17/01

Le Billet de la semaine

Bonjour à vous toutes et à vous tous,

Ça raconte Sarah (éditions de Minuit, 2018), premier roman de Pauline Delabroy-Allard, est l’histoire prenante et intense d’un amour fiévreux, obsessionnel, dévastateur qui, sur son passage, deviendra une spirale sans fond.

Drôle de coïncidence. Je venais de terminer la lecture du dernier opus de Philippe Besson, Un certain Paul Darrigrand (Julliard, 2018) – dont je vous ai parlé la semaine dernière –, quand j’ai enchaîné avec Ça raconte Sarah. J’ai eu la forte impression, sous certains aspects, que les livres se complétaient : la découverte d’un nouvel amour entre hommes du côté de Philippe Besson et celle d’un premier amour entre deux hétérosexuelles chez Pauline Delabroy-Allard.

La narratrice, jamais nommée, habite dans le XVe arrondissement parisien. Nouvellement professeure dans un lycée, elle est la maman d’une petite fille dont le papa n’est plus dans le décor. Au moment de sa rencontre avec Sarah, elle est en couple avec un Bulgare dont ne sait presque rien. Très vite, il va disparaître du radar.

Sarah, elle, la mi-trentaine, a grandi dans le XVIe arrondissement aux côtés de ses parents et de ses deux frères. Elle habite aujourd’hui la commune des Lilas, rue de La Liberté. Violoniste talentueuse et fougueuse, elle est souvent en tournée avec son quatuor à cordes.

Comment décrire cette femme célibataire ? Exubérante, insatiable, impatiente, qui s’émerveille telle une gamine et vit à la puissance dix comme si son temps était compté. Elle fume, boit, parle vite et fort, déplace beaucoup d’air et, même si elle est épuisante, elle est drôle et vivante.

C’est lors d’un souper chez des amis réunis pour célébrer la fin d’une année – possiblement 2013, mais ce n’est jamais vraiment précisé –, que les deux femmes vont faire plus ample connaissance. Avant de rencontrer Sarah, la narratrice vivait un moment de latence qui, d’après Sarah, se définit comme « le temps qu’il y a entre deux grands moments importants ».

Très vite elles vont se revoir, aller ensemble au concert, au cinéma, au théâtre. Et la narratrice de dire : « Je ne pensais pas toucher un jour le corps d’une femme, aimer ça à la folie au point d’y penser sans arrêt, nuit et jour. Elle ne quitte pas mon esprit. » Et puis, petit à petit, l’une des deux étouffe et demande d’espacer leurs rencontres.

Il est fait mention de plusieurs compositeurs – Beethoven, Bartók, Schubert, Mendelssohn, Brahms – ce qui nous donne le goût de réécouter ces prodiges, tout en nous promenant de Paris à Venise, du château de Chambord en passant par Milan, Trieste et Marseille.

Je ne suis pas certaine d’avoir bien saisi l’enjeu de la deuxième partie. Si vous lisez Ça raconte Sarah, peut-être pourrez-vous me donner une réponse… Mais ce flou autour de l’une des protagonistes est sûrement voulu de la part de l’auteure. Était-ce pour accentuer la dérive d’un amour plus grand que nature, auquel on ne s’attendait pas et duquel on ne se remettra probablement jamais ? Ou alors, est-ce plutôt une métaphore de la rupture, de la blessure amoureuse ? Peut-être.

Le style de l’auteure est alerte, elle a de belles trouvailles – comme insérer des définitions de certains termes ou des explications concernant des lieux. Sans conteste, je vais suivre le parcours littéraire de Pauline Delabroy-Allard qui, par son écriture et son sujet, est venue me bousculer et me troubler. À lire !

Cette oeuvre a déjà été suggérée par le Club des Irrésistibles, lire ici.


Le lundi 21 janvier, à Radio VM (91,3 FM), de 17 h 45 à 18 h, dans le cadre de Culture à la carte, je m’entretiendrai avec la comédienne Dominique Quesnel, qui nous parlera de la pièce La Queens' de Jean Marc Dalpé, présentée à La Licorne jusqu’au 23 février 2019.

Les Irrésistibles de Marie-Anne ont aussi leur page Facebook. Venez voir !

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En vous rendant sur la chaîne YouTube à l’émission Les Irrésistibles de Marie-Anne, vous pourrez entendre, à chaque semaine, mes commentaires et critiques de théâtre ou d’arts visuels.

