’ai lu presque d’un trait.
16 janv 2009
Je viens de découvrir grâce à vos suggestions de lecture un auteur prolifique à l’écriture raffinée et toujours en quête d’harmonie. Il est reconnu comme « le romancier de la solitude et de l’errance. » Vous avez deviné : Jean-Marie-Gustave Le Clézio. Je viens de terminer « L’africain » et « Désert » que j’ai lus avec passion.
L’amour inquiet : correspondance, 1912-1942
Si le nom de Fri précède celui de Stefzi comme auteure de cette oeuvre (c’est souvent de cette manière qu’ils signent), c’est que c’est elle qui, en bonne secrétaire dévouée, a mis en ordre et choisi les lettres contenues dans ce livre. Plusieurs lettres n’y apparaissent pas. Entre autres, celles détruites par la Gestapo, notamment celles de 1938 et de 1939, mais aussi celles (à partir de la fin de 1936) dans lesquelles Zweig et elle se chamaillent sérieusement… et ça, c’est vraiment dommage, car je crois que nous aurions pu bénéficier d’un éclairage intéressant sur leur façon de concevoir une séparation. De plus, pas une ligne sur Charlotte (Lotte) Altman, sa seconde femme. Mais pour les inconditionnels de Zweig, dont je suis (vous ne l’aviez pas deviné ?), c’est à ne pas manquer.
Titre original : Unrast der Liebe [Inquiétude de l'amour]
L’autre fille
De tous les romans que j’ai lus de cette auteure, celui-ci est mon préféré.
Annie Ernaux a dix ans lorsque sa mère fait une confidence à une voisine. Elle apprend l’existence de Ginette, sa soeur, morte avant sa naissance. Dès ce moment, sa vie bascule : la conception qu’elle avait d’elle-même n’est plus et elle se sent flouée. Tout au long de sa vie, elle sera poursuivie par l’ombre d’une soeur qu’elle n’aura jamais connue et qui, selon les dires de sa mère, était morte comme « une petite sainte ». Elle grandit avec l’impression qu’il fallait souffrir pour mériter le bonheur et la réussite ; une notion qui ressemble étrangement à ce que nous vivions ici, collectivement, sous l’emprise de la religion.
J’ai beaucoup aimé cette lecture qui nous fait vivre des émotions complexes, mais c’est, avant tout, un livre sur la fragilité de l’enfance et sur la construction de l’identité. À lire !
11 nov 2011
Ce livre prend la forme d’une lettre que l’auteure adresse à sa soeur, morte avant sa naissance. Pour Annie Ernaux, c’est une manière de « faire le tour de l’absence » de cette soeur inconnue pour elle, mais devenue l’Invisible « adorée » entre elle et ses parents. Au fil des pages, on découvre que cette présence/absence a pesé sur sa vie et modifié sa vision du monde. Cette lettre a une portée universelle, car elle permet de saisir la puissance des paroles reçues et les traces affectives qu’elles laissent en soi. À lire et relire
29 avril 2011
Un texte court, une « lettre » à l’absente dont l’existence si impalpable a pourtant affecté profondément une petite fille.
Annie Ernaux, née en 1940, apprend à l’âge de 10 ans qu’elle a eu une sœur morte en avril 1938.
En s’adressant à cette enfant emportée par la diphtérie à six ans, elle assume ceci : « Je n’écris pas parce que tu es morte. Tu es morte pour que j’écrive, ça fait une grande différence. »
Les phrases sont construites autour d’une absence. « Je ne peux pas faire un récit de toi… T’écrire, ce n’est rien d’autre que faire le tour de ton absence… »
Annie Ernaux fouille dans sa mémoire les traces encore visibles (cartable, photos…) ou les échos (famille, voisins…) de celle dont la disparition a permis sa naissance comme elle le cite dans La Place : « Je suis venue au monde parce que tu es morte et je t’ai remplacée. »
Récit percutant.
L’autruche céleste
Si vous avez des adolescents qui vous déstabilisent et qui vous rendent la vie quelque peu infernale, il faut lire ce roman. Petit livre que j’ai acheté dans une librairie de déjà lu… Effectivement, c’est le bien-être assuré, vous retrouverez des situations similaires à celles que vous vivez mais exprimées avec un trait d’humour. Écrit sous forme de lettres à une amie, la mère raconte son quotidien de mère, de femme, de travailleuse autonome… Finalement, on peut savoir et faire l’autruche sans que cela mette qui ce soit dans le pétrin ; il s’agit simplement de faire ses choix. De beaux moments d’évasion.
L’école des films
L’auteur raconte la vie de son fils de 16 ans à qui il va donner l’autorisation de ne plus aller à l’école tant le jeune semble y souffrir.
Une condition : regarder ensemble trois films par semaine. Lui, critique de films, va faire une sélection très pointue de films à visionner. Il lui fera une petite introduction avant chaque visionnement, puis il y aura un échange à la fin.
Beaucoup de thèmes sont abordés dans ce livre : le choix du père sur la vie de son enfant, la découverte de l’amour à l’adolescence, les relations père/fils…
À la fin du livre, je me suis demandé à qui s’adressait ce livre ? Pourquoi l’avoir écrit ? Je ne suis pas une grande cinéphile (la majorité des films cités me sont inconnus) mais je suis une femme et une mère d’ados. Et ce livre m’a fait découvrir le point de vue masculin des relations humaines entre père/fils, ex-conjoint/maman de l’enfant, amours passés… Et l’écriture est agréable.
Titre original : Film Club
6 mai 2011
Récit autobiographique. Après avoir constaté les échecs scolaires de son fils adolescent, David Gilmour lui permet de rester à la maison. Seulement, il devra regarder des films choisis par son père, ancien critique de cinéma. Ce sera sa seule éducation.
Non seulement les films ont-ils permis d’aborder des sujets de la vie, les premières amours, l’amitié, la drogue, etc., mais l’entreprise constitue aussi une belle preuve d’amour à son fils.
Très agréable à lire. Un hommage au 7e art.
11 mars 2011
Un livre tendre et magnifique sur la relation privilégiée qu’un père entretient avec son fils. L’éducation et l’apprentissage de la vie du fils se fait à travers les oeuvres marquantes du cinéma. Le père, tout comme le fils, partagent des moments de doute, de désespoir et d’espoir.
Ce livre est en compétition pour Le Combat des livres 2011 de Radio-Canada.
Ma vie à contre-Coran
Avec Ma vie à contre-Coran, on quitte le monde de la fiction, encore qu’à la lecture de plusieurs parties du livre, on peut s’étonner que le vécu qui y est relaté a bel et bien lieu en 2009. L’auteure d’origine algérienne et vivant à Montréal y fait un plaidoyer fort contre l’islamisme politique (qui n’est pas l’Islam, mais sa dérive identitaire s’élaborant sur l’oppression des femmes). L’auteure, née en 1972, nous y relate sa vie à Oran en Algérie, à Paris, puis à Montréal où, dans le contexte où elle retrouve une mouvance politique et culturelle qu’elle et sa famille ont fuie en Algérie, elle devient militante d’un laïcisme qu’elle estime nécessaire de réaffirmer et défendre dans le Canada et le Québec actuel.
Ma vie avec Mozart
Un coup de cœur de l’année 2008-2009 .
