23 août 2018

Aaron

Thériault, Yves

Aaron

« L’appropriation culturelle » n’est pas une nouveauté. Déjà en 1952, Yves Thériault écrivait une dramatique radiophonique mettant en scène deux juifs hassidiques. Cette dramatique-gagne-pain était tirée d’un roman en processus d’écriture qui devait paraître en 1954, puis dans une édition augmentée en 1957. C’est cette dernière que j’ai lue, 186 pages.

L’édition de 490 pages, publiée par la fille de l’auteur en 2003, comprend les deux versions du roman, la dramatique radiophonique, une dramatique télévisuelle jouée en 1958, une préface de Naïm Kattan, une postface, des critiques, etc. Toujours est-il que les Juifs, du moins ceux qui connaissaient le français, ont fait au roman un accueil chaleureux. « Les Juifs accueillaient un Canadien français […] parti à leur découverte, était venu vers eux et exprimait sa sympathie sans complaisance, ne se posant pas comme analyste, et encore moins comme juge. Pour les décrire, il s’était intérieurement identifié à eux. Au-delà de tout débat, il y eut une rencontre et un véritable échange » écrira Naïm Kattan à propos d’une soirée organisée en l’honneur de Thériault par le Cercle juif de langue française.

Aaron est l’un des trois grands romans en A de Thériault (avec Agaguk et Ashini), A comme altérité. Yves Thériault a été le premier romancier québécois des minorités.

Aaron et son grand-père Moishe Cashin vivent ensemble dans le « ghetto » montréalais. Moishe a été aussi le père, la mère, le professeur, l’éducateur du jeune garçon, cela dans la plus pure tradition juive orthodoxe. À l’adolescence, Aaron, qui rêve de grandeur et de puissance, rencontre une jeune fille qui lui fera voir le moyen d’y arriver, l’argent. Aaron sera déchiré entre les enseignements du vieux et le monde moderne qui l’attire. Comment résoudre cette antinomie ?

Ce livre m’a beaucoup plu. Le sujet est tout aussi actuel qu’il l’était dans les années 50 : cet affrontement est permanent et se déroule encore sous nos yeux ici et ailleurs, chez les hassidiques et dans d’autres religions. Le conflit intérieur empruntera des mots et même des cris, des gestes aussi. À lire !

Membre : Outremont

Thériault, Yves. Aaron, Éditions Le Dernier havre, 1954, 2003, 490 pages.

Cette oeuvre a déjà été suggérée par le Club des Irrésistibles, lire ici.



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