06/08

Le Billet de la semaine

Bonjour à vous toutes et à vous tous,

En 2006, Elizabeth Gilbert publiait Eat, Pray, Love : One Woman's Search for Everything Across Italy, India and Indonesia, traduit deux ans plus tard en français sous le titre Mange, prie, aime. Succès international et adaptation cinématographique en 2010 avec Julia Roberts dans le rôle principal.

Toujours aux éditions Calmann-Lévy, vient de paraître Au bonheur des filles / City of Girls qui connaîtra assurément la même carrière. Si je me suis laissé tenter par la lecture de ce roman, c’est surtout pour son contexte historique. Je me suis aussi demandée si je n’étais pas en manque, la saison théâtrale ayant pris fin abruptement à la mi-mars au Québec comme nous le savons… Alors quand j’ai su que le roman d’Elizabeth Gilbert se déroulait en partie au Lily Playhouse, une salle de spectacle en plein cœur de Manhattan, j’ai trouvé là une occasion de plonger dans un milieu que j’affectionne tout particulièrement.

Je ne vous donne que le point de départ de cette histoire qui se décline sur 429 pages et qui comporte de nombreux personnages, plus colorés les uns que les autres. La narratrice, Vivian Louise Morris, une femme indépendante et audacieuse, s’adresse à une certaine Angela pour lui raconter sa vie, de son arrivée à New York à l’été 1940 jusqu’en 2010. Nous découvrirons, au fil du récit, ce qui lie les deux femmes.

Vivian était alors, comme elle le dit elle-même, « une jeune écervelée de 19 ans » qui étudiait au Vassar College. Enfin, c’est vite dit, car elle n’avait suivi aucun cours durant la session. Ne sachant plus quoi faire de leur fille, Edouard et Louise Morris avaient décidé de l’envoyer à New York chez sa tante Lily – appelée par tous Peg – propriétaire du fameux Lily Playhouse qui offrait deux représentations par soir dans le but de divertir une clientèle peu fortunée, surtout composée de gens du quartier.

Bien accueillie par tous les membres de la troupe, Vivian s’était rapidement fait amie avec une très jolie fille du même âge qu’elle, Celia Ray, l’une des « showgirls » de la revue du Lily Playhouse. Il y avait également Gladys, répétitrice de ballet et danseuse, Benjamin Wilson, pianiste et auteur-compositeur, Donald Herbert, dramaturge engagé pour écrire de courts sketches, et quelques autres.

Celle qui tenait de main de fer les cordons de la bourse s’appelait Olive Thompson. Lily et elle se connaissaient depuis 1917, toutes deux ayant été infirmières pour la Croix-Rouge durant la Première Guerre mondiale. Secrétaire du Lily Playhouse, Olive n’avait pas la tâche facile, devant constamment rappeler à tout ce beau monde que le théâtre ne roulait pas sur l’or.

Peg proposa à Vivian d’occuper, à l’un des étages du Lily Playhouse, la chambre de Billy Buell, son oncle et le mari de Peg, qui ne venait plus que rarement depuis leur séparation en 1935. Comme elle avait appris la couture avec sa grand-mère paternelle, on lui attribua, à son plus grand plaisir, le titre de « costumière en chef du Lily Playhouse ». Vivian se sentait enfin à sa place et surtout utile.

Grâce à Billy, les finances du théâtre se remplumèrent et la clientèle se diversifia. Pour dépanner Peg, il avait accepté de leur écrire une pièce de théâtre intitulée New York est une fête – petit clin d’œil à Hemingway et son fabuleux Paris est une fête ? Succès immédiat, bonnes critiques, certains soirs, on affichait même complet. Il est vrai que les membres de la troupe pouvaient compter sur la présence irrésistible de la grande comédienne britannique Edna Parker Watson, amie de longue date de Peg, à qui on avait attribué le rôle principal.

Printemps 1941. À la suite d’un scandale qui impliquait plusieurs personnes du Lily Playhouse, Vivian n’eut d’autres choix que de retourner à Clinton chez ses parents. Mais que s’était-il donc passé de si répréhensible pour que, du jour au lendemain, elle doive partir ? Finies les soirées arrosées qui se terminaient au petit matin, les amours multiples, la camaraderie, la vie trépidante de cette ville qui ne dormait pour ainsi dire jamais. Que lui arrivera-t-il ? Devra-t-elle retourner aux études ? Travailler ? Se caser ? Prendre mari ? Vous me voyez venir… Eh oui ! Pour le savoir, il vous faudra lire Au bonheur des filles.

