Claudel, Philippe
Tout simplement hallucinant. Et pourtant, si près de la réalité vers laquelle nous nous dirigeons comme société si nous ne faisons pas attention. Voici ce qu’en dit Marie-Françoise Leclère dans la revue Le Point : « La mission commençait mal pour l’Enquêteur. Personne n’était venu le chercher à la gare, la neige s’était mise à tomber et le garçon du café où il avait échoué avait refusé de lui servir un grog, bien sûr il n’y avait pas de taxi, pis encore quelqu’un, quelque chose l’avait heurté violemment et le contenu de sa valise s’était éparpillé sur le sol trempé. Une ville inhospitalière, hostile même, comme on en voit tant. Mais, après tout, qu’espérait-il d’autre, lui qui avait été envoyé pour enquêter sur l’épidémie de suicides qui venait de frapper l’Entreprise, le phare de ce pays ? Les choses allaient forcément s’arranger. Sauf qu’elles ne s’arrangent pas, mais alors pas du tout dans cette fable de cauchemar qu’est L’Enquête [...]. » Pour lire la suite de cet article : http://www.lepoint.fr/culture/l-enquete-de-philippe-claudel-entre-kafka-et-aldous-huxley-16-09-2010-1237650_3.php
11 nov 2011
Mon auteur adoré des Âmes grises, de La petite fille de Monsieur Linh, du Rapport de Brodeck, du film Il y a longtemps que je t’aime, etc., m’a un peu déçue. Toujours aussi agréable à lire, son style n’a pas changé, mais le propos, cette fois, ressemble à du déjà lu.
L’Enquêteur semble le seul être humain dans une ville de « robots ». Lui seul souffre de la pluie et du froid, éprouve de la peur et la faim, est confronté à l’absence de toilettes pour hommes dans un hôtel 4 étoiles, est surpris par le Policier et traîné dans le cagibi à balais qui lui sert de bureau. Personne n’a de nom propre dans ce roman, chacun porte celui de sa fonction dans une société qui mange les individus, les digère, puis les élimine.
L’absurde : « Mais penser, parfois, équivaut à faire tourner à vide une machine à laver le linge : si l’exercice est utile pour vérifier son fonctionnement, le linge sale resté en dehors de la machine le demeure, malgré tout, éternellement. » p.198 « L’homme a créé l’ordre alors qu’on exigeait rien de lui. Il s’est cru malin. Grand mal lui a pris. » p. 200. J’entends Kafka, Camus, Huxley, Margaret Atwood dans La servante écarlate. Le décor intérieur est celui d’un immense laboratoire et, dehors, la ville bouge à la manière d’un dessin animé.
La critique sociale nous apparaît surtout vers la fin, c’est pour cette raison qu’il vaut la peine de poursuivre la lecture.
14 oct 2011
En ces temps où le thème de l’enquête (sur la construction, bien sûr) est sur toutes les lèvres, comment résister à un roman de Philippe Claudel qui porte justement comme titre L’Enquête ?
Dès la première page, Claudel nous présente un homme, dont on ne connaîtra que le titre, l’Enquêteur. On apprendra au fil des pages que l’Enquêteur est mandaté pour analyser les suicides qui sont survenus dans une entreprise. Mais la tâche s’avère difficile, sinon impossible. Car l’Enquêteur fait face à une entreprise tentaculaire, anonyme, où les règles de fonctionnement sont absurdes et imprévisibles. Les frontières entre l’irrationnel et le fantastique s’estompent, le récit devient angoissant, kafkaïen. Dans un style d’une précision clinique, Claudel propose un roman sombre, décrivant une société glauque qui n’a plus de sens pour ses membres.
4 mars 2011
Je suis rentrée dans l’univers de ce livre dès la première page ; l’auteur nous emmène au coeur d’une machination bien huilée, mais dont l’Enquêteur va faire gripper les engrenages. Ce roman est un monde en lui-même, il faut aimer être déstabilisé de ce rôle extérieur qu’est le lecteur. Philippe Claudel est arrivé à me faire partager ce malaise de l’Enquêteur qui arrive dans cette ville qui dépend entièrement de cette entreprise.
4 fév 2011
L’Enquêteur doit enquêter sur les suicides qui ont touché l’Entreprise. Il rencontre le Policier, la Géante, le Guide, le Responsable, le Serveur, le Vigile, le Garde, le Psychologue, la Foule… et raconte. Déroutant, fascinant, captivant… Je n’en dis pas plus pour ne pas vous dévoiler le « punch ». J’ai lu le livre d’un trait. Il m’a fait réfléchir sur ma perception de la vie par rapport aux événements. Excellent roman !