10 mai 2018

Alexandra David-Néel : une biographie

Brosse, Jacques

Alexandra David-Neel Jacques Brosse

Alexandra David-Néel, d’origine multiethnique, albigeoise, norvégienne, sibérienne, avec du sang mongol, tenait beaucoup à cette ascendance asiatique, ce qui explique possiblement son penchant pour le nomadisme.

Les parents sont un peu étrangers l’un à l’autre d’autant plus que le père est calviniste et la mère une fervente catholique. Il a 53 ans à la naissance de sa fille et en est plus embarrassé que réjoui.

La personnalité d’Alexandra David-Néel se dessine très tôt. On raconte qu’elle a déjà fait une fugue à l’âge de deux ans, en vacances chez sa grand-mère paternelle, puis à cinq ans où elle décide d’aller seule explorer le bois de Vincennes. Elle est jalouse d’un petit frère et quand il meurt en bas âge, elle se déclare « ravie » dit-on. À l’adolescence, elle a des pratiques ascétiques, mangeant peu et dormant sur une planche de bois. D’abord baptisée suivant la religion catholique de la mère, elle adoptera plus tard le protestantisme du père. Dans sa jeunesse, elle est aussi une grande lectrice de Jules Verne.

À 15 ans, elle fugue à nouveau le long de la côte belge, de la Hollande et de l’Angleterre. C’est sa mère qui va la chercher. Un peu plus tard, elle fait une rencontre importante, celle d’Élisée Reclus, illustre géographe, qui fut pour elle une source d’inspiration et un guide, pendant longtemps, et presque un père.

En Angleterre, elle rejoint l’association de La Gnose Suprême où on étudie différentes religions, puis joint la société théosophique fondée à New York, 13 ans plus tôt, par des adeptes des maîtres des Himalayas et du Tibet. Grâce à cela, elle pourra bénéficier de l’accès à des bibliothèques. En France, elle fréquente l’université où elle étudiera en particulier la civilisation et le bouddhisme du Tibet.

C’est en 1891, à l’âge de 23 ans, qu’elle part pour Ceylan et, auprès d’un vieil ascète, elle trouve ce qu’elle cherche alors : la compréhension de la pensée de l’Inde.

En 1900, elle a une carrière de cantatrice remarquée, et elle rencontre son mari Philippe Néel. Ils se marient – le mariage dure sept jours –, elle le quitte définitivement un mois plus tard. Ils correspondront pendant 36 ans et presque jusqu’à la mort, il continuera souvent à l’aider financièrement, même si elle se sépare de lui officiellement en 1911. Elle commence alors une série de voyages aux Indes, au Tibet et en Chine.

Elle rencontrera beaucoup de sages dont le Dalaï-lama et arrive à Lhassa, à l’âge de 53 ans, après s’être fait passer pour une mendiante tibétaine pour braver la loi anglaise qui interdit l’accès du Tibet aux étrangers. En effet, à cette époque, c’est le gouvernement anglais qui s’est vu confier le mandat d’un protectorat sur le Tibet par la Chine, qui a la mainmise sur cette région. Elle voyage à pied et franchit de hautes montagnes enneigées.

Elle a questionné des maharadjas, des lamas et des gens du peuple pour se faire une idée des pratiques bouddhistes dans ces régions. Ses conclusions seront précisées de façon remarquable dans Voyage d’une Parisienne à Lhassa (1927) et dans Mystiques et magiciens du Tibet (1929). Tous ces voyages, elle les fait accompagnée de Yongden, un jeune fidèle lama « adopté », et de porteurs, mais c’est elle qui dirige la troupe de main de maître. Elle est même armée d’un pistolet pour faire face aux nombreux brigands qui parcourent ces régions.

En 1917, elle est allée au Japon où la pratique du bouddhisme la déçoit étant imprégnée, selon elle, de rituels rigides, et à Pékin également, au monastère de Kum-Bum, où se pratique un bouddhisme austère. Car c’est d’un bouddhisme « dépoussiéré » qu’elle rêve, d’une philosophie plus que d’une religion vouée à la pauvreté ou ayant des rituels sévères et empreints de magie.

C’est en 1925 qu’elle remet le pied sur le sol français et c’est là qu’elle s’établira définitivement en 1926 après avoir fait un autre séjour en Chine avec Yongden, malgré la guerre civile qui y règne entre les communistes et le Kuomintang. Elle regrette à ce moment d’avoir toujours gardé Yongden avec elle, l’empêchant de faire une carrière, par égoïsme dit-elle.

En 1945, elle passe neuf mois à Calcutta. Un an plus tard, elle retourne à Paris puis s’établit à Dignes-les-Bains avec Marie-Madeleine Peyronnet où elle mourra en 1969, à l’âge de 101 ans, alors qu’elles faisaient encore d’autres projets de voyage. Sa maison est un musée qui parle d’elle. Ses cendres seront jetées dans le Gange, tel qu’elle le souhaitait, avec celles de Yongden, mort en 1951, une séparation très douloureuse pour elle.

Comme on peut le constater, cette biographie est peut-être un peu sèche, mais elle a le mérite d’être claire et ainsi d’aider ceux et celles qui aiment lire Alexandra David-Néel à suivre son cheminement. Elle a partagé une quête philosophique très riche, de façon remarquablement rigoureuse et à travers tant de voyages, surtout de 1911 à 1945, qu’elle n’a pas toujours racontés de façon chronologique.

Lu en version numérique.

Membre : N.L., Île-des-Soeurs

Brosse, Jacques. Alexandra David-Néel : une biographie, Éditions Albin Michel, 1977, 287 pages.



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Catégorie : Biographies


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