Même si Elizabeth Gilbert ne manque pas d’imagination, le style est, disons, ordinaire, tandis que certaines intrigues traînent en longueur. Par contre, les femmes mises de l’avant par l’auteure ont été avant-gardistes, en majorité du moins, avaient du caractère et ne craignaient pas de s’affirmer.

La traduction de Christine Barbaste m’a empêchée d’apprécier à sa juste valeur ce récit, par ailleurs, fort bien documenté. J’avais l’impression, par moments, que l’action se déroulait non pas aux États-Unis mais en France. Jugez-en par vous-mêmes : clabauderie, faire du gringue, sensass, plumard, goguette, chambard, diantre, pochtron, nénette, berzingue, gourgandine, gaudriole, tirer une taffe, etc. Si vous lisez l’anglais, de grâce, allez à la version originale !


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Je vous souhaite de très belles découvertes et à la semaine prochaine,

Marie-Anne


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Eleanor Oliphant va très bien

Honeyman, Gail

Eleanor Oliphant va très bein

La vie adulte de celles et ceux qui ont vécu une enfance difficile peut intriguer. Pour eux, il y a eu les familles d’accueil et, sans avertissement, il a fallu voler de ses propres ailes. Quelle fut l’enfance difficile d’Eleanor ? Bonne lecture !

Titre original : Eleanor Oliphant is Completely Fine Membre : Saint-Eustache Honeyman, Gail. Eleanor Oliphant va très bien, Éditions Fleuve, 2017, 430 pages.

Ghost in the Shell : Stand Alone Complex, vol. 1 à 5

Kinutani, Yu

Ghost in the Shell manga 1 à 5

Ghost in the Shell est une histoire policière avec beaucoup de drames humains se déroulant dans un environnement post-cyberpunk. Habituellement, un anime est basé sur un manga, mais exceptionnellement, dans ce cas-ci, c'est le contraire : la série télévisée animée est venue en premier (en 2002-2005) et ce manga est une adaptation très fidèle d'une sélection de cinq épisodes (sur les cinquante-deux de la série télévisée).

Le manga seinen de Ghost in the Shell : Stand Alone Complex a d'abord été publié en série dans Weekly Young Magazine (décembre 2009-mars 2010) puis dans Gekkan [mensuel] Young Magazine (avril 2010-décembre 2012) avant d'être compilé en cinq volumes chez Kodansha. Il a été traduit en anglais chez Kodansha Comics (2011-2014) et en français chez Glénat (2013-2014).

J'aime bien Ghost in the Shell en général parce que c'est une excellente histoire cyberpunk : les gens peuvent obtenir des cyber-améliorations, l’Internet (le « réseau ») est partout et peut être utilisé de manière inimaginable. L'histoire a également de forts aspects sociaux et politiques, car elle donne un aperçu d'un avenir techno-dystopique fascinant (ce qui semble populaire au Japon). Dans ce contexte, le « ghost » [fantôme] se réfère à l'aspect de l'esprit qui le rend unique et conscient de soi (l'âme), même lorsqu'il est numérisé et téléchargé sur un cyber-cerveau ou sur le Net, la « shell » [coquille] est le corps (biologique ou cybernétique) et les « standalones » [autonomes] sont ceux qui « restent en dehors du système » (les non cyber-améliorés).

Cependant, je préfère la série Stand Alone Complex (SAC) (à la fois l’anime et le manga) parce que je pense qu'elle offre de meilleurs designs (principalement pour les personnages) et une narration plus solide (le format de série télé est plus propice au développement des personnages et du scénario). Les deux films d'animation (réalisés par Mamoru Oshii) étaient géniaux mais vraiment trop philosophiques. En contournant l'arc narratif du « maître des marionnettes », SAC est en mesure de nous en dire plus sur le personnage principal, le major Motoko Kusanagi, et de développer son histoire de manière plus intéressante.

De même, le manga original de Masamune Shirow est superbe, mais le dessin est trop détaillé et l'histoire trop complexe pour être facilement appréciée. L'art de Shirow manque également de cohérence, ayant l'air parfois très sérieux et parfois (pour être humoristique) assez caricatural. Avec ce nouveau manga de Yu Kinutani, l'art est plus propre, plus sérieux et plus stable tout en étant suffisamment développé. C'est donc beaucoup plus agréable visuellement. La narration et la mise en page suivent de près la série télévisée (ajoutant souvent même plus de scènes pour rendre l'action plus facile à suivre dans un médium statique), ce qui donne presque l'impression d'un « story-board ».