Cet auteur que beaucoup de Québécois apprécient depuis quelques années déjà, a eu l’idée originale de combiner un texte plutôt autobiographique avec des extraits d’œuvres de Mozart, pour nous présenter une sorte de dialogue qui suit plusieurs étapes de la vie de cet homme sensible et doté d’une plume très expressive. Il avait découvert Mozart pendant une phase dépressive de l’adolescence, et lui est resté attaché jusqu’à aujourd’hui. Des œuvres vocales autant qu’instrumentales, 16 au total, illustrent des situations humaines où la musique apporte de la joie, de la sérénité, voire la « guérison » d’idées suicidaires. L’auteur « parle » au compositeur d’une façon familière, par des chapitres en forme de lettres très personnelles. La « réponse » lui arrive par la musique, qu’on peut écouter en même temps (ou après le chapitre en question). Il y a dans l’œuvre d’E.E. Schmitt toujours des éléments de philosophie et de recherche spirituelle.
Pendant le « Festival Montréal en Lumière », l’auteur et le jeune acteur Benoît McGinnis, accompagnés de l’Ensemble I MUSICI de Montréal et quelques solistes, ont présenté l’œuvre au Théâtre Maisonneuve de la PDA : un régal dont le seul ombrage était la prestation médiocre de la soprano…
9 janvier 2009
À la fin d’année 2008, j’ai relu avec autant de passion, ce magnifique livre.
L’auteur nous livre une bouleversante histoire d’amour : la sienne… avec le compositeur de génie. Un concept dès plus original, un livre accompagné d’un CD.
Des déclarations d’amour qu’E.-E. Schmitt rédige à Mozart, ce dernier répond par des œuvres musicales. Une invitation au lecteur de vibrer au même diapason que l’auteur. Une histoire qui transcende les siècles et se montre riche en enseignements sur la vie, la mort, la souffrance et la foi. Les mots sont simples, réconciliant art noble et art populaire. L’auteur rend donc hommage à celui dont il a fait son maître de vie et à la fois son professeur d’optimisme. Un magnifique livre !
Magellan
J’ai terminé Les Grandes vies de Zweig (1245 pages) avec la dernière biographie sur Magellan (1480-1521) [192 pages]. « Au commencement étaient les épices. » C’est ainsi que, dès le début, Zweig plante le décor. Le poivre était devenu une monnaie d’échange. Et il fallait trouver une route directe entre l’Orient et l’Occident afin d’éliminer tous les intermédiaires qui s’enrichissaient outrageusement à chaque transbordement de ces précieuses épices. Mais pour y arriver, il fallut d’abord persuader les bailleurs de fonds que la Terre n’était pas plate. Et le seul moyen était de faire le tour du globe avec un navire, d’un seul trait. Et c’est Magellan qui, le premier, a réussi l’exploit. Mais à quel prix ! Au départ, il y avait « 265 hommes sur cinq navires avec comme provisions, entre autres, 5 700 livres de porc salé, 200 tonneaux de sardines, 984 fromages, 450 cordons d’ail et d’oignons, 1 512 livres de miel, 3 200 livres de raisins secs et d’amandes… sans compter les sacs de farine, de sucre, de haricots, de lentilles, de riz… ainsi que 417 outres et 253 tonneaux de vin de Xérès, le meilleur. » En route, ils ont rencontré des indigènes sur des terres inconnues et pour les amadouer, ils faisaient du troc : « un hameçon contre 5-6 poules, un peigne contre deux oies, un petit miroir contre 10 perroquets, une paire de ciseaux contre suffisamment de poissons pour nourrir dix hommes, une carte à jouer (un roi de pique) contre cinq poules, un couteau ou une hache contre 2-3 femmes pour la vie. (!) » Et ensuite… je ne vous en dis pas plus évidemment, je ne voudrais pas gâcher votre plaisir.
Bien sûr, Zweig m’a fait rêver avec cette histoire. Pendant quelques jours, j’ai partagé des joies et des malheurs extrêmes avec ces marins. Quel conteur, ce Zweig ! Il écrit en spirale : il reprend toujours les éléments précédents pour présenter le point suivant. Des bémols ? Il aurait été pertinent d’insérer une carte montrant le trajet parcouru par les cinq vaisseaux de Magellan durant ces trois années. D’autre part, il y a des citations (en latin, en espagnol, en portugais) qui ne sont pas traduites. Enfin, une question : quel est le point commun entre ces quatre biographies : Fouché, Marie Antoinette, Marie Stuart, Magellan et… Stefan Zweig lui-même? Je dirais la détermination, l’obstination à vouloir, à n’importe quel prix, réaliser un projet que l’on a en tête, un projet auquel on croit.
Malek : une histoire vraie
L’auteur raconte l’enfance et l’adolescence du célèbre intellectuel algérien Malek Chebel.
Une histoire vraie qui pourrait, très bien, être un conte.
Romancière de l’enfance et de l’adolescence, Janine Boissard était née pour raconter cette vie pétrie d’espoir et de volonté.
Malek est un petit garçon qui ne peut compter que sur lui-même. Le destin lui arrache son père très tôt. Sa famille est dépouillée de ses terres et de son honneur. Il ne reste, pour lui, que l’école et le travail. Cent fois sujet au doute et à l’abattement, cent fois Malek fait le choix de la connaissance de la liberté, de l’amour d’autrui et de l’amour du beau.
Mange, prie, aime : changer de vie, on en a tous rêvé… elle a osé!
Changer de vie, on a tous rêvé… Elle a osé. Un récit en équation, aussi, avec un fantasme qui traverse l’esprit de tout être humain, tout quitter, planter là obligations, factures, mais aussi confort et amis pour se lancer seul, à la découverte de soi-même. Voilà un récit juste et généreux… Elizabeth Gilbert s’embarque dans un voyage d’un an en Italie, en Inde et en Indonésie. Elle apprend à méditer et à vaincre ses démons intérieurs. Nous perçons le mystère de cette Américaine qui sait très bien trouver les mots pour nous convaincre qu’avec de la bonne volonté, on peut devenir une meilleure personne. Bonne lecture !
Titre original : Eat, Pray, Love
3 juillet 2009
Ce récit autobiographique de l’auteure journaliste de profession, âgée de 31 ans, raconte le chemin parcouru pour sortir de sa crise existentielle. Elle part pour une année, vers l’Italie, l’Inde et l’Indonésie.
C’est une aventure qui a suscité mon intérêt par sa légèreté, son humour mais aussi le sérieux de sa démarche.
Pour atteindre son but, nous constatons que la route à parcourir pour trouver l’équilibre entre le corps et l’âme est exigeante et qu’un travail intérieur s’impose sans relâche.
À lire avec beaucoup de plaisir.
6 février 2009
J’ai beaucoup aimé ce livre car il raconte la vie de cette écrivaine Elizabeth Gilbert qui va à la découverte d’elle-même. Suite à un divorce et à une autre déception amoureuse, elle partira en voyage pendant un an en Italie où elle apprendra l’italien et les plaisirs de la bonne chère la bonne table, en Inde où elle découvrira la méditation, la prière, le chant, le yoga , et en Indonésie où elle rencontrera un sorcier pour l’apprentissage de la sagesse, des amis(es) et le véritable amour. Sa maison d’édition ainsi que son oncle et sa tante lui avanceront l’argent pour cette année d’apprentissage car elle aura perdu tout dans son divorce.
