01 mar 2018

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Auster, Paul

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Plus de 1000 pages de pur bonheur. Alors pardonnez-moi ce commentaire exceptionnellement long.

C’est l’histoire d’un enfant-ado-jeune homme qui se cherche. C’est Ferguson, toujours le même, mais en même temps toujours différent d’un chapitre à l’autre, qui fait toujours les mêmes choses de façons différentes, qui vit d’autres choses toujours de la même manière.

C’est une espèce de labyrinthe dans lequel il n’est pas si difficile de s’y retrouver en autant qu’on ait l’œil ouvert et le bon. Quelques exemples ?

Page 69 : « Quelle idée intéressante, se dit Ferguson, de penser que les choses auraient pu se dérouler autrement pour lui, tout en restant le même. Le même garçon dans une autre maison avec un autre arbre. Le même garçon avec des parents différents. Le même garçon avec les mêmes parents mais qui ne faisaient pas les mêmes choses qu’actuellement. Si son père était resté chasseur de fauves [...] ? Si sa mère était une actrice célèbre [...] ? S’il avait un frère ou une sœur ? »

Page 292 : « Ferguson avait découvert qu’une des bizarreries de sa personnalité, c’est qu’il avait l’impression d’être plusieurs personnes à la fois, qu’il n’était pas une seule personne mais la réunion de plusieurs personnalités contradictoires, et chaque fois qu’il se trouvait en présence de quelqu’un de différent, il devenait différent lui-même. »

Page 582 : « [...] raconter la vie d’un personnage sans suivre un fil continu, en se plongeant dans des moments séparés les uns des autres pour approfondir une action, une pensée, une impulsion avant de sauter à l’épisode suivant, et en dépit des ruptures et des silences qui subsistaient entre chaque épisode isolé, Ferguson imaginait que le lecteur recollerait mentalement les morceaux de sorte que les scènes accumulées s’additionneraient pour former quelque chose qui ressemblerait à une histoire, ou peut-être plus qu’une histoire, un vrai roman miniature. »

Page 591 : « [...] Ferguson comprit que le monde était fait d’histoires, tellement d’histoires différentes que si on les rassemblait toutes pour les mettre dans un livre, celui-ci ferait neuf cents millions de pages. »

Page 833 : « [...] et puis qu’est-ce que cela voulait dire être soi-même, il avait plusieurs  »moi » en lui, beaucoup même, un moi robuste et un moi faible, un moi réfléchi et un moi impulsif, un moi généreux et un moi égoïste, tant de  »moi » différents qu’en fin de compte il était aussi vaste que tout un chacun ou était aussi petit que personne, et si c’était vrai de lui, cela devait aussi être vrai de tous les autres, c’est-à-dire que chacun était tout le monde et personne à la fois [...]. »

Certes, c’est un roman dense et complexe, mais en même temps très facile à lire et à suivre, car Paul Auster est collé à l’actualité des années 60-70. Ferguson, c’est le jeune Paul Auster né en 1947 qui a vu les films de Laurel et Hardy, qui a vu Kennedy tomber sous les balles, qui a vu la guerre du Vietnam à la télé, qui a vécu la révolte des étudiants dans les campus des années 70…
Un chef-d’oeuvre !

En complément ou pour connaître un autre point de vue, je vous invite à lire l’article de Fabien Deglise paru le 10 février 2018 en page 30 du D Magazine du Devoir et intitulé « Le roman pachydermique de Paul Auster ».

Membre : Saint-Jean-sur-Richelieu

Auster, Paul. 4 3 2 1, Éditions Actes Sud, 2017, 2018, 1020 pages.



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