Chaque volume du manga est l'adaptation d'un épisode de la série animée. Le premier raconte l'histoire de l'épisode 1 « Section 9 », le vol. 2 couvre l'épisode 2 « Testation », le vol. 3 raconte l'épisode 7 « Idolater », le vol. 4 concerne l'épisode 14 « ¥ € $ » et le vol. 5 nous présente l'épisode 13 « Pas égal ». Les volumes 1 et 4 comprennent également trois histoires courtes bonus du manga Tachikoma Days de Masayuki Yamamoto. Ce sont des épisodes amusants impliquant les blindés arachnoïdes (« think tanks ») dotés d'intelligence artificielle appelés Tachikoma – faisant ainsi écho aux capsules vidéo à la fin des épisodes de la série télévisée.

Un aspect agaçant de Ghost in the Shell (principalement pour les féministes et les personnes qui ne connaissent pas la série) est la façon dont le major s'habille : de manière très provocante et sexy. Cela fait bien sûr partie du « fan service » (pour plaire et alimenter les fantasmes des fans), mais le personnage a également une bonne raison de le faire. Un corps entièrement cybernétique (même s'il a une forme féminine généreuse) a une apparence un peu froide et asexuée et, donc, le major porte des vêtements très séduisants pour revendiquer et exprimer sa féminité. J'imagine qu'elle pourrait penser quelque chose comme « avec un corps comme celui-ci, c'est mieux de le montrer » ou peut-être, se sentant un peu comme une poupée, elle veut s'habiller comme telle. Cela offre aussi un élément de surprise : personne ne s'attend à ce que quelqu'un qui s’habille comme cela soit aussi forte et agressive !

Finalement, ma plus grande déception à propos de ce manga est qu'il ne comporte que cinq volumes. Je suppose qu'il aurait fallu trop de travail et de temps pour adapter les cinquante-deux épisodes de la série télévisée. C'est vraiment dommage ! Cependant, si vous en voulez plus, il vous reste toujours la série télévisée – qui a également été complétée par trois romans (disponibles chez Dark Horse), deux OVAS (Original Video Animation) (The Laughing Man, Individual Eleven) et un film (GITS : SAC – Solid State Society)…

Je suis déjà un grand fan de Ghost in the Shell et d'histoires cyberpunk en général, mais j'aime particulièrement cette série de mangas, car elle propose des designs et des dessins puissants, une excellente narration et constitue une lecture facile (ce qui est un baume comparé au manga original). C'est assez agréable à lire si vous aimez les histoires d'investigation avec beaucoup d'action (parfois assez violente), des thèmes socio-politiques riches et qui se déroulent dans un futur cyberpunk.

Je dois avouer que cela fait longtemps que je n'ai pas pris autant de plaisir à lire un manga. Je le recommande fortement !

Titre original : Stand Alone Complex / Koukaku Kidoutai S.A.C. / lit. « Police anti-émeute blindée mobile SAC » Pour lectorat adolescent (13+). Membre : Claude J, Villeray-Saint-Michel-Parc-Extension Kinutani, Yu. Ghost in the Shell : Stand Alone Complex, vol. 1 à 5, Éditions Kodansha Comics, 2016, 288 pages.

Ici n'est plus ici

Orange, Tommy

Ici n'est plus ici plus petit format

À Oakland, dans la baie de San Francisco, les Amérindiens ne vivent pas dans une réserve, mais dans un univers façonné par la rue et par la pauvreté, où chacun porte les traces d'une histoire douloureuse. Pourtant, tous les membres de cette communauté disparate tiennent à célébrer la beauté d'une culture que l'Amérique a bien failli engloutir.

À l'occasion d'un grand pow-wow, douze personnages, hommes et femmes, jeunes et moins jeunes, vont voir leurs destins se lier. Ensemble, ils vont faire l'expérience de la violence et de la destruction, comme leurs ancêtres tant de fois avant eux.

La très belle plume de Tommy Orange m’a envoûtée et j’ai été touchée par les portraits de ces différents Amérindiens. Un récit habilement construit avec des chapitres courts, une tension qui s’installe peu à peu et un dénouement qui apporte son lot d’émotions.

