27 nov 2014

Avant la retraite

Bernhard, Thomas

Avant la retraite

Thomas Bernhard. La mauvaise conscience de l’Autriche. Un auteur féroce, à la prose percutante, haletante et ironique au service de sa haine de l’Autriche, du national-socialisme, de la famille, du catholicisme et de l’art.
Avant la retraite. Le propos. Un huis clos mettant en scène trois personnages d’une même famille. Rudolf, ex-officier nazi devenu juge, sa sœur Vera qui l’admire et l’adore jusqu’à l’inceste et l’autre, Clara, handicapée, un peu plus revêche, gauchiste, mais un tantinet complaisante dans la triste farce à laquelle elle sera conviée. Ils se rencontrent le 7 octobre de chaque année pour souligner l’anniversaire et la « grandeur » d’Himmler… La belle affaire ! Nous allons assister à ces festivités. Un lieu et un dit de la décadence. Le spectacle de la profonde hypocrisie autrichienne qu’a décriée Bernhard dans l’ensemble de son œuvre. Lire Maîtres anciens (1985) et Goethe se mheurt (sic).
La dernière partie de la pièce atteint un sommet dans la mise en scène du kitsch. Rudolf et Vera, complètement ivres, feuillettent et commentent l’album de photos familial, passant du léger (Oh ! la belle robe blanche portée jadis par Véra !) au tragique, mais toujours avec frivolité, sur un ton étal, et ce même dans la description du plus abject : les Juifs gazés, les premiers hommes que Rudolf a assassinés… On étouffe de gêne.
La scénographie. Belle mise en scène de la déliquescence de ce Monde : un piano fracassé trônant au centre de la scène, la très mauvaise qualité sonore de la musique de Wagner, Clara clouée dans son fauteuil roulant.
Le texte répétitif, obsédant, suffocant… De grands acteurs. Se mettre ce texte en bouche, tout un exploit. À voir, jusqu’au 13 décembre, au Théâtre Prospero.

Membre : Rosemont

Bernhard, Thomas. Avant la retraite, Théâtre Prospero, 2014.



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Catégorie : Théâtre


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