C’est un livre avec les dialogues écrit sous forme de descriptions mais avec toute la palette des sentiments humains. L’auteure nous fait sourire dans sa dérision d’elle-même. Comme elle dit : je me repose dans le moment présent. Je me suis reposé en le lisant car il nous montre notre humanité. Captivant.
Marie Stuart
L’oeuvre de Zweig touche tous les genres : la nouvelle, le roman, le récit, l’autobiographie, la poésie, le théâtre, l’essai, etc. Ici, il s’agit d’une biographie, un genre qu’il a beaucoup pratiqué. Sa première femme, Friderike von Winsternitz, lui reprochait d’écrire sur les autres, de traduire les autres plutôt que d’exprimer son propre génie. Elle avait à la fois raison et tort. Car à travers ses biographies transparaît son génie, il n’y a aucun doute là-dessus.
Dans Marie Stuart, il nous raconte cette femme comme s’il l’inventait. Même si on connaît un peu l’histoire, que l’on sait qu’elle va finir mal, on ne peut pas laisser tomber ce livre avant le point final. Zweig en fait un personnage sympathique malgré tous ses défauts parce qu’il réussit à en faire sortir toutes ses qualités. Enfin, Zweig ne l’a pas choisie pour rien, pour peu qu’on ait lu quelques notes biographiques de cet auteur.
Marie-Antoinette
Dans ce volume de 1242 pages sont réunies quatre magnifiques biographies : celles de Fouché (écrite en 1929), de Marie-Antoinette (écrite en 1932), de Marie Stuart (écrite en 1935) et de Magellan (écrite en 1938).
J’ai déjà encensé ici la biographie de Marie Stuart. Encore une fois, Zweig nous tient en haleine jusqu’au dernier chapitre même si l’on sait que cette Marie, tout comme l’autre, va perdre la tête. D’ailleurs, c’est tellement bien écrit qu’à un moment donné, on se dit qu’elle va s’en sortir ! Dans une espèce de crescendo, il nous dépeint cette femme comme étant la cocotte du siècle. Personne n’est plus superficielle, ni plus frivole que cette femme. Mais elle rayonne comme un soleil, car elle est mariée à une pâte molle nommée Louis XVI : tout ce qui compte pour cet homme, c’est manger et dormir. À partir de la naissance de son premier enfant, c’est le déclin de Marie-Antoinette comme reine, mais c’est l’explosion d’une femme, d’une louve, qui se tient debout et qui défend jusqu’à son dernier souffle ceux qu’elle aime. Comme Marie Stuart, Marie-Antoinette « tient pour ce dernier voyage (la route vers la guillotine), à être vêtue convenablement et proprement »; comme Marie Stuart, qui avait refusé l’aide d’un prêtre protestant, Marie-Antoinette refuse le soutien d’un prêtre républicain; et toutes les deux ont eu pour dernier compagnon un petit chien.
Même le silence a une fin
J’ai lu avec beaucoup d’intérêt ce livre. Madame Betancourt a réussi à garder le cap même si elle a traversé des expériences inimaginables. On apprend bien des choses sur les FARC, sur la situation politique en Colombie et sur elle. Sa mère s’est adressée à elle (sur les ondes d’une radio créée pour transmettre des messages aux personnes enlevées par les FARC) tous les jours de ses six années et demie de captivité. Ingrid Betancourt nous fait part du voyage spirituel qu’est devenue pour elle cette séquestration. Pour les belles réflexions qu’elle fait sur la vie et pour l’exemple de persévérance qu’elle nous donne, je recommande la lecture de ce livre.
11 février 2011
Je viens de terminer ce roman de 689 pages et je suis totalement d’accord avec les commentaires des membres de Westmount et d’Outremont des deux dernières semaines. Le récit de son cheminement personnel et de ses relations avec les autres prisonniers et geôliers de même que des fréquents déplacements au coeur de la jungle pour échapper aux recherches est captivant.
4 fév 2011
Moi aussi, j’ai lu ce récit, cette brique de presque 800 pages, et j’ai été très surprise de sa facilité à écrire, étant donné qu’elle n’est pas du tout écrivain de profession. (À noter qu’elle avait déjà écrit son testament politique La rage au cœur (2001). Je craignais qu’il y ait beaucoup de répétitions et que je finisse par me lasser, mais non, elle observe tout, même son état psychologique et physique et décrit le tout avec précision et, naturellement, puisque le récit a 800 pages, en grands détails. J’avais hâte de retourner à ma lecture tous les jours – jusqu’à la fin du livre.
À la suite, je me suis procuré les mémoires du policier qui a passé du temps en captivité avec elle, mais il n’avait pas la finesse de l’écriture d’Ingrid.
28 janv 2011
J’ai lu avec beaucoup d’intérêt ce récit détaillé d’une prise d’otage suivie d’une réclusion dans la jungle colombienne d’une durée de six ans et demi.
On assiste à travers les souffrances et humiliations vécues par Ingrid Betancourt au cheminement personnel et spirituel d’une femme à la force morale exceptionnelle. C’est captivant et très bien écrit. C’est angoissant et insoutenable à certains moments, mais on ne peut arrêter cette lecture qui nous envoûte jusqu’à la dernière ligne.
Mémoires de vie, mémoires d’éternité
C’est là un livre-testament de l’auteure : un itinéraire intellectuel et spirituel hors du commun.
Fruit de son expérience auprès des personnes en fin de vie, cet ouvrage d’Elisabeth Kübler-Ross nous trace, à 70 ans, son propre départ.
C’est un livre fort et chaleureux qui nous invite à la réflexion. Bonne lecture !
Titre original : The Wheel of Life
Mes Voyages avec Hérodote
J’ai eu un vrai coup de coeur pour un livre d’un grand reporter et journaliste polonais Ryszard Kapuscinski. Il s’agit de « Mes Voyages avec Hérodote ». Ce sont des récits de voyage de la deuxième partie du XXe siècle, entrecoupée de ceux du grand voyageur grec Hérodote au Ve siècle avant Jésus-Christ.
Quand Ryszard Kapuscinski devient journaliste dans une Pologne d’après-guerre sous le joug stalinien, il est dévoré par une grande curiosité envers le vaste monde, curiosité qu’il va peu à peu pouvoir assouvir en devenant reporter à l’étranger, chargé de rendre compte des soubresauts du monde dans son pays. Un livre ne quittera jamais son chevet, de la Chine à l’Inde en passant par le Congo : « Les Histoires d’Hérodote ». En faisant l’aller-retour entre son expérience, la démarche et les récits d’Hérodote, le journaliste donne aux événements de notre histoire proche une dimension nouvelle tout en rendant ses lettres de noblesse au travail effectué par le voyageur grec. Le tout se lit de façon fluide tout en s’avérant bien plus passionnant que nombre de fictions modernes. Quelle vision et quelle humanité dans de ce bijou de livre… Et quel style aussi ! Pas étonnant que Ryszard Kapuscinski ait été honoré du titre de « Plus grand reporter du siècle » : il le mérite amplement, je crois.
À lire pour se réconcilier avec l’Antiquité et l’actualité. ABSOLUMENT fascinant !