Titre original : There There Membre : France Cette suggestion est proposée par un lecteur du Pays de Romans – France, membre du club de lecture Troquez vos Irrésistibles et partenaire du Club Les Irrésistibles des Bibliothèques de Montréal. Orange, Tommy. Ici n'est plus ici, Éditions Albin Michel, collection Terres d’Amérique, 2019, 334 pages.

Isabelle l'après-midi

Kennedy, Douglas

Isabelle l'après-midi

Un premier amour ne s’oublie jamais. Sam, étudiant américain de 20 ans, fait un séjour à Paris. Il rencontre Isabelle à un lancement de livre. Elle est mariée et elle a 15 ans de plus que lui. Coup de foudre ! Ils se rencontrent pour des 5 à 7. Chacun reprend sa vie quotidienne dans son pays, mais ils se reverront…

Douglas Kennedy sait habilement parler du couple, du mariage, des liaisons. Il explore les mystères amoureux et spécialement la tendresse entre les êtres. C’est un excellent roman. Bonne lecture !

Titre original : Isabelle in the Afternoon Abonnée : bibliothèque Germaine-Guèvremont Kennedy, Douglas. Isabelle l'après-midi, Éditions Belfond, 2020, 312 pages.

Ivresse de la métamorphose

Zweig, Stefan

Ivresse de la métamorphose

Ce roman inachevé et posthume de Stefan Zweig est admirablement bien écrit et tout aussi bien traduit. Le roman raconte l’histoire de Christine, une jeune Autrichienne, de moyens très modestes, qui travaille pour les Postes de l’Autriche.

Elle mène une vie réglée comme du papier à musique entre, d’une part, son travail abondamment monotone et sans surprise ni défi et, d’autre part, sa mère âgée et malade, qui est source d’inquiétudes de tous les instants. Rien ne peut arriver à cette jeune fille quand, un jour, un télégramme en provenance d’une tante très riche l’invite à passer des vacances auprès de cette fortunée famille, dans un hôtel très luxueux de Suisse. C’est alors que Christine découvre le luxe, l’argent, la vie facile, la société bourgeoise… au point de ne plus vouloir revenir chez elle. Toutefois, elle découvre aussi toute l’importance du matériel, des qu’en dira-t-on… et de l’art de sauver les apparences à tout prix.

Je ne vous en dis pas plus sur l’histoire. Il faut absolument lire ce roman, pour la qualité de l’écriture, des descriptions de paysages, de sentiments… tellement bien écrit qu’on a le goût d’étirer la lecture pour faire durer le plaisir. À lire et à relire…

Titre original : Rausch der Verwandlung Membre : Outremont Zweig, Stefan. Ivresse de la métamorphose, Éditions Belfond, 1982, 240 pages.

Cette oeuvre a déjà été suggérée par le Club des Irrésistibles, lire ici.

La Sphère d'Or

Cox, Erle

La Sphère d'Or

La Sphère d'Or / Out of the Silence est un roman de l’auteur australien Erle Cox. Il a d’abord été publié en feuilleton dans le journal The Argus (120 épisodes en 1919), puis sous forme de livre en 1925. Il a connu une édition américaine en 1928 et, l’année suivante, une première traduction française (par Richard de Clerval) est parue dans la collection Le Masque.

Ce roman de science-fiction raconte l’histoire d’Alan Dundas, un jeune fermier australien qui, dans les années 20, découvre un grand bâtiment sphérique enterré dans son champ – fait d’une sorte de ciment très résistant qui est, nous le découvrirons vers la fin du récit, une forme d’or. Astucieux, il réussit non seulement à en trouver la porte, mais également à déjouer tous les pièges qui protègent un précieux trésor : plusieurs galeries concentriques exposent tout le savoir (artistique, technique, médical, littéraire, etc.) d’une civilisation ayant disparu dans un cataclysme il y a plusieurs millions d’années. Au centre, dans une sorte de « temple », il découvre une sphère de cristal où git une femme d’une grande beauté qui se révèle être en « animation suspendue ».

Grâce à un livre illustré qui explique comment la réveiller – et à l’expertise de son ami médecin, le Dr Dick Barry – Alan la ramène à la vie et en tombe immédiatement amoureux. Il venait tout juste de commencer à courtiser la jeune Marian Seymour lorsqu’il est subjugué par la fascinante Hiéranie, mais cette relation romantique naissante sera vite oubliée. L’amour pur de Marian réussira-t-il, dans un dénouement digne d’un drame shakespearien, à sauver le monde ?