Je vous souhaite de très belles découvertes et à la semaine prochaine,

Marie-Anne


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Adèle, l'autre fille de Victor Hugo, 1830-1915

Gourdin, Henri

Adele l'autre fille de Victor Hugo Pour comprendre Adèle, il faut connaître Victor Hugo, sa famille et la politique de l’époque. Deuxième fille de Victor Hugo et cinquième enfant de la famille, elle est née le 24 août 1830 à Paris, un mois à peine après les Trois Glorieuses (chute de Charles X et l’avènement de Louis-Philippe). Et c’est l’éclatement de la famille. Madame Hugo, lasse des assiduités de son mari, décide qu’Adèle est son dernier enfant et entre en relation intime avec Sainte-Beuve… Hugo, lui, n’avait pas dépassé le traumatisme de la séparation de ses parents (Sophie Trébuchet et Léopold Hugo), la naissance d’Adèle, si semblable à la sienne, annonce la répétition des drames de son enfance. En 1833, Victor Hugo devient l’amant de Juliette Drouet – il a accumulé des maîtresses, comédiennes ou bonnes, figures célèbres ou inconnues. Léopoldine, sœur aînée d’Adèle et préférée de son père, s’éprend de Charles Vacquerie qu’elle épouse en 1843. Mais à peine six mois plus tard, c’est la noyade de Léopoldine dans les eaux de la Seine. En 1846, flamme d’Adèle pour Auguste Vacquerie, frère de Charles : premiers baisers. 1848, soulèvements populaires à Paris, fuite de Louis-Philipe et l’avènement de la République. Victor Hugo, élu député, s’écarte de la droite. En octobre 1848, cette fois, flamme d’Adèle pour le sculpteur Jean-Baptiste Auguste Clésinger. Ses deux frères, Charles et François-Victor Hugo, son écroués à la Conciergerie, à cause de leur appartenance au journal L’Événement. En 1852, coup d’État de Louis-Napoléon Bonaparte, décret d’expulsion de soixante-dix députés dont Hugo. Début de l’exil dans les îles anglo-normandes, où il passera vingt-huit ans. En 1854, première visite d’Albert Pinson à Marine Terrasse (Jersey) et une seconde le 25 décembre 1860 à Hauteville House à Guernesey. Et là commence l’aventure d’Adèle. Elle s’enfuit à l’autre bout du monde sur les traces de ce militaire anglais, elle veut l’épouser. Elle s’embarque en juin 1863, à l’insu de sa famille pour Halifax en Nouvelle-Écosse. On la retrouve ensuite à la Barbade, toujours sur les traces de son amoureux. Mais celui-ci s’est marié en Irlande. Victor Hugo organise le rapatriement de sa fille de la Barbade à Paris et l’interne pour névrose. En 1885, décès de Victor Hugo. Auguste Vacquerie devient le tuteur d’Adèle. Celle-ci meurt le 22 avril 1915. Adèle avait un spectre, celui de Léopoldine, car la famille reportait sur la cadette, seule fille survivante de la tribu, le devoir de maternité. Entre le père, apôtre du mariage bourgeois et l’enfant éblouie de sa propre beauté, la tension montait. De plus, la farce du refus des prétendants menaçait de tourner au drame (elle en avait refusé au moins cinq). Adèle évoluait dans un contexte psychologique d’une grande complexité, entre un oncle (Eugène) schizophrène profond, un père dévoré d’ambition et sujet au délire, voire à la psychose narcissique, une mère déchirée entre amant et mari, une sœur en relation privilégiée avec son père, des frères inhibés, etc. « La Misérable », « L’Engloutie », « La mal-aimée » : noms donnés à Adèle. La préface est d’Adèle Hugo, arrière-petite-nièce d’Adèle Hugo, fille de Jean Hugo. Magnifique biographie. Écrit en collaboration avec le psychothérapeute Yvon Girard. Membre : Outremont Gourdin, Henri. Adèle, l'autre fille de Victor Hugo, 1830-1915, Éditions Ramsay, 2003, 342 pages.

Avec toutes mes sympathies

Lamberterie, Olivia de

Avec toutes mes sympathies

Olivia de Lamberterie, journaliste française, chroniqueuse littéraire et correspondante pour Radio-Canada, se raconte. Son frère cadet, Alex, qu’elle affectionne particulièrement, a toujours donné l’impression de mener une belle vie.

Tourmenté depuis toujours, il se suicide lors d’un séjour à Montréal. Il a déjà dit à Olivia qu’un jour, elle devrait écrire un livre. Le voici, émouvant, qui relate sa vie et celle de son frère. Bonne lecture !