Millénium, Stieg et moi
Histoire vécue avec un grand H, celle d’Eva Gabrielsson, conjointe non légale, et j’insiste, de l’auteur de la trilogie Millénium de Stieg Larsson. Quelle femme, quelle histoire vécue dépassant la réalité et plus encore, une histoire d’amour intense, engagée ; respect et admiration mutuelle sont au rendez-vous. Je ne vous vendrai pas la mèche, mais elle vit la suite des choses comme un coup de poing au ventre à partir de la mort de Stieg. Plus grand que la réalité, la vie, dites-vous ? Implacable !
Je vous le recommande chaudement en cette période d’automne qui s’annonce tardivement mais sûrement.
Mon Amérique
Je ne m’attendais pas à une parution si récente de Julien Green (1900-1998). Mais ce sont des récits publiés dans des revues, journaux qui ont été rassemblés et dont les sujets concernent l’Amérique en 1920-40 écrits en français et pour les Français. Il raconte des récits, des événements vécus, son opinion sur l’Amérique : il veut faire connaître les Américains (parle même de Québec) aux Français sous un jour nouveau. Julien Green est né et mort à Paris de parents américains. Il est allé étudier en Amérique raconte des anecdotes vécues, parle du sud (origine de ses parents) de la guerre de sécession, de la guerre actuelle (1940) de l’opinion des Américains face à la guerre en Europe. Ce que j’ai trouvé très intéressant c’est de présenter les Américains d’un aspect très positif aux Français et c’est très bien écrit.
Mon évasion : autobiographie
Benoîte Groult, à 88 ans, ne coupe pas les cheveux en quatre, elle dit tout de sa vie très librement. Elle est très connue pour avoir lutté pour le féminisme et maintenant, pour le droit de mourir dans la dignité, comme aux Pays Bas, en Belgique, en Suisse. Je la croyais une vieille dame très digne, mais pas du tout. À la libération de Paris, elle sortait avec un Américain par jour. Elle a eu de nombreux amants et trois maris. Le livre est très intéressant : des réflexions sur tous les épisodes de sa vie, sur ses livres. Le dernier chapitre est une réflexion sur la fin de vie, sans rien de macabre. Ce livre m’a donné envie de lire ou de relire toute l’œuvre de cette femme exceptionnelle.
20 février 2009
Ce livre m’a vivement intéressée, je pense comme elle que la FEMME n’est pas assez reconnue encore partout et qu’elle subit encore trop le pouvoir des hommes dans certains pays au nom des traditions ??? De la religion ??? Non au nom des hommes hélas. Ces femmes esclaves, violées dans ces conflits utilisées comme armes de guerre.
Je vais relire du coup « Ainsi soit-elle » (1975) et « Les Vaisseaux du cœur » (1988) de cette auteure.
Connaissez-vous Lydie Salvayre et ses romans où elle manie tous les mots du vocabulaire français avec délectation et humour ?
13 février 2009
Le féminisme n’a jamais tué personne – le machisme tue tous les jours » (Benoîte Groult). Ce livre m’a même donné le goût de relire madame Groult.
Mon témoignage devant le monde : histoire d’un État clandestin
Jan Karski (1914-2000) est un des pseudonymes adoptés par Jan Kazielewski dans la résistance polonaise. Né à Lodz, il aura un destin exceptionnel. Diplômé en droit et membre de l’armée de réserve polonaise, il est conscrit et rapidement fait prisonnier par les Russes. Il réussit à faire partie d’un échange de prisonniers et devient prisonnier des Allemands. Il s’évade et entre dans la résistance polonaise. Comme il a une excellente mémoire et qu’il est polyglotte, on lui confie des missions de renseignements. Au retour d’une mission en France, il est à nouveau fait prisonnier par la Gestapo et torturé. Il réussit à s’évader. Après qu’il se soit infiltré dans le ghetto de Varsovie puis dans un camp d’extermination, on lui demande de se rendre en France puis en Angleterre pour raconter aux autorités polonaises en exil et aux autorités britanniques ce qu’il a vu. Il est finalement envoyé aux États-Unis, où il rencontre le président Roosevelt.
En quelques semaines, il écrit alors un livre qui raconte la misère et l’extermination dont les Juifs font l’objet en Europe et il entreprend une tournée de conférences. Le témoignage de Karski, appuyé par des microfilms, sera un des premiers témoignages de première main à propos de l’existence des camps d’extermination.
Mais sa déception est grande de constater que malgré les évidences, les Alliés ne font rien pour sauver les Juifs. De plus, les Alliés enlèvent leur reconnaissance à l’État polonais en exil.
Karski demeurera aux États-Unis où il fera une carrière de professeur à l’Université de Georgetown, à Washington. Vers la fin de sa vie, il recevra plusieurs décorations, notamment de l’État d’Israël et de la Pologne. Son histoire a inspiré le film Shoah (1985) de Claude Lanzmann.
Un témoignage bouleversant, bien meilleur qu’un roman d’aventures.
Mystérieux Mozart
Une espèce de biographie comme je n’en avais jamais lu… Dans un taxi parisien, l’auteur écoute avec le chauffeur le Requiem, discute avec lui de la mort du compositeur, descend et, jusqu’à son arrivée à son rendez-vous, entend une suite d’oeuvres, toutes de Mozart. Mozart est partout. Ce livre, écrit comme un roman, raconte la vie du musicien, à travers ses lettres et ses oeuvres, vie entrecoupée de rapprochements avec Voltaire, les frères Grimm, Baudelaire, Rimbaud, Hamlet, etc. Un livre où la culture se mêle à la documentation, le plaisir à la connaissance.
À lire par les amateurs de Mozart et les curieux de littérature.
Navigation de cabotage : notes pour des mémoires que je n’écrirai jamais
Ceux qui n’aiment pas les mémoires n’ont pas lu celles de Jorge Amado, le grand écrivain brésilien. Il se défend d’en écrire, aussi ses souvenirs sont-ils intitulés Navigation de cabotage : notes pour des mémoires que je n’écrirai jamais. En effet, dit-il : « Je veux seulement conter quelques histoires, certaines drôles, d’autres mélancoliques comme la vie. La vie, ah, cette brève navigation de cabotage. » Il a tout vu, tout connu puisque son engagement politique l’a fait beaucoup voyager et il raconte tellement bien. Un vrai dépaysement !
Titre original : Navegaçao de cabotagem
Occasions de bonheur
J’ai été enchantée par cet ouvrage, une série d’articles sur un nombre de noms bien connus. Alain Stanké, entrepreneur de première classe, s’arrange pour interviewer des sommités québécoises, canadiennes et internationales qui n’accordent quasiment aucune entrevue sauf dans de rares occasions, notamment Richard Nixon. Cette conversation est la plus intéressante de toutes, surtout dans le contexte du film « Frost-Nixon », qui passe actuellement à Montréal. Estonien de naissance, M. Stanké affiche un style cultivé enviable et un sens de l’observation sans pareil. Un bref survol de l’histoire contemporaine!