On ne peut pas vraiment reprocher à l’ouvrage son sexisme considérant l’époque à laquelle il a été écrit : tant dans la société australienne du début du vingtième siècle que dans le monde de Hiéranie, la femme est très peu considérée. Pourtant, la relation de pouvoir entre Alan et Hiéranie est inversée puisque c’est cette dernière qui domine la relation. De plus, la bonne société de la petite ville de Glen Cairn semble contrôlée en arrière-plan par les femmes… Cox était peut-être en avance sur son temps…

Par contre, le racisme exprimé par le récit est quant à lui tout à fait impardonnable (quoique, encore une fois, compréhensible pour l’époque). Dans le monde de Hiéranie, les races de couleur ont été éliminées dans un grand génocide et avec une politique eugéniste stricte, car elles étaient inférieures en tous points. « Elles pouvaient imiter et non créer. Elles se multipliaient beaucoup plus rapidement […] et partout elles exigeaient comme un droit l’égalité pour laquelle elles n’étaient pas faites. » (p. 203) Barry semble s’objecter, mais Alan acquiesce : « Je pense que le monde serait meilleur et plus propre si quelques-unes de ses races en venaient à s’éteindre. » (p. 210) et il cite les Turcs en particulier – ce qui est compréhensible, car la défaite de Gallipoli a laissé aux Australiens des séquelles importantes qui ont perduré.

Je note que l’oeuvre de Cox a presque une qualité prophétique lorsqu’il décrit la technologie de Hiéranie (télévision, CT-scan) ou l’avenir de la planète (qui évoque vaguement le nazisme et la Seconde Guerre mondiale pourtant presque deux décennies d’avance). Je me dois aussi de remarquer que la traduction comporte plusieurs erreurs grammaticales et typographiques. J’ai, par contre, bien aimé le style vieillot de l’ouvrage (normal, considérant son âge) et surtout l’utilisation d’une langue qui évoque les vieux films français (je n’ai pas pu lire la version anglaise, mais j’imagine que la traduction reflète le style original). Toutefois les épithètes sucrées qu’utilisent les protagonistes amoureux pour s’interpeller me semblent bien exagérées.

Évidemment, la lecture de cet ouvrage me confirme que La Nuit des temps de René Barjavel offre de grandes similitudes avec La Sphère d’Or. Celui-ci l’a définitivement « inspiré » ou « influencé » et les similitudes sont si grandes que certains l’ont même accusé de plagiat. Je me souviens d’avoir lu que Barjavel avait commencé à écrire La Nuit des temps comme un scénario de film et, le projet étant tombé, il en a ensuite fait un roman. Peut-être que son scénario était une adaptation de La Sphère d’Or et que, par la suite (l’éditeur jugeant possiblement qu’il y avait assez de différences entre les récits), le crédit pour Cox a été « oublié » ? Quoiqu’il en soit, les deux romans sont bons et chacun est assez original à sa façon pour que l’on prenne plaisir à lire les deux indépendamment.

Par son récit crédible, qui nous offre une histoire à la fois fascinante et captivante, remplie d’éléments intéressants, La Sphère d’Or constitue une bonne lecture. À lire !

Pour lectorat adolescent (14+). Titre original : Out of the Silence Membre : Claude J, Villeray-Saint-Michel-Parc-Extension Cox, Erle La Sphère d'Or, Éditions Terre de Brume, collection Terres Mystérieuses, 1925, 2008, 360 pages.

Le Pays des autres

Slimani, Leïla

Le Pays des autres Slimani

Mathilde est Alsacienne, synonyme de l’envahisseur et de l’exploitant, pour le Maroc où elle va vivre avec Amine, son mari. Installée à la ferme familiale, terre aride près de Meknès, Mathilde découvrira que sa vie n’a rien d’excitant même si dans les lettres à sa sœur, pour rendre celle-ci jalouse, elle présente une image idyllique de sa vie marocaine.

Dans un contexte musulman où la femme est un être secondaire soumis à son mari et aux hommes, Mathilde gardera quand même un sens européen de liberté tout en s’adaptant. Aïcha, sa fille, élève brillante, éduquée par des religieuses catholiques, est une enfant très pieuse, mais elle doit garder sa ferveur secrète dans ce pays musulman. Amine, le mari, est déchiré entre son goût pour la liberté européenne et les traditions de son pays.

