Vous aviez eu de belles vacances. Tout ce temps à vous pour savourer des œuvres riches, pigées sur le portail du Club des Irrésistibles… Au final de ces jours de liberté, vous aviez senti le besoin de porter votre regard ailleurs… Une envie de belles planches et d’une histoire simple, un peu poignante et belle. Vous aviez lu une bande dessinée, on vous l’avait chaudement recommandée : Châteaux Bordeaux.
Excellent pour les amateurs de BD et de Bordeaux. Petites intrigues et grosses vacheries à la clef. Relevées, les illustrations. Une héroïne comme on les aime, du genre à ne pas se laisser marcher sur les pieds par ces vilains qui veulent faire main basse sur le patrimoine familial : un vignoble dans le Médoc, en l’occurrence. À déguster lentement, un petit verre de Sociando-Mallet à portée de la main. Vous aviez lu, vu, souri et vous étiez maintenant fin prêt pour replonger dans Balzac…
Catégorie : Bandes dessinées
Châteaux Bordeaux
Dieu en personne
Une bande dessinée en noir et blanc dans laquelle on fait le procès de Dieu qui s’est soudainement manifesté. Il est analysé selon plusieurs points de vue, avec des citations de grands auteurs (Flaubert, Descartes, Pascal, Sartre, etc.) mises dans la bouche des personnages. Recherche intéressante quelque peu philosophique et points de vue teintés d’humour sur notre société actuelle. Du sérieux qui ne se prend pas au sérieux. J’ai bien aimé.
L’archiviste
Je ne m’y connais pas en BD. Par pure curiosité, j’ai emprunté à la bibliothèque une bande dessinée intitulée L’archiviste, de Schuiten-Peeters, soit Benoît Peeters pour le texte et François Schuiten pour les illustrations.
Isidore Louis, qui travaille depuis 37 ans aux Archives, reçoit le mandat de faire une enquête sur la croyance en l’existence des Cités obscures. Le pauvre homme se démène dans son cagibi, produit son rapport et découvre que ses problèmes ne font que commencer. Dans cette BD, le héros est à cheval entre un quotidien administratif poussiéreux et un monde fantastique qui le rattrape. Mine de rien, cette BD fait réfléchir aux liens qui peuvent exister entre la réalité et un univers imaginaire. Quant aux dessins, ils sont extrêmement soignés, avec des perspectives vertigineuses, des architectures futuristes et des jeux d’ombres étonnants. Une lecture qui fait voir les choses autrement.
Là où vont nos pères
Cette bande dessinée a ceci de particulier qu’elle est sans texte. On dirait un film muet. Et pourtant, grâce au talent de l’auteur, quelle éloquence. Il s’agit d’un conte graphique portant sur l’émigration. Un homme quitte sa femme et sa fille et arrive dans un pays inconnu, où tout est différent de chez lui : la langue, l’écriture, les animaux, la nourriture, la manière de vivre. L’absence de texte permet à chaque lecteur de trouver son interprétation de ce qu’il voit. Ce faisant, l’auteur nous fait ressentir la difficulté d’interpréter des situations quand on ignore les codes sociaux de l’endroit.
Le graphisme est magnifique, dans les tons de sépia des vieilles photos. L’auteur excelle à exprimer les émotions des personnages par un dessin fin et détaillé. Il excelle aussi à faire deviner les drames que fuient les émigrants par des images qui sont à la fois fantastiques et réalistes.
Un très beau livre par un Australien dont le père, d’origine chinoise, a immigré en Australie en provenance de la Malaisie en 1960.
Titre original : The Arrival
Le chat du Rabbin
Le chat du Rabbin est une bande dessinée déclinée en cinq tomes : La bar-mitsva (2002), Le Malka des Lions (2002), L’exode (2003), Le paradis terrestre (2005) et Jérusalem d’Afrique (2006).
Le chat du Rabbin, un drôle de philosophe-poète, veut faire sa bar-mitsva. Ce chat très juif questionne sans cesse son rabbin et remet en question et conteste la torah à travers des dessins d’une grande beauté et qui mettent en valeur une réalité humaine et sociale des juifs sépharades. Un petit délice. Par ailleurs, un des albums est dédié à Kessel.
Logicomix : An Epic Search for Truth
Je n’aurais jamais pensé qu’on puisse réaliser une bande dessinée intéressante et lisible sur l’histoire de la recherche des fondements des mathématiques au XXe siècle. Et pourtant, le pari est réussi.
Dans ce « roman graphique » de près de 350 pages, le fil narratif est tenu par Bertrand Russell qui donne une conférence à titre de savant pacifiste, devant un auditoire universitaire, peu de temps avant l’entrée en guerre des États-Unis contre l’Allemagne nazie. Dans cette conférence, il évoque les travaux des plus brillants mathématiciens et montre comment certains ont payé de leur santé mentale la recherche passionnée de la logique et de la vérité. Gauss, Hume, Wittgenstein, Poincaré, Von Neumann, ne sont que quelques-uns des personnages qui revivent dans cette oeuvre magnifiquement illustrée. Russell rappelle aussi à son auditoire que la science est insuffisante pour résoudre les grands dilemmes et qu’il ne faut pas se résoudre aux solutions toutes faites.