Open
Pourrait-il y avoir des passionnés de tennis qui ne seraient pas totalement captivés par l’autobiographie d’André Agassi ? J’en doute. Ceux et celles que ce sport n’enthousiasme pas pourraient y découvrir une personnalité très attachante. Ce récit Open expose en effet un parcours de vie hors du commun. On a dit d’Agassi que c’était un rebelle devenu un modèle. Il n’aime pas cette formule et, à suivre son trajet depuis l’enfance jusqu’à maintenant, on peut comprendre pourquoi. Open est l’histoire d’un apprentissage brutal, d’une vie subie en grande partie avant de pouvoir être assumée. L’autobiographie s’ouvre sur une citation de Van Gogh soulignant le rôle capital dans une vie de l’amitié et de l’affection et se ferme sur cette affirmation : « Je n’ai découvert la magie des livres que sur le tard. De toutes les erreurs que j’ai commises et que je voudrais éviter à mes enfants, celle-là figurerait en haut de la liste. »
Titre original : Open an Autobiography
Paris de ma fenêtre
On connaît Colette sensuelle, amoureuse et gourmande. Dans Paris de ma fenêtre, on découvre une Colette pragmatique, éprouvée par le rationnement, souffrant du froid dans un Paris occupé par les Allemands. Elle observe les Parisiens qui se rendent au travail à 4 heures du matin, éclairant leur marche à la lampe de poche, souffrant d’engelures aux pieds. Dans ce livre qui regroupe des chroniques publiées par Colette dans un journal parisien, de l’automne 1940 à décembre 1941, Colette propose à ses lectrices des trucs pour supporter l’adversité, comme de se coucher tôt pour tromper la faim, de coudre ou de lire au lit, en utilisant le chat comme bouillotte.
C’est un livre qui traite avec dignité de la grande misère du petit peuple parisien pendant l’Occupation.
Préface de Francis Carco.
Paris est une fête
À la lecture de la première édition, j’ai eu beaucoup de plaisir à découvrir le Paris des années 1921-1926. À l’époque, Ernest Hemingway est correspondant pour le Toronto Star. C’est le lendemain de la Première Guerre, c’est la bohême américaine et le mouvement « génération perdue ». On y rencontre Gertrude Stein, Francis Scott Fitzgerald, Blaise Cendrars, Picasso, Miro, etc. Son appartement : un deux pièces sans eau chaude, ni toilette, sauf un seau hygiénique. Il vit là avec son épouse Hadley et son fils Jack.
Ernest mange à l’occasion chez Lipp, flâne sur le boulevard Montparnasse, fréquente le Dôme et surtout la Closerie des Lilas. Dans le dernier chapitre, ils sont tous à Schruns en Autriche pour les sports d’hiver. Une certaine mélancolie se dégage de ce chapitre et une vague allusion à une autre femme, « la fille dont j’étais tombé amoureux ».
En 1956, lors d’un passage à Paris, la direction de l’hôtel Ritz, demande à Ernest Hemingway de reprendre les deux malles-cabine entreposées là depuis 1926 ; il retrouve les vestiges des années passées à Paris : carnets de notes, pages de romans dactylographiées et coupures de presse. Il est avec sa quatrième femme, Mary. Il avait mis au point dix neuf chapitres, il ne manquait que l’introduction et le dernier chapitre. En 1961, il se suicide et Paris est une fête n’est toujours pas terminé. C’est Mary qui « bricole » la fin du livre pour l’édition 1964. Le dernier fils d’Hemingway, Patrick, encore en vie, et Sean, le petit-fils et neveu de Patrick, proposent une édition revue et augmentée, faite à partir des manuscrits originaux. Après la rupture avec Hadley, Hemingway se convertissait au catholicisme et épousait Pauline Pfeiffer, mère et grand-mère de Patrick et de Sean. Ainsi, « la fille dont j’étais tombé amoureux » est Pauline.
Lire de préférence l’édition de 2011 à cause des vignettes inédites. Passionnant.
Titre original : A Moveable Feast
Qui de nous deux ?
Je trouve tout à fait juste l’analyse approfondie, faite par un membre du Club des Irrésistibles, de ce livre qui raconte le départ de « l’autre ». Il est bouleversant ; il ne reste que le vide et des souvenirs émouvants. J’ajouterai que ce livre nous fait apprécier le temps présent en attendant « qui de nous deux ». Très bien écrit, avec beaucoup de pudeur. Ce livre peut-il aider ou démolir davantage ceux qui sont dans la même situation ? Difficile de répondre.
20 janv 2012
Quel récit touchant sans être larmoyant ! L’auteur raconte le périple de son épouse à travers la maladie qui lui coûtera la vie. Par le fait même, il nous parle de lui : la naissance de son amour pour Lise, son regard sur les années passées ensemble, ses inquiétudes et sa présence auprès de celle qui s’en va petit à petit. Un récit impressionniste qui permet de s’y projeter, d’être touché et parfois ému.
Du début à la fin, Gilles Archambault nous dévoile discrètement que l’amour peut rester tendre et solide après cinquante-deux ans de vie commune, tout en ne s’habillant plus de la même manière. Au fil du temps, cet amour se fait plus silencieux, plus respectueux de la solitude de l’autre, plus lucide et moins menacé par la peur de l’abandon. La force des liens et l’affection ressentie permettent de s’approcher de l’autre et de partager certains espaces. Cependant, il est impossible de tout deviner de l’être aimé ou de prétendre pouvoir interpréter ce qu’il ressent comme le dit si justement l’auteur : « Lise venait d’entrer dans le dernier droit de sa vie. Son domaine ne pouvait plus être tout à fait le mien. Elle savait, je ne savais pas », page 100. Cette réflexion, parmi tant d’autres, dit quelque chose de la qualité de ce récit intimiste et pudique à la fois.
Un livre profondément humain.
13 janv 2012
Un récit très touchant et très bien écrit avec cette lenteur qui caractérise son auteur. Il y a un retour sur la vie matrimoniale avec ses joies et bonheurs ainsi que les bourdes et les petites niaiseries de la vie de couple. Il y a aussi beaucoup d’amour et de tendresse ainsi que l’accompagnement dans la douleur et dans le dernier droit de la vie. Le tout raconté sur six mois de 2011 pour les 52 ans de vie commune.
Revivre
Guy Corneau revient d’un très long voyage à la rencontre de lui-même. Un voyage nommé « cancer ». Beaucoup de personnes réussissent à trouver le chemin du retour au bout de ce pèlerinage. Revivre est un volume qui fournit des suggestions d’experts pour le bien-être de toute la famille. Comment transformer et pacifier nos états intérieurs afin de retrouver l’état de joie qui existe en nous. Pour le malade, l’ami ou l’accompagnant que nous sommes ou que nous serons à un moment de notre vie, ce livre est une inspiration de chaque instant. À lire ! www.guycorneau.com
Se perdre
Grand coup de cœur. Ce roman est exigeant. C’est l’histoire d’une obsession, pas facile à comprendre. Afin de pouvoir s’identifier au personnage (l’auteure ?), il faut absolument avoir vécu cet état de « non-être » face à l’Autre. Cette paralysie. Une attente de tous les instants, jour et nuit, d’un « signe », d’un appel téléphonique qui ne vient pas, d’une phrase (un mot), d’un apaisement. En vain. Cette femme interprète constamment le moindre geste à son avantage. L’Autre, même s’il existe vraiment, est, à toutes fins pratiques, une fabrication de l’imagination du personnage. Ces deux êtres n’ont rien en commun. Peu importe. La souffrance est bien réelle et elle perdure. Longtemps. La distance physique entre ces deux êtres (elle est Française, il est Russe) est l’exacte image de la distance psychologique qui les sépare. France, Russie – elle, lui. Certains verront là un masochisme, un comportement de femme battue. Il n’en est rien. Une vague emporte, contre laquelle on ne peut résister. La répétition constante des états d’âme d’une femme qui veut avant tout être aimée fait toute la beauté de l’histoire.