Membre : Saint-Eustache Lamberterie, Olivia de. Avec toutes mes sympathies, Éditions Stock, 2018, 254 pages.

Cette oeuvre a déjà été suggérée par le Club des Irrésistibles, lire ici.

Éroshima

Laferrière, Dany

Eroshima Laferriere

Si vous voulez vous détendre, je vous conseille ce roman qui date déjà de plus de trente ans. Un petit bijou.

Ça raconte l'histoire d'un Nègre d'une trentaine d'années qui vit à Montréal (4538, avenue du Parc), amoureux fou d'une Japonaise. Mais ça ne l'empêche pas d'apprécier à leur juste valeur plusieurs autres créatures de genre féminin : c'est la bohème. À part le sexe et Montréal, il aime bien aussi New York, San Francisco, Pékin, Berlin, Rome et San Juan. Mais ce qui le préoccupe le plus dans ce récit, c'est le lien entre le sexe et la bombe atomique, d'où le titre du roman : « J'ai découvert la Bombe en même temps que le Sexe. J'avais tout de suite compris que les deux généraient la MORT. La Bombe, c'est la mort collective, démocratique, égalitaire. Et puis le Sexe, c'est la mort individuelle, élitiste, aristocratique. La Bombe, c'est la mort dans un éclair. Le Sexe, la mort à petit feu. » Autobiographique, Éroshima ? Jusqu'à quel point, on ne le saura sans doute jamais. Mais l'intérêt ne réside pas dans cette question. Un roman rafraîchissant. Membre : Saint-Jean-sur-Richelieu Laferrière, Dany. Éroshima, Éditions VLB, 1987, 168 pages.

Frère d'âme

Diop, David

Frere d'ame Diop

Alfa Ndiaye et Mademba Diop, deux jeunes de 20 ans, amis d'enfance, sont deux tirailleurs sénégalais dans la boucherie de la Grande Guerre.

Dès la première page, Mademba sera blessé à mort, dans son agonie il va soumettre à un dilemme entre bienséance et charité. Traumatisé par la mort de son ami, une folie meurtrière s'empare d’Alfa. Il devient une machine de guerre, au point d’effrayer ses camarades. Renvoyé derrière les lignes, il va se plonger dans les souvenirs de son enfance en Afrique, paisible, pleine de tendresse, contrastant avec la débâcle furieuse de cette guerre fratricide atroce et va tenter de se libérer, de retrouver l'espoir et redevenir humain. L'écriture de l'auteur est riche et flamboyante. Un grand écrivain a vu le jour avec Frère d'âme. Lisez-le. Le souffle de son récit vous suivra longtemps. Membre : France Cette suggestion est proposée par un lecteur du Pays de Romans – France, membre du club de lecture Troquez vos Irrésistibles et partenaire du Club Les Irrésistibles des Bibliothèques de Montréal. Diop, David. Frère d'âme, Éditions du Seuil, 2018, 174 pages.

Je vais mieux

Foenkinos, David

Je vais mieux Foenkinos

Un très bon roman ? Assurément. Des longueurs ? On se demande si le narrateur va finir enfin par trouver une solution à son foutu mal de dos. M'enfin ! C'est à lire, certainement.

Quatrième de couverture : « Un jour, je me suis réveillé avec une inexplicable douleur dans le dos. Je pensais que cela passerait, mais non. J'ai tout essayé… J'ai été tour à tour inquiet, désespéré, tenté par le paranormal. Ma vie a commencé à partir dans tous les sens. J'ai eu des problèmes au travail, dans mon couple, avec mes parents, avec mes enfants. Je ne savais plus que faire pour aller mieux… Et puis, j'ai fini par comprendre. »

Membre : Saint-Jean-sur-Richelieu Foenkinos, David. Je vais mieux, Éditions Gallimard, collection Blanche, 2013, 336 pages.

Cette oeuvre a déjà été suggérée par le Club des Irrésistibles, lire ici.

La traduction est une histoire d'amour

Poulin, Jacques

La traduction est une Jacques Poulin

Comme plusieurs parmi vous, j'ai beaucoup aimé cette belle histoire qui se passe à Québec et à l'île d'Orléans. Un enchantement à lire.

J'ai particulièrement aimé les discussions entourant les mots (je suis traductrice de formation !) et les références aux auteurs connus. J'en ai appris sur Anne Hébert et sur l'histoire de Grosse-Île. Un univers tout en nuances et en bonté. À lire !

