12 sept 2019

Au cœur du Yamato

Shimazaki, Aki

Au coeur du Yamato Shimazaki

Vous est-il déjà arrivé d’observer attentivement des gens dans un lieu public et d’imaginer leur parcours ? Que font-ils dans la vie, à quoi ressemble leur quotidien, sont-ils de grands musiciens ou des écrivains puisant leur inspiration dans ce café ? On se surprend alors à épier, à tendre l’oreille, bref, à devenir indiscret. C’est ce sentiment d’indiscrétion qu’on éprouve en lisant les romans du cycle Au cœur du Yamato – nom ancien désignant le Japon.

Avec Aki Shimazaki nous devenons des voyeurs faisant intrusion dans la vie de différentes personnes associées à la compagnie d’import-export Goshima de Tokyo. D’un récit à l’autre, on ne sait pas qui sera mis en vedette. Chaque roman raconte l’histoire de la vie intime et les secrets d’un personnage différent.

On peut lire une seule histoire, mais il est agréable de suivre le fil qui les relie les uns aux autres en lisant les cinq romans. C’est un peu comme admirer une seule des fleurs d’un bouquet ou apprécier tout l’arrangement floral.

Mitsuba (2006) raconte la vie banale d’un employé modèle de la compagnie, amoureux de la réceptionniste qu’il souhaite épouser, mais qui est contrainte à accepter un mariage arrangé.

Zakuro (2008) nous introduit dans la vie d’un cadre retraité, dans sa quête pour retrouver son père qui était disparu et qu’il croyait mort. Les retrouvailles père-fils nous offrent des scènes fort émouvantes. On apprend également beaucoup sur les conditions inhumaines des prisonniers japonais en URSS.

Tonbo (2010) nous présente Nobo, un ancien employé qui, à la suite d’une expérience amère, quitte la compagnie pour fonder une école privée et dont la vie «  où les jours se déroulent sans problèmes notables  » est bouleversée par une visite inattendue faisant ressurgir un sombre épisode du passé.

Dans Tsukushi (2012), le tome quatre du cycle Au cœur du Yamato, nous apprenons avec l’héroïne une série de révélations troublant la sérénité de Yukô, l’ancienne réceptionniste de la compagnie Goshima dont nous avions fait la connaissance dans Mistuba.

Finalement, Yamabuki (2013), met en lumière la vie d’Aïko, épouse du cadre retraité de la compagnie. Elle revisite les cinquante années heureuses passées avec son mari après l’échec d’un premier mariage.

J’ai retrouvé avec bonheur la signature de l’auteure que j’aimée dans les deux autres cycles que j’ai lus : ses intrigues et les secrets de ses personnages japonais ; la sobriété et la délicatesse de son écriture ; son pouvoir d’évocation de la nature ; ses descriptions sensibles et touchantes des états d’âme ; son habileté à nous instruire subtilement de l’histoire et de la culture du Japon.

Une plume incroyablement séduisante et efficace. Bref, une raconteuse d’histoires dramatiques qui se fait parfois philosophe en soulignant la résilience de ses personnages, car, comme elle l’écrit si bien, « continuer à vivre est en soi une chose extraordinaire ».

Membre : Monique L. de Cookshire-Eaton

Shimazaki, Aki. Au cœur du Yamato, Éditions Leméac, collection Nomades, de 2006 à 2013.



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