21 mai 2010
Annie, écrivaine française, tombe folle amoureuse d’un diplomate russe chargé d’accompagner un groupe d’écrivains français en voyage en Russie. Coup de foudre, passion dévorante qui se poursuivra une fois de retour en France. Le rituel est toujours le même : Annie attend le coup de téléphone de « monsieur S. ». Il vient une heure ou parfois plus, mais jamais la nuit. C’est un homme très occupé. Et elle, elle attend, attend, en se consumant petit à petit. Mais leurs rencontres sont à chaque fois si intenses qu’elle est prise dans ce cercle infernal. Pendant tout le temps que durera cette passion, elle se confiera à son journal intime.
Et c’est ce journal qui deviendra un livre. J’avoue, j’ai arrêté de lire ce livre au 3/4. Cela ne m’arrive que très, très rarement. Mais j’en avais assez. Est-ce parce que j’ai lu ce livre dans le bus ? Que m’apportait le récit de cette passion si intense suivie de la destruction à petit feu de cette femme visiblement brillante, mais tellement dépendante affectivement ? Fallait-il en écrire un livre de près de 294 pages ?
Par hasard, les heureux membres du club de lecture animé par Marie-Anne Poggi vont lire cette auteure l’an prochain.
J’y trouverai peut être une réponse à mon questionnement. Le débat est ouvert…
Si c’est un homme
Dans ce livre, écrit en 1947, Primo Levi raconte sa captivité dans le camp de concentration de Monowitz, aussi appelé Auschwitz III, de février 1944 à janvier 1945.
Arrêté en 1943, Levi est un Juif italien de 24 ans. Malgré l’horreur du quotidien, Levi décrit la vie concentrationnaire de manière posée. Chimiste, il est affecté à l’usine allemande Buna destinée à fabriquer du caoutchouc synthétique. Il explique clairement le fonctionnement des camps d’Auschwitz et montre comment il s’agissait d’un système organisé dans ses moindres détails pour écraser et détruire les prisonniers. Il montre aussi à quel point les prisonniers pouvaient en venir aux pires excès pour obtenir un peu de soupe ou de pain. Levi attribue sa survie à une succession de hasards. Abandonné dans l’infirmerie du camp, il évite la marche vers la mort imposée par les Allemands aux prisonniers des camps, devant l’avancée de l’Armée rouge.
C’est un livre troublant, difficile à lire. Levi y dénonce le système nazi, mais rend aussi hommage à ceux qui, malgré les pires épreuves ont su conserver leur humanité et n’ont pas cédé à la tentation de la violence. On dit de ce livre que c’est un chef-d’œuvre littéraire du XXe siècle. C’est une opinion que je partage.
Titre original : Se questo è un uomo
Staline : la cour du tsar rouge
Les lecteurs qui ont aimé Les chuchoteurs : vivre et survivre sous Staline d’Orlando Figes (Les Irrésistibles du 26 février 2010) vont dévorer Stalin : The Court of the Red Tsar de Simon Sebag Montefiore.
Alors que Figes a raconté la vie des Russes sous Staline, Sebag Montefiore nous montre l’autre côté de la médaille, la vie de Staline, de ses proches et de ses lieutenants. Dans un bouquin de près de 700 pages, Sebag Montefiore décrit un monde hallucinant de harcèlement, de brutalité, de méfiance et de cruauté dont les Russes et les peuples des pays satellites font les frais. Plus de 40 millions de personnes mourront ou disparaîtront des suites de la guerre, de la famine, du froid, des exécutions sommaires, du travail forcé et de la vie dans les camps.
Sebag Montefiore nous dépeint un Staline aux dimensions complexes. Autodidacte forcené, connaisseur de la poésie russe et de la littérature américaine, expert de l’histoire politique et militaire, passionné de la culture des citronniers, charmeur et pudibond, il était admiré et même aimé par beaucoup de ses proches. Même des familles victimes de ses persécutions ont persisté, leur vie durant, à croire en la nécessité des mesures brutales et meurtrières qu’il a ordonnées.
L’ouverture des archives secrètes de Staline donne accès à une masse de documents qui montrent aussi la duplicité du personnage, son antisémitisme, son racisme et son profond mépris de la vie humaine. Quant aux lieutenants qui lui ont survécu, comme Molotov, Beria, Malenkov, Kroutchev et les autres, on ne peut s’empêcher de penser qu’ils ont eu, eux aussi, beaucoup de sang sur les mains.
Titre original : Stalin : The Court of the Red Tsar
Stefan Zweig
Dans la préface de cet ouvrage, il y a une phrase qui résume bien l’auteur en tant qu’écrivain, mais aussi en tant qu’homme de son époque : « S’il écrit simplement, sans fioritures ni complications, ce Viennois [...] ne s’attarde pas à des descriptions harassantes, à des portraits ou des analyses qui lasseraient. Il écrit vite et efficace, au rythme d’une action soutenue qui court jusqu’à son dénouement. La concision, la rapidité sont des vertus qui plaisent aujourd’hui, où plus personne n’a le temps [...] de tourner les pages de romans monumentaux comme Guerre et Paix que Zweig avait rêvé, avec le sourire, de réduire en quelques pages à son essence filtrée – cette essence filtrée qui est sa véritable empreinte. Sa signature d’écrivain. »
Ceux et celles qui ont lu Le Monde d’hier : souvenirs d’un Européen (1944) de Stefan Zweig (autobiographie en quelque sorte) n’apprendront pas grand-chose sur les grandes lignes de sa vie : son époque, la société dans laquelle il vivait, ses aspirations, son oeuvre, ses déceptions. Mais il s’agit sans aucun doute d’un document essentiel si l’on veut vraiment connaître les motivations qui l’ont poussé à écrire, mais surtout qui l’ont poussé à cesser d’écrire et à tirer définitivement sa révérence. On y découvre également son environnement féminin qui est déterminant dans son oeuvre. Seule déception, apprendre que Le Joueur d’échecs (1943), la seule oeuvre romanesque que j’ai lue de lui, est considérée encore aujourd’hui comme étant le summum de sa réflexion sur son époque. Mais je ne suis pas inquiet pour la suite. Je vous en reparle très bientôt.
30 juillet 2010
Il me faut le dire : à lire absolument. « Les livres se doivent de faire aimer la vie en la faisant mieux comprendre » voilà ce que pensait Stefan Zweig. Pour lui, écrire était une passion. Il écrivait 1000 pages et 800 prenaient le chemin du panier sans aucun regret de sa part, car il considérait que les 200 pages contenaient l’essentiel. Plusieurs titres en sont la preuve bien concrète.