Il n’est pas nécessaire d’être fort en math pour apprécier cette lecture : le seul prérequis est la curiosité. Parlant de curiosité… connaissez-vous le paradoxe du barbier ? La réponse dans Logicomix, bien sûr. Amusez-vous bien !
Cette BD vient d’être publiée en français aux éditions Vuibert, 2010.
Illustrations : Alecos Papadatos et Annie Di Donna
Magasin général
L’arrière-boutique du Magasin général et Magasin général : Marie (Tome I).
Rencontre avec Jean-Louis Tripp, sous la direction de Marie-Anne Poggi, le 6 juin 2011, à la Bibliothèque Robert-Bourassa.
Trois beaux moments. Trois belles découvertes. Je les ai vécus par étapes. Les premiers sketchs de Loisel ; le fignolage de Tripp ; le bagou de Tripp et de Poggi ; enfin la coloration de François Lapierre qui met un point final extraordinaire sur cette oeuvre toute en finesse.
17 juin 2011
Magasin général : Marie (Tome I) et L’arrière-boutique du Magasin général (Marie). Voici deux bandes dessinées qu’il faut lire en parallèle. La première est la version finale, en couleurs, d’une collaboration entre deux auteurs de bandes dessinées. Il ne s’agit pas ici de l’oeuvre d’un scénariste et d’un dessinateur, mais d’une oeuvre de symbiose entre deux auteurs qui sont en même temps scénaristes, dialoguistes et dessinateurs. Quant à la deuxième oeuvre, elle est le « making of » de l’oeuvre qui illustre, mieux que des explications détaillées, la manière de travailler de Loisel et Tripp. L’arrière-boutique présente les planches avant leur mise en couleurs par François Lapierre.
Marie est la première oeuvre d’une série qui compte maintenant six albums. Dans un village québécois imaginaire des années 20, les auteurs nous présentent Marie Coutu, veuve de Félix Ducharme, qui se trouve par la force des choses, gestionnaire du magasin général. C’est une BD pour adultes, gentiment féministe, truculente et tendre.
10 juin 2011
J’ai lu les six tomes que comporte, à ce jour, cette bande dessinée.
Les dessins sont magnifiques non seulement grâce aux couleurs utilisées, mais aussi grâce aux détails apportés à chaque page… D’ailleurs, j’ai beaucoup apprécié les pages sans dialogue qui m’ont permis de mieux admirer ces menus chefs-d’œuvre. Au fil de ma lecture, je me suis attachée à tous les personnages et à la vie de village qui permet de prendre son temps et de vivre le moment présent. C’est tout juste si je ne me suis pas mise à lire à la lueur d’une chandelle !
Martha Jane Cannary
J’ai mis la main sur deux bandes dessinées qui racontent la vie hors normes de celle qu’on appelait « Calamity Jane » et qui a vécu entre 1852 et 1903.
Le premier livre couvre les années 1852 à 1869 de la vie de cette femme-légende et le deuxième, les années 1870 à 1876. Un troisième tome est à venir. C’est en noir et blanc. Le rythme de cette BD est enlevant; il se passe toujours quelque chose. Le dessin hachuré évoque la rudesse de l’époque et des gens. On y apprend beaucoup de choses sur la vie de Calamity Jane, mais aussi sur le développement de l’Ouest américain à cette époque.
Les dessins sont de Matthieu Blanchin.
Paul à la pêche
Cette bande dessinée raconte avec tendresse le quotidien de Paul, de sa blonde et de leurs proches.
Rabagliati évoque avec sensibilité le passage à l’âge adulte, le désir d’enfant, les relations intergénérationnelles. Mine de rien, il raconte les dessous des métiers précaires, la disparition des emplois provoquée par la technologie, les restructurations, les culs-de-sac professionnels, les embûches de la relation d’aide. Le voyage de pêche à la pourvoirie est truffé d’épisodes complètement désopilants.
Ça se lit d’une traite et on en redemanderait…
20 août 2010
Ce Paul a la pêche a été pour moi une révélation : je ne connaissais des bandes dessinées que Tintin, et je n’avais jamais été attirée par les bd dites « pour adultes ». Mais un hasard m’a mis sous la main cet exemplaire et j’ai été non seulement fascinée, amusée, mais aussi très émue. D’abord parce que Rabagliati nous recrée visuellement un monde que nous connaissons et prenons plaisir à reconnaître : Montréal, l’Oratoire, le parc Beaubien, la SAQ, le Jean-Coutu, les lacs de Lanaudière et bien d’autres décors, mais surtout parce qu’il met en scène un personnage attachant, Paul, un jeune infographiste au début de sa vie de couple, attaché à sa famille, à ses amis et à leurs histoires personnelles. Rabagliati a le don de transcrire finement la langue montréalaise, il y a des petits bijoux d’oralité (le monologue de la belle-mère de Paul qui raconte comment elle a trouvé un beau petit pyjama de coton pour bébé chez Sears est digne de la plume de Tremblay), de plus, il décrit finement les failles des êtres et leur beauté, et en même temps, à travers eux, c’est un pan de l’histoire sociale du Québec qui surgit, avec ses espoirs et ses déceptions. À découvrir absolument !
