17/05

Le Billet de la semaine

Bonjour à vous toutes et à vous tous,

Je suis loin d’être une spécialiste en art contemporain, mais plus je vois d’expositions, plus j’y prends plaisir. J’ai été enchantée par l’œuvre de Bharti Kher, née en 1969 à Londres et qui, depuis bientôt 30 ans, demeure à New Delhi, son point d’ancrage, son lieu de travail.

La nouvelle exposition, Points de départ, points qui lient, que présente dans le Vieux-Montréal la fondation pour l’art contemporain DHC/Art jusqu’au 9 septembre 2018, est un dépaysement total, sensuel et hypnotique. J’ai eu le privilège de participer à une visite guidée en compagnie de l’artiste et de la commissaire de l’exposition, Cheryl Sim, ce qui m’a beaucoup aidée à la compréhension de la démarche de Bharti Kher.

Cette exposition donne à voir une quarantaine d’œuvres réalisées entre 2007 et 2018, qui parlent surtout du corps en utilisant des matériaux de manière fort originale tels des bindis – vous savez ce fameux point porté au centre du front par des femmes indiennes. Il y a également des moulages de plâtre, des tableaux, des cartes géographiques, des sculptures drapées de saris parfois trempés dans de la résine.

J’ai tout aimé de cette exposition, mais j’ai été plus particulièrement saisie par deux œuvres : Six Women (2013-2015) où l’on voit, comme l’indique le titre, six femmes nues d’âges différents, moulées dans du plâtre. Ces femmes, des « travailleuses du sexe » à Kolkata, assises côte à côte, sont fascinantes à regarder. Chacune a une particularité qui la distingue de sa voisine, mais elles ont toutes les yeux fermés ; on ne sait pas si elles se reposent, se recueillent ou réfléchissent. Émouvant !

Une absence de cause assignable / An Absence of Assignable Cause (2007) montre le cœur d’une baleine bleue « créé à l’échelle et enveloppé d’une pellicule de bindis ». Qu’a voulu nous dire Bharti Kher en créant ce cœur en fibre de verre ? Chacun peut y aller de son interprétation, peu importe la réponse, l’effet est percutant !

Très belle découverte que l'oeuvre de cette artiste qui foulait le sol montréalais pour la première fois. Le travail de Bharti Kher est enraciné dans son temps tout en se référant à certaines traditions indiennes. Il y a quelque chose d'envoûtant dans sa technique et une énergie se dégage de ses réalisations parfois très colorées. Vraiment, Points de départ, points qui lient est une exposition inspirante !


Cette semaine, pour souligner le 20e anniversaire de la bibliothèque Robert-Bourassa à Outremont, Christiane St-Onge, chef de section et responsable de la bibliothèque, nous parle de son implication dans le milieu des bibliothèques de 1971 à aujourd’hui.



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En vous rendant sur la chaîne YouTube à l’émission Les Irrésistibles de Marie-Anne, vous pourrez entendre, à chaque semaine, mes commentaires et critiques de théâtre ou d’arts visuels.

Je vous souhaite de très belles découvertes et à la semaine prochaine,

Marie-Anne


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Aaron

Thériault, Yves

Aaron

Moishe Cashin, un juif orthodoxe d’origine russe, après avoir vécu quelques années en Californie, vient s’établir à Montréal. Rapidement, il se retrouve seul avec son petit-fils, Aaron. Il est pour lui un père et une mère. Il veille à faire son éducation religieuse dans la pure tradition juive orthodoxe.

Son grand-père a déjà décidé de l’avenir d’Aaron. Tout va bien, il est un très bon disciple… Mais, à l’adolescence, Aaron remet tout en question. Moishe est alors dépassé par l’émancipation de son petit-fils. C’est un conflit de générations transposé dans la réalité d’une famille immigrante.

J’ai eu beaucoup de plaisir à découvrir cette culture juive. Un récit qui m’a beaucoup touchée. Comment deux êtres qui ont toujours vécu dans une grande intimité, qui sont seuls au monde, peuvent-ils arriver à s’éloigner aussi dramatiquement l’un de l’autre ?

Un très beau roman urbain, écrit dans les années cinquante, qui traite de plusieurs thèmes actuels (conflit de générations, intégration des immigrants, etc.). Une belle découverte dans l’oeuvre de cet auteur rendu célèbre par Agaguk (1958).