Issu d’une famille autrichienne bien nantie, il a pu se permettre d’étudier et de voyager sans avoir besoin de travailler. Mais, bientôt ses livres lui assurèrent une fortune et ce, jusqu’à la fin de ses jours. Il a su en faire profiter de jeunes écrivains dans le besoin, surtout pendant la Deuxième Guerre mondiale. Pour lui, la littérature et les arts ne devaient pas avoir de frontière. Il a fréquenté des écrivains, beaucoup d’écrivains et plusieurs furent des amis intimes. Il était apprécié et ses conférences de par le monde constituaient l’évènement à ne pas manquer.
Dominique Bona a réussi admirablement bien cette biographie très fouillée en se servant de ses oeuvres pour décrire cet humaniste épris de paix, qui a vécu deux guerres et ne s’est jamais remis du sort que connut son Autriche tant aimée.
Stefan Zweig, l’ami blessé
Stefan Zweig était l’auteur au programme de notre groupe de lecture en début novembre. Stefan Zweig dont Dominique Bona dit, dans sa biographie Stefan Zweig, l’ami blessé, 358 pages, que « le thème principal des nouvelles qu’il ne cesse d’écrire et qui rythment sa vie depuis qu’il a vingt ans, ce qu’un musicien appellerait le motif, c’est-à-dire la note obsessionnelle, n’est autre que le secret… un brûlant secret. Il torture sans exception ses personnages de fiction. » Mais de quel secret s’agit-il ? Cela peut être difficile à savoir, encore qu’à la révélation de celui du co-personnage principal de la nouvelle La Confusion des sentiments, cela m’a rappelé l’univers des secrets que l’on retrouve dans les écrits et la vie de Somerset Maugham. À propos de quoi il peut être éclairant de lire en parallèle à la biographie de Zweig, celle récente de Jeffrey Myers Somerset Maugham : A Life (Éditions A Life Alfred A. Knopf, 2004), 411 pages – biographie où l’homosexualité, impossible à dire à l’époque, est présentée comme un moteur, sinon le moteur principal à la base de l’écriture de Maugham. La même chose pourrait être vraie de Stefan Zweig, peut-être.
À tout le moins de la lecture des deux biographies, il ressort que ces deux auteurs présentent énormément de points en commun. Deux auteurs ayant vécu à la même époque (Zweig 1881-1942; Maugham 1874-1965), de milieu bourgeois, dans une grande capitale culturelle (Vienne, Londres). Tous les deux déçus de l’éducation formelle qu’ils avaient reçue, tous deux incroyants, tous deux fins polyglottes ainsi que grands voyageurs dans des pays lointains et difficiles d’accès à l’époque (Inde, Indochine et Amérique pour Zweig, URSS, Malaisie, Chine et Samoa pour Maugham). Tous deux, sinon apatrides, du moins qui avaient un rapport distancié à leur pays : pour Zweig, du fait de ses origines juives, alors que Maugham, né à l’ambassade de Grande-Bretagne à Paris, aura appris le français avant de parler anglais et qu’il aura vécu en France plutôt qu’en Grande-Bretagne la plus grande partie de sa vie.
Tous deux par ailleurs de très grandes vedettes littéraires, ayant obtenu de très forts tirages, le plus fort tirage pour l’un dans les pays anglo-saxons, et pour l’autre, en pays germaniques. Tous deux écrivains au style facile à lire (au contraire de Joyce ou de Virginia Woolf, par exemple), modestes par rapport à leur métier, Zweig disant se considérer « de seconde zone » tandis que pour les critères britanniques, Maugham était considéré auteur de niveau Middle Brow, et non High Brow.
Auteurs de nouvelles, mais également d’essais pour ce qui est de Zweig et de nombreuses pièces de théâtre pour ce qui est de Maugham. Des auteurs dont les œuvres de fiction sont souvent ordonnées autour de la révélation d’un secret, d’un trait de caractère ou d’une action passée venant contredire une apparence extérieure de morale conformiste. Le tout qui n’aura pas été sans rapport avec la vie même de nos deux auteurs, des hommes ayant beaucoup de contrôle, une image maîtrisée d’eux-mêmes, et qui auront mené une double vie : extérieur de grands seigneurs menant une vie sexuelle trouble, ayant de grandes difficultés à concilier Moi et Surmoi. Avec des mariages d’apparence, sans indulgence pour leur ex-épouse ou leurs enfants, le journal de Zweig sans aucun mot de douceur ou de tendresse pour son épouse et ses enfants, Maugham réduisant ses contacts avec sa fille à un lunch annuel à l’hôtel Claridge.
Nos deux auteurs dont la fréquentation, au faîte de leur succès et de leur fortune, sera un signe de réussite pour les personnalités qui seront invitées à leur résidence luxueuse respective, à Salzbourg pour Zweig, à la Villa Mauresque sur la Côte d’Azur pour Maugham. Autre point commun, ils auront été des collectionneurs d’exception, Zweig devenu l’un des grands connaisseurs au monde de l’autographe littéraire et musical, Maugham à la tête d’une collection d’œuvres d’art, dont une seule toile de Gauguin sera vendue à 104,700$ chez Sotheby’s en 1962.
Il m’aura frappé de la comparaison entre ces deux hommes, que dans la biographie récente de Myers, l’homosexualité de Maugham y est un thème abondamment traité, tandis que Dominique Bona mentionne également la vie sexuelle secrète comme étant un facteur explicatif du thème du secret dans l’écriture de son auteur, mais sans pouvoir en dire guère davantage. Mais toujours cette même vie double chez ces deux écrivains précieux. Des écrivains dont finalement il m’a semblé bien étrange de constater qu’ils ont vécu à la même époque sans s’être rencontrés, comme si un écrivain britannique et un écrivain germanophone de première importance n’auront pu que vivre dans deux mondes qui ne se touchaient pas.
Sur les pas de Colette
Ce petit livre, paru en 2007, trace un résumé très bien fait de la vie de Colette et présente de très jolies illustrations qui accompagnent le texte. À la lecture de ce petit bijou, on a le goût et la curiosité d’aller lire l’œuvre. Je me permets de faire le lien avec un livre lu récemment et écrit par cette grande Colette : La Chatte (Éditions Grasset, 1933). Tout amateur de littérature et… de chats… se délectera des descriptions faites de la relation entre l’homme et le chat ! Des moments de pur bonheur. Bonne lecture !
Illustrations de Philippe Lorin.
Survivre et vivre
La fille d’Irène Némirovsky témoigne.
C’est un livre d’entretiens un peu confus par les questions posées parfois, mais le sujet est si douloureux – de plus, ces deux femmes ont souffert de parents perdus tragiquement. Denise Epstein témoigne comme l’avait dit Denise de l’âme russe de sa mère.
À lire si on s’intéresse à Irène Némirovsky.
Un autre élément Élisabeth Gille la 2e fille d’Irène Némirovsky morte en 1996 et qui s’opposait à la publication de « Suite Française » a traduit Mordecai Richler. Elle a travaillé avec Françoise Verny et était connu comme traductrice.
Tamerlane : Sword of Islam, Conqueror of the World
Bien aimé ce livre historique sur un des très grands conquérants du monde. Tamerlan, né en 1336 et décédé en 1405 de sa belle mort, fut un empereur visionnaire mais très cruel ; sa base était située en Asie centrale. Marozzi relate très bien ses conquêtes ainsi que l’administration de ses armées et de son territoire. On peut le comparer à Alexandre le Grand ou à Charles Quint de l’Europe de l’Ouest.
