07 jan 2021

Betty

McDaniel, Tiffany

Betty

« Dans un tableau, on définit le clair-obscur comme un effet consistant à moduler la lumière sur un fond d’ombre suggérant ainsi le relief et la profondeur. » Dictionnaire de français Larousse.fr

Betty (1) est un livre en clair-obscur. La lumière naît de l’ombre. La beauté de la nature console de la cruauté des êtres humains. La chaleur du père, qui est né pour être père, ce « rêveur-conteur à l’imagination débordante » (2), contraste avec la froideur de la mère, qui ne sait pas être mère.

Dans les tableaux de Rembrandt, le blanc ne serait pas aussi éclatant s’il ne surgissait pas de l’obscurité. Dans Betty, l’espoir est d’autant plus vibrant qu’il naît des profondeurs d’un univers sombre. La poésie embellit l’ordinaire. La magie des coutumes ancestrales nourrit le quotidien. Le quotidien de cette famille qui est comme « une terre brune et sèche, des feuilles vertes et humides. Une douceur un peu folle, là, au milieu de tiges dures. »

Betty, une petite mulâtre, invente des histoires pour transformer son univers. Et alors, la tragédie humaine côtoie le merveilleux grâce au pouvoir des mots qui emportent les petites sœurs au royaume de la rêverie et dans les histoires inventées, là où, grâce à la féerie de l’enfance, la malédiction du monde ne peut les atteindre.

« Avec nos mots, nous nous racontions des histoires qui n’avaient pas de fin et nos chants comportaient toujours des refrains infinis. Nous nous transformions les unes en les autres, et chacune devenait conteuse, actrice, chanteuse et compositrice… »

« Nous faisions semblant d’avoir reçu une balle en plein cœur pour ressusciter peu après. Le ciel se retournait pour devenir un océan dans lequel nous nagions, battant des jambes dans l’eau tandis que nous gardions une main posée sur la scène flottante, l’autre était libre de jouer à projeter des éclaboussures ou de se tendre vers les baleines qui passaient tout près de nous. La nuit, ce n’était plus le bois dur des planches que nous sentions sous nos doigts, mais le corps doux et chaud d’un oiseau pour s’arracher à la pesanteur et nous emporter si haut dans les airs que le chagrin n’existait plus. »

L’enfance saccagée trouve refuge dans la magie de la nature généreuse et envoûtante, qui guérit les maux. Betty baigne dans cette généreuse nature et a pour elle la plus grande affection, grâce aux leçons que lui a apprises son père.
« Cher grand chêne, ton écorce est comme le chant de mon père. Aide-moi à trouver mon chemin. Cher hêtre, ne va pas le répéter au chêne, mais tes feuilles font les meilleurs marque-pages. Aide-moi à trouver mon chemin. Cher érable, ton cœur est le plus beau des poèmes. »

L’amour sauve et apaise les blessures. L’amour du père « naturaliste et altruiste » qui dispense la poésie avec tant de tendresse. Cet héritier des secrets guérisseurs des mères cherokees. Un père qui raconte à sa petite Indienne des histoires qui font danser Betty « sur le soleil sans que les pieds (lui) brûlent ». Un père qui permet de survivre même si la vie est un cauchemar.

Un père que Betty adore : « L’âme de mon père était d’une autre époque. D’une époque où le pays était peuplé de tribus qui écoutaient la terre et qui la respectaient. Lui-même s’est tellement imprégné de ce respect qu’il est devenu le plus grand homme que j’aie connu. Je l’aimais pour cela et pour bien d’autres choses […] je l’aimais pour la façon dont il tenait une lampe au-dessus de nous pendant nos quintes de toux lorsque nous étions malades » racontant que « les microbes sont tous en train de jouer du violon. La toux c’est leur chant ».

Betty, c’est « la rencontre du bien et du mal. L’innocence confrontée à la malveillance ».

Un magnifique roman empreint de poésie et qui devient très émouvant parce qu’il chante la joie à travers la souffrance et fait briller la beauté même lorsque nous côtoyons la laideur.

Un livre d’espoir ! Ce dont on a tellement besoin.

Un magnifique roman que je vous invite à lire en grand nombre et à le commenter afin qu’il trouve sa place, bien méritée, dans la liste des prix 2021 des Irrésistibles.

1. Voir le compte-rendu de Marie-Anne Poggi dans son Billet du 17 décembre 2020.

2. Marie-Anne Poggi.

Lu en version numérique.

Membre : Monique L. de Cookshire-Eaton

McDaniel, Tiffany. Betty, Éditions Gallmeister, 2020, 716 pages.

Cette oeuvre a déjà été suggérée par le Club des Irrésistibles, lire ici.



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