25 juin 2015

Blanche Meyer et Jean Giono

Stevenson, Annick

Blanche Meyer et Giono

C’est l’histoire d’une muse qui voulait être reconnue. Blanche, jeune femme blonde et jolie, « flexible et ondulante », comme l’écrit Pierre Magnan, n’aime pas Manosque, ville de province dont les habitants d’alors l’observaient au travers de persiennes mi-closes.
Passionnée de lecture, elle dévore Stendhal, Proust, Gide, etc. Giono entend parler d’elle pour la première fois par le libraire qui est surpris qu’un certain ouvrage ait fait l’objet d’une demande spéciale par la très juvénile épouse du nouveau notaire (très accommodant) : Ulysse de James Joyce. Ce n’est pas tout le monde de Manosque qui s’intéresse à ce genre de littérature. Et là commence une histoire d’amour qui durera plus de trente ans.
Manosque est une petite ville ! Giono, lui, est un homme connu. Plus de 1300 lettres et cartes postales furent adressées à la belle par Giono. Cette correspondance se retrouve aujourd’hui sous embargo à la bibliothèque Beinecke de l’Université Yale aux États-Unis et à la bibliothèque de l’Université Laval de Québec.
Les gardiens du temple Giono n’en démordent pas, l’écrivain a été le mari d’Élise et le père d’Aline et de Sylvie. Point final.
La succession Giono en interdit la publication, comme elle s’est opposée à l’édition des mémoires de Blanche Meyer, parce qu’ils contenaient certaines de ses lettres. Les milliers de lettres reçues de Blanche furent brûlées par Giono avant sa mort. Vers 1939-40, apparaissent les premiers signes du virage littéraire que prend Giono ; il quitte son univers paysan et passe de Virgile à Stendhal. Blanche Meyer serait le modèle d’Adélina (Pour saluer Melville) et de Pauline de Théus (Le Hussard sur le toit). Les biographes reconnaissent ce virage, mais ne parlent pas de cette muse, sauf Pierre Magnan dans Apprenti : mémoires (2003) et Jacques Viard. Le livre est-il la reconnaissance d’une injustice ou un règlement de compte ?

Membre : Outremont

Stevenson, Annick. Blanche Meyer et Jean Giono, Éditions Actes Sud, collection Un endroit où aller, 2007, 253 pages.



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