À un moment dans l’histoire, Tamerlan régnait de Constantinople à Delhi, en Inde.
Recommandé pour les gens qui aiment l’Histoire du monde et sortir des sentiers battus.
Bonne lecture !
Tant que je serai noire
Figure emblématique de l’histoire des États-Unis, l’auteure s’est engagée corps et âme dans le XXe siècle américain. C’est le récit de sa vie à partir de 1957 lorsque, décidée à devenir écrivaine, elle part avec son fils pour Harlem, qui est alors l’épicentre de l’activité intellectuelle des Noirs américains. Elle participe aux bouleversements de l’époque et rencontre les leaders des droits civiques tels Martin Luther King. Conquise par un combattant pour la liberté et les droits des Noirs d’Afrique du Sud, elle part vivre en Afrique du Sud où elle devient journaliste. Ce récit est l’autoportrait d’une femme exceptionnelle qui a intégré, jusque dans les plus profonds replis de sa vie intime, une véritable révolution mondiale, culturelle et politique.
Titre original : The Heart of a Woman
05 juin 2009
Ce livre est l’autobiographie d’une femme admirable qui a particulièrement marqué son époque. Maya Angelou raconte sa vie riche en rebondissements avec authenticité et sans complaisance. Son histoire se situe entre les années 1957 à 1964. Elle raconte ses années effervescentes de l’affirmation des droits des Noirs en Amérique et en Afrique.
L’auteur relate ses rencontres intéressantes avec des figures marquantes : Martin Luther King, Malcom X, Billie Holiday et plusieurs autres.
Maya Angelou élève seule son fils et tente de lui inculquer la fierté, l’autonomie, le respect et l’esprit contestataire. Elle réussit cet exploit malgré la pauvreté et son jeune âge au moment de sa naissance. L’auteur nous raconte avec une grande humilité les joies et les difficultés de sa vie. À lire !
Tenir et se tenir : entretiens avec Nathalie Duplan et Valérie Raulin
À la barre d’un téléjournal pendant 23 ans, des drames il en a résumé et il les a menés aux spectateurs. Par son travail, il a parcouru le monde, le pauvre autant que le riche, mais aussi dans une autre vie, les pays en guerre, les pays sous-développés ou en crise, et plus encore. Il a toujours écrit et continue à écrire. Son premier livre paraît alors qu’il n’a que 17 ans. L’homme raconte avec humilité et sincérité son cheminement et les valeurs humanistes qui fondent sa vie. La vie ne l’a pas épargné non plus : la perte de deux enfants l’a profondément marqué. Les deux interlocutrices ont très bien mené l’entrevue et l’homme en ressort tel qu’il nous semble : authentique.
The Lemon Tree : An Arab, a Jew, and the Heart of the Middle East
À l’arrivée d’immigrants juifs d’Europe en Israël, peu après sa création, certains Palestiniens ont été forcés de quitter leurs maisons qu’on a données à ces nouveaux arrivants. L’histoire suit deux personnages principaux : Bachir, le Palestinien et Dalia, une juive bulgare, arrivée en Israël toute petite fille. L’ancienne maison de Bachir a toujours été la sienne. Bachir, revenu illégalement pour revoir la maison de son enfance, rencontrera Dalia. Une amitié naîtra, mais sans apporter de solution à leur division. Un excellent livre, basé sur un documentaire, qui expose, sans parti pris, le point de vue de deux communautés que tout oppose, mais qui doivent vivre au quotidien l’une avec l’autre.
Traduction française : La maison au citronnier (Éditions Flammarion, 2011).
Une femme
C’est l’histoire de Camille Claudel (1864-1943), sœur aînée de l’écrivain Paul Claudel, l’élève et l’amante d’Auguste Rodin. Très jeune, Camille Claudel découvre sa vocation de sculptrice. Elle travaille plusieurs années pour Rodin, lui vouant une grande passion; pour lui, elle délaisse sa propre création. Avec les années, elle tente de s’affranchir de cette liaison amoureuse et professionnelle. Aussi, elle travaille avec ténacité, volonté et passion; elle ne vit que pour son art. Sa vie sera un combat acharné pour se faire reconnaître comme sculptrice. Elle sera internée à l’asile de Montdevergues (près d’Avignon) en 1913.
J’ai été touchée par la vie extraordinaire de cette femme : femme de génie en quête d’autonomie, d’absolu, chez qui l’on sent la fragilité de l’être, le lien fusionnel entre elle et son art, elle et Rodin. À la fin du livre, on peut se demander : « Qui de Rodin ou de Claudel, a inspiré, voire copié l’autre ? » J’ai beaucoup aimé cette biographie écrite avec émotion par Anne Delbée.
Voyage d’un Européen à travers le XXe siècle
L’auteur, un journaliste néerlandais, a entrepris en 1999 de visiter l’Europe pour en faire l’état des lieux tout en racontant l’histoire du siècle dernier. Il nous amène donc à Paris en 1900 avec l’Exposition universelle, dans le Londres de 1910, début de la fin de l’Empire, aux prises avec le chaos et la pauvreté issus de la révolution industrielle, à Vienne qui vit « l’Apocalypse joyeuse » de la fin de l’Empire austro-hongrois, et ainsi de suite : les deux guerres et l’entre-deux, le printemps ’68 dans les différents pays, la chute du mur de Berlin, la création de l’Europe, pour finir avec les guerres de Yougoslavie. Le livre s’appuie sur une solide documentation, des références sérieuses (sources citées) et une réflexion très intéressante. Son origine hollandaise lui donne un point de vue différent de ceux auxquels nous sommes habitués; il me semble un témoin plus objectif. Enfin, il faut dire que cette brique (livre parfait pour ne pas bronzer idiot) est très agréable à lire. L’auteur utilise en effet une technique narrative qui allie son voyage, un récit de témoin d’époque, la description des lieux aujourd’hui, la narration de l’histoire et un bilan, de façon très vivante. Du bonbon pour l’esprit !
Mes découvertes de l’année au sein du Club de lecture ont été Sylvie Germain et Irène Némirovsky. J’ai beaucoup aimé la « Suite française » de cette dernière, mais je crois comme quelques autres que le « Magnus » de Sylvie Germain est un chef-d’œuvre.
Enfin, il me faut vous dire brièvement que « Champagne » de Monique Proulx (Boréal, 2008) a fort joliment bercé mon séjour au chalet, dans la région même où l’action se situe. Sa description des lieux et des mœurs des personnages est d’une justesse remarquable.
Voyages
Il s’agit de dix-sept récits de voyages, mais aussi à propos de voyages. Ce ne sont pas des descriptions, mais plutôt des réflexions sur les endroits visités (Paris, Montmartre, Dijon, Arles, Avignon, Londres, la Catalogne, Zurich, Anvers, Ostende, Florence, Detroit, Missouri, Québec et Montréal (eh oui !), l’Inde, le Danube). Comme toujours, on retrouve ici l’écriture nerveuse, rapide, sans flaflas, mais tout en finesse de ce génie de l’écriture. Et quel observateur de son époque !
Titre original : Auf Reisen (en allemand, « Auf Reisen » signifie « En voyage » ce qui traduit mieux l’esprit des nouvelles de Zweig).