Membre : Ste-Dorothée Thériault, Yves. Aaron, Éditions Le Dernier havre, 1954, 2003, 490 pages.

Cette oeuvre a déjà été suggérée par le Club des Irrésistibles, lire ici.

Couleurs de l'incendie

Lemaitre, Pierre

Couleurs de l'incendie

La vengeance d’une femme… Une fresque qui s'ouvre par l’enterrement national du banquier Marcel Péricourt et la tentative de suicide de son petit-fils. C’est Madeleine Péricourt qui hérite alors de l’empire financier de son père. Elle va être victime d’une machination qui va la ruiner. Mais Madeleine, que tout le monde imagine stupide, humiliée, va se révéler machiavélique, implacable…

Une intrigue, des rebondissements, des retournements de situations, des manipulations, des traîtrises, des alliances… une vengeance menée de main de maître ! Une histoire comme je les aime, c’est absolument jubilatoire ! L'écriture de Lemaitre est toujours aussi emballante.

N’hésitez pas à le lire, même sans avoir lu Au revoir là-haut (2013) !

Membre : France Cette suggestion est proposée par un lecteur du Pays de Romans – France, membre du club de lecture Troquez vos Irrésistibles et partenaire du Club Les Irrésistibles des Bibliothèques de Montréal. Lemaitre, Pierre. Couleurs de l'incendie, Éditions Albin Michel, 2018, 535 pages.

Cette oeuvre a déjà été suggérée par le Club des Irrésistibles, lire ici.

La femme qui tuait les hommes

Castro, Eve de

La femme qui tuait les hommes

Voici le portrait de deux femmes qui ont atteint « le point de bascule », « l'instant où la vie d'une personne ordinaire change subitement de cours ». Soudainement, elles prennent la décision de tuer les hommes coupables de grave cruauté envers leurs femmes. Rien ne les rapproche pourtant.

Lena vivait en Russie au début du XXe siècle. Révoltée contre le sort misérable des femmes victimes de violence conjugale, elle a pris « justice en main » et a tué 272 maris violents, à commencer par le sien. « Pour délivrer les pauvres femmes. » Elle voulait en tuer 300, mais a été arrêtée et exécutée avant.

Jeanne est une octogénaire tranquille qui vit à Paris de nos jours. Elle rencontre Lucie, une jeune femme « collectionnée », puis délaissée sans scrupule par Paul, un écrivain de renom, coureur de jupon invétéré et sans vergogne. Bouleversée par le désespoir de Lucie, Jeanne va piéger Paul et lui fera payer chèrement sa cruauté désinvolte.

En même temps qu'on suit en parallèle la vie de Lena et de Jeanne, tout en se demandant quels liens unissent ces deux femmes, à un siècle d'écart, dans deux pays éloignés, on apprend sur les mœurs de la société russe et les bouillonnements révolutionnaires en Russie, début XXe siècle.

Ce roman historique et thriller au rythme soutenu nous tient en haleine jusqu'à la fin.

Membre : Ville Mont-Royal Castro, Eve de. La femme qui tuait les hommes, Éditions Robert Laffont, 2018, 280 pages.

Cette oeuvre a déjà été suggérée par le Club des Irrésistibles, lire ici.

Le Rêve de l'oncle

Dostoïevski, Fédor

Le Reve de l'oncle Actes Sud J’ai commencé ce livre en me disant que c’était un roman de peu d’importance de Dostoïevski, écrit une dizaine d’années avant ses grands livres. Et effectivement, pendant la première moitié des 239 pages, si je reconnaissais l’atmosphère des romans de l’auteur préféré de mes lectures de jeunesse, c’était en tant qu’esquisse, comme si Dostoïevski se faisait la main. Et puis tout à coup, une longue scène de près de 50 pages, la grande confrontation où tous les personnages se retrouvent, un vrai bonheur de lecture, où on peut se demander comment Dostoïevski peut réussir à ce point à rendre compte de la complexité des rapports interpersonnels dans un climat de grande tension. Ce Dostoïevski, le grand analyste des profondeurs de l’âme humaine, à propos duquel on a bien eu raison de dire qu’il y avait deux types de lecteurs : ceux qui avaient lu et ceux qui n’avaient pas lu Dostoïevski. Membre : Jean-Marc Dostoïevski, Fédor. Le Rêve de l'oncle, Éditions Actes Sud, collection Babel, 1859, 1999, 239 pages.