Paul à Québec
À la suite du membre de La Salle, je recommande une autre BD de Michel Rabagliati.
Paul est un bon diable, infographiste, marié et père d’une pré-ado. Son beau-père est un « self-made man » qui a réussi dans la vie et qui aime gâter sa grande famille. Mais le beau-père est malade, de plus en plus malade. Avec sensibilité, humour et un sens aigu de l’observation, Rabagliati montre comment la famille va accompagner Roland Beaulieu jusqu’à la fin.
Pourtant, la BD n’est pas triste. Les péripéties de la fin de vie du beau-père sont accompagnées de clins d’oeil et de moments drôles. En parallèle, Paul vit le quotidien chaotique d’un nouvel acheteur de bungalow, confronté à des rénovations nombreuses et imprévues. Et quand son ordinateur doit être remplacé, configuré et branché à Internet, les dialogues sont d’un réalisme presque… surréaliste.
Cet album a été récompensé à Angoulême en 2010. Rabagliati a reçu une mention spéciale du Prix des libraires du Québec en 2006 pour l’ensemble de son oeuvre.
15 janvier 2010
Après avoir offert à mon mari tous les livres de la série des Paul sans les avoir seulement ouverts, je me suis enfin laissé tenter par sa dernière bd, Paul à Québec. Quelle découverte ! Cette histoire nous fait vivre toute une gamme d’émotions : le rire, la tristesse, la compassion. On y traite de la maladie et du deuil sans tabous… Par moment, c’est cru, mais jamais choquant. À découvrir…
Paul à Québec est le sixième tome de la série.
Petite mort en un acte
Un petit coup de coeur amusant.
La famille Buckenham reçoit dans son manoir Harry Truman et Sa Majesté le roi d’Angleterre pour régler certains problèmes entre leurs pays. Un crime se produit. Amusant, ironique, humoristique et rapide à lire. Si vous voulez rire.
Illustrations de Paul.
Pico Love
Cette bédé fait fureur en Europe. Elle met en scène Pico (enfant à l’esprit vif) et les personnages qui gravitent dans son entourage au quotidien. Une petite soeur nommée Ana Ana, les parents, grands-parents et les amis se croisent et s’entrecroisent dans de courtes mises en scènes où le dessin et le texte sont une manifestation de l’art de la complicité.
Quatre tomes déjà parus : La vie et moi, Situations critiques, Question d’équilibre, Pico Love.
Le cinquième tome, Légère contrariété, paraîtra en novembre 2011.
Les illustrations sont d’Alexis Dormal.
Pyongyang
Beaucoup d’écrivains ont proposé à leurs lecteurs des récits de leurs voyages. C’est justement ce que fait Guy Delisle, dans cette bande dessinée. Et quel récit !
Bédéiste québécois, Guy Delisle vit en France. Il est envoyé par une société française en Corée du Nord pour superviser pendant quelques mois la production de films d’animation réalisés en sous-traitance dans ce pays. Sa BD est une sorte de chronique de son séjour dans ce pays totalitaire. Constamment cornaqué par un guide et un traducteur, Delisle, comme tous les étrangers, est tenu à l’écart de la population, exposé à la propagande agressive et lancinante qui chante la gloire de Kim Jong-II. Mine de rien, il évoque le rationnement, la corruption, la méfiance généralisée, la paranoïa du pouvoir, le délire de grandeur, les infrastructures à l’abandon. C’est du Kafka graphique, rehaussé par un dessin en noir et blanc qui va à l’essentiel. C’est costaud, de la vraie BD pour adultes.
Quartier lointain : l’intégrale
Peu porté vers la bande dessinée, mais ayant vraiment été subjugué par la série des Paul de Michel Rabagliati, une bibliothécaire m’a suggéré Tanigucchi… Touché.
À lire, découvrir, contempler, toutes affaires cessantes. Sur le temps, la volonté, la tendresse, l’amour et l’inéluctable… Mais qu’est-ce qu’ils m’épatent, les bibliothécaires !!!
Tuer Vélasquez
Le romancier et bédéiste Philippe Girard propose ce qu’il appelle sur son site un « roman graphique ».
Il s’agit d’un récit à caractère autobiographique qui se passe dans la région de Québec en 1983. Philippe est alors un adolescent qui s’est joint à un groupe de jeunes, dont les activités sont animées par un prêtre. Lors d’une sortie à la campagne, Philippe découvre que le prêtre a des activités pédophiles. Philippe se sent piégé et passe par toute une gamme d’émotions dominées par la peur. L’exemple de Jack Bowmore, héros de son livre d’aventures préféré, lui donne le courage de réagir.
Le graphisme de Girard est simple et anguleux. Le recours au noir et blanc renforce l’impression d’angoisse qui se dégage des lieux clos, de l’expression faciale des personnages et des dialogues. C’est un livre d’une brûlante actualité.