Membre : Sainte-Dorothée Poulin, Jacques. La traduction est une histoire d'amour, Éditions Leméac, Actes Sud, 2006, 132 pages.

Cette oeuvre a déjà été suggérée par le Club des Irrésistibles, lire ici.

Les Carnets de Douglas

Eddie, Christine

les carnets de dou

Ce court roman, vivement mené, est situé dans la campagne québécoise. Il baigne dans un réalisme poétique qui me rappelle les premiers romans d’Anne Hébert.

Les personnages principaux sont volontaires, déterminés, originaux, il s’agit d’un jeune musicien qui deviendra, à son corps défendant, forestier et d’une jeune femme qui fuit la violence familiale. Ils se rencontreront et connaîtront un destin particulier.

Christine Eddie excelle dans la description de la nature et des interactions sociales ; les êtres qu’elle crée ont une qualité d’âme remarquable. En filigrane de l’histoire, se tisse la destruction d’un Québec rural où la forêt doit céder la place aux centres commerciaux.

Membre : LaSalle Eddie, Christine. Les Carnets de Douglas, Éditions Alto, 2007, 198 pages.

Cette oeuvre a déjà été suggérée par le Club des Irrésistibles, lire ici.

Leurs enfants après eux

Mathieu, Nicolas

Leurs enfants après eux

Au cours de quatre étés, de 1992 à 1998, nous découvrons le quotidien d’Anthony, un adolescent qui habite dans une vallée quelque part dans l’Est où les hauts-fourneaux ne brûlent plus.

Dans ce livre, à fort contenu social, l’auteur décrit avec justesse une époque, celle des années 90 et la vision d’une jeunesse qui doit trouver son chemin dans un monde qui meurt. Anthony rêve de sortir avec la plus belle fille du lycée, mais il doit se contenter de quelques flirts avec des filles du quartier. Il se rend compte que le monde n’est pas équitable, il y a des signes distinctifs entre les individus, une hiérarchie aussi. Anthony essaye de fuir ce monde des gagne-petit, des hommes épuisés par leur travail et des femmes fanées à vingt-cinq ans. Mais est-il vraiment possible d’échapper à sa condition sociale ? Avec une écriture pleine de finesse et non dénuée d’humour, Nicolas Mathieu livre une brillante analyse sociologique où cohabitent la nostalgie et le déclin, la résignation et la rage. Prix Goncourt 2018. Membre : France Cette suggestion est proposée par un lecteur du Pays de Romans – France, membre du club de lecture Troquez vos Irrésistibles et partenaire du Club Les Irrésistibles des Bibliothèques de Montréal. Mathieu, Nicolas. Leurs enfants après eux, Éditions Actes Sud, 2018, 425 pages.

Prendre refuge

Énard, Mathias

Prendre refuge BD

C'est en fermant les yeux que je parviens le mieux à retrouver les images en noir et blanc et les impressions laissées par cette bande dessinée magnifique...

Une expérience visuelle et physique que ce voyage à travers deux époques, deux pays, deux histoires qui se relient par un chant d'amour incommensurable à la terre, au ciel, à la beauté, aux hommes, au souffle de vie et par l'effroyable bruit de la guerre destructrice. 1939, à Bayman, Afghanistan, deux femmes s'émerveillent devant les Bouddhas. La Seconde Guerre mondiale éclate. 2016, à Berlin, un homme rencontre une femme, réfugiée syrienne. Il lui apprend l'allemand. Dans le ciel, les constellations brillent, elles semblent là depuis la nuit des temps. Pourtant, parfois une étoile s'éteint, quand des statues explosent, quand deux amoureux se disent adieu... Zeina Abirached, extraordinaire de talent, tisse par ses dessins un lien bouleversant entre ces deux histoires : « Je lis le ciel avec mon doigt, comme des points à relier, des chemins à prendre, des êtres à rejoindre. » Car Prendre refuge, au-delà de l'enseignement bouddhiste, me paraît un message universel. Un vrai bonheur de retrouver la dessinatrice du Piano oriental (2015) ! Illustrations : Zeina Abirached. Membre : France Cette suggestion est proposée par un lecteur du Pays de Romans – France, membre du club de lecture Troquez vos Irrésistibles et partenaire du Club Les Irrésistibles des Bibliothèques de Montréal. Énard, Mathias. Prendre refuge, Éditions Casterman, 2018, 341 pages.
pas touche!!!