Le Tour du monde du roi Zibeline

Rufin, Jean-Christophe

Le Tour du monde du roi Zibeline

Si on aime les voyages en eau profonde, si on aime l'humanité et les rapports égalitaires, si on lutte contre les radicalismes et les fanatismes, alors on appréciera Le Tour du monde du roi Zibeline et la plume de l’académicien, médecin et diplomate Jean-Christophe Rufin.

Un extrait du roman : « – Mes amis, s'écria Benjamin Franklin, permettez-moi de dire que, pour le moment, votre affaire est strictement incompréhensible. – Nous ne demandons qu'à vous l'expliquer, dit Auguste. Et d'ailleurs nous avons traversé l'Atlantique pour cela. – Eh bien, allez-y. – C'est que c'est une longue histoire. – Une très longue histoire, renchérit Aphanasie, sa jeune épouse que Franklin ne quittait plus des yeux. – Elle traverse de nombreux pays, elle met en scène des drames et des passions violentes, elle se déroule chez des peuples lointains... – Qu'à cela ne tienne ! Au contraire, vous mettez mon intérêt à son comble... »

Extrait d'une entrevue avec Jean-Christophe Rufin : Question: « Le roman se place sous le double signe du conte philosophique et des Mille et Une Nuits… »

Jean-Christophe Rufin : « J’ai effectivement fait le choix de transformer cette réalité historique documentée en conte philosophique. Dans le titre lui-même, il y a une distance un peu ironique à la Zadig. Comme le couple formé par Auguste Benjowski et son épouse Aphanasie raconte leurs aventures par épisodes au vieux Benjamin Franklin, cela donne un côté Shéhérazade, Mille et Une Nuits. Avec cette alternance de voix différentes, le XVIIIe siècle est présent non seulement par le contenu, mais aussi par la forme. »

Réf. : lire ici.

Membre : Outremont Rufin, Jean-Christophe. Le Tour du monde du roi Zibeline, Éditions Gallimard, 2017, 367 pages.

Cette oeuvre a déjà été suggérée par le Club des Irrésistibles, lire ici.

Les Chaises

Ionesco, Eugène

Les Chaises TNM

Je me suis vraiment régalé lors de la représentation de la pièce d’Ionesco, Les Chaises, au TNM. Renversé. Tellement que j’ai repris la lecture de la pièce, le lendemain dès mon réveil afin que le souvenir dure.

Monique Miller et Gilles Renaud sont époustouflants. Le scénographe et le metteur en scène ont magnifiquement traduit les indications scéniques d’Ionesco.

Ionesco proposait de confier le rôle de la Vieille à une jeune tant il y aurait de chaises à transbahuter, et toujours plus vite vers la fin. Bah ! le scénographe et le metteur en scène ont pallié ce gros effort. Il n’allait pas nous priver de la présence de Monique Miller, quand même.

Tout a été dit sur Ionesco : la fin de la communication (les vieux disent une chose et son contraire, (« Quel mauvais temps ! Comme il fait beau ! »), le théâtre de la déraison (« Je ne suis pas moi-même. Je suis un autre. Je suis l’un dans l’autre. » – clin d’oeil à Rimbaud –, scénarisation de la fin de représentation (absence de la cantatrice dans La Cantatrice chauve, « foule d’absences présentes » dans Les Chaises).

Monde en décrépitude que seul pouvait habiter et résumer le silence de l’Orateur à la fin de la pièce.

Mon passage préféré quand le Vieux dit : « Pour empêcher l’exploitation de l’homme par l’homme, il nous faut de l’argent, de l’argent, encore de l’argent. » Sidérant paradoxe, toujours d’actualités, car pour avoir de l’argent, toujours plus d’argent, il est trop souvent requis d’exploiter l’homme, et sa fiancée (disait Foglia).

En salle jusqu’au 2 juin.

Membre : J. de Rosemont Ionesco, Eugène. Les Chaises, TNM, 2018.

Magnificat

Les Jongleurs

Ensemble Les Jongleurs

J’ai su que Les Jongleurs, ensemble vocal, chanterait le Magnificat de Jean-Sébastien Bach à l’Église Saint-Denis, située juste en face du métro Laurier, le dimanche le 27 mai à 16 heures.

Cette œuvre vocale majeure de Bach est toujours aussi belle à entendre.

Les Jongleurs seront accompagnés de quatre solistes et de dix musiciens. C’est un rendez-vous ! Billet d’entrée : 25 dollars. Membre : Outremont Les Jongleurs. Magnificat, Concert à l’Église Saint-Denis, 27 mai 2018.

Profession du père

Chalandon, Sorj

Profession du pere

Le roman raconte l’histoire d’Émile, un enfant qui subit des violences inacceptables de son père, André Choulans, mythomane et fabulateur fasciste, croit-on, sous le regard d’une mère qui n’a comme réponse que ces mots : « Tu connais ton père. » Pourquoi cette violence ?

Cela nous ramène à une période de grande perturbation en France, lors de laquelle de Gaulle a décidé de quitter l’Algérie colonisée, décision considérée par beaucoup, dont le père d’Émile, comme une trahison. Il décidera d’entraîner son enfant dans une série de complots avec l’objectif ultime d’assassiner de Gaulle. Se tramera alors une histoire délirante à souhait avec d’incroyables développements et retournements. Roman autobiographique, semble-t-il, qui passe d’une histoire à caractère politique à une autre qui traite de santé mentale.

Le Quatrième mur (2013) a été le premier livre que j’ai lu de cet auteur. Toutes les personnes à qui j’ai fait connaître Chalandon ont été estomaquées et n’ont qu’un désir, le lire en totalité. La grande force de ce roman est qu’il traite de choses complexes avec simplicité. On oublie l’auteur et il n’y a que l’histoire qui nous captive.

Plus on lit, plus on est souvent déçu de la fin d’une histoire et mes plus grands plaisirs de lecture sont justement de me faire surprendre par la chute. Et c’est là pour moi qu’un auteur nous montre son talent de façon particulière. Profession du père se clôt sur la mère et son importance qu’on avait oubliée, totalement oubliée.

Membre : Le hibou Chalandon, Sorj. Profession du père, Éditions Grasset, 2015, 315 pages.

Cette oeuvre a déjà été suggérée par le Club des Irrésistibles, lire ici.

Sur quel pied danser

Calori, Paul et Kostia Testut

Sur quel pied danser

Une comédie musicale pleine de fraîcheur qui allie la chanson et la danse et raconte l’histoire d’un conflit social dans une petite entreprise de chaussures de luxe basée à Romans-sur-Isère.

Les réalisateurs avaient besoin d’un objet symbolique et la chaussure de luxe s’est imposée à leur esprit. Ils ont cherché une vraie ville de fabrication de la chaussure et ont découvert que Romans était une capitale de la chaussure de luxe dans les années 70. Nous découvrons ou redécouvrons cet univers avec des personnages drôles et attachants, qui chantent et dansent autour des machines. Le personnage principal Julie est en situation précaire, « Cendrillon des temps modernes », elle espère devenir une « princesse » en trouvant un CDI et fait la rencontre du prince charmant… À noter également la qualité des chansons aux styles variés composées par Jeanne Cherhal, Clarika, Albin de la Simone, Olivia Ruiz… Une belle surprise ! Membre : France Cette suggestion est proposée par un lecteur du Pays de Romans – France, membre du club de lecture Troquez vos Irrésistibles et partenaire du Club Les Irrésistibles des Bibliothèques de Montréal. Calori, Paul et Kostia Testut. Sur quel pied danser, Comédie musicale, 2016.

Taos

López, Efrén, Stelios Petrakis et Bijan Chemirani

Taos CD

Cet album Taos est le fruit d’une belle rencontre entre trois musiciens d’exception : l’espagnol Efrén López, multi-instrumentiste, le crétois Stelios Petrakis, spécialiste des lyres et du luth, et le franco-iranien Bijan Chemirani, virtuose des percussions persanes.

Cette musique nous emmène aux frontières de la Grèce, de l’Anatolie et de l’Orient. C’est un voyage passionnant que nous offrent ces trois virtuoses. À noter que le livret est traduit dans quatre langues et permet d’avoir un résumé explicatif pour chaque morceau, une très bonne chose ! Embarquez pour ce voyage en terres méditerranéennes, dépaysement et ravissement garantis ! Membre : France Cette suggestion est proposée par un lecteur du Pays de Romans – France, membre du club de lecture Troquez vos Irrésistibles et partenaire du Club Les Irrésistibles des Bibliothèques de Montréal. López, Efrén, Stelios Petrakis et Bijan Chemirani. Taos, CD, 2017.
pas touche!!!