Slimani décrit bien la vie difficile de cette famille aux relations tourmentées et aux conflits personnels intérieurs. Ses descriptions de l’atmosphère et des divers milieux : médina, quartier européen, campagne, sont imagées et nous font bien sentir l’ambiance qui y règne.

Un livre intéressant, qui se lit bien, mais comme le disait Nathalie Collard dans son article de La Presse « on n’a pas été touchée par le destin de Mathilde et d'Amine. »

Membre : Westmount Slimani, Leïla. Le Pays des autres, Éditions Gallimard, 2020, 366 pages.

Le Sourire de la petite juive

Farhoud, Abla

Le Sourire de la petite juive Farhoud

Je veux remercier les membres du Club des Irrésistibles pour cette référence. Même pour les lecteurs qui n'habitent pas à deux pas de la rue Hutchison comme moi et qui ne croisent pas quotidiennement des juifs hassidiques, ce livre est charmant.

Écrit en langue québécoise noble et colorée (par une Libanaise), le roman nous présente les résidants de la rue, côté Mile End et côté Outremont. Colorés, eux aussi, et pas seulement au niveau de la peau.

Pour connaître les gens de Montréal, c'est un livre que je recommanderais. Un petit bijou !

Membre : Outremont Farhoud, Abla. Le Sourire de la petite juive, Éditions VLB, 2011, 216 pages.

Cette oeuvre a déjà été suggérée par le Club des Irrésistibles, lire ici.

Les Sauvages

Zlotowski, Rebecca

Les Sauvages série TV

Adaptation des romans de Sabri Louatah, la réalisatrice Rebecca Zlotowski propose une série en six épisodes qui explore les thématiques de l’identité française et de l’immigration. Dans Les Sauvages elle choisit aussi de mêler le thriller judiciaire à la saga sentimentale pour mieux croiser les destins des familles Nerrouche et Chaouch.

Cependant, après deux premiers épisodes particulièrement convaincants, tendus et haletants à souhaits, la série a tendance à un peu se déliter. La réalisatrice prend soin de ne jamais répondre explicitement à l’appartenance du titre. Qui sont les véritables sauvages ?

L'ensemble est toutefois servi par un superbe casting : Roschdy Zem, Marina Foïs… et la révélation du rappeur Sofiane Zermani alias Fianso !

Membre : France Cette suggestion est proposée par un lecteur du Pays de Romans – France, membre du club de lecture Troquez vos Irrésistibles et partenaire du Club Les Irrésistibles des Bibliothèques de Montréal. Zlotowski, Rebecca. Les Sauvages, Série française, 2019.

Libération

Márai, Sándor

Libération

Oui, je connais Sándor Márai et c’est exact que l’on peut le comparer à Stefan Zweig. Mais j’ai surtout apprécié, car complètement différent, Libération qui raconte ce qu’a été la libération de Budapest à la fin de la Deuxième Guerre mondiale, quand les Russes approchaient de la ville et que les milices fascistes tenaient celle-ci. La population est restée terrée dans les caves pendant trois mois.

Avec une grande économie de mots, l’écrivain rend le climat étouffant, l’angoisse de l’inconnu et vous ne pouvez quitter le livre tellement vous aussi êtes pris à la gorge par son récit.

Titre original : Szabadulás Membre : Belgrade Márai, Sándor. Libération, Éditions Albin Michel, collection Les Grandes traductions, 2000, 2007, 222 pages.

Cette oeuvre a déjà été suggérée par le Club des Irrésistibles, lire ici.

Ma dévotion

Kerninon, Julia

Ma dévotion

Récipiendaire du prix littéraire du Monde 2018 et du prix Fénéon 2019, ce roman est un long monologue. Helen rencontre par hasard, après 23 ans de silence, son grand ami Frank.

Son monologue, écrit à l’intention de Frank, à qui elle s’adresse directement, nous permet de suivre le parcours de deux personnages très différents que la vie a réunis dès leur jeune âge. Helen veut mettre les choses au clair. Elle, qui a toujours beaucoup donné dans cette relation, plus que Frank, raconte l’histoire de son point de vue.

Les chapitres sont concis, l’écriture fluide et l’auteure sait garder notre intérêt jusqu’à la fin. C’est une belle histoire d’amour, pas à l’eau de rose, au contraire, complexe et remplie de surprises. Un coup de cœur !

Une belle découverte et merci à Gisèle, notre animatrice du club de lecture, pour cette suggestion.

Membre : Westmount Kerninon, Julia. Ma dévotion, Annika Parance Éditeur, 2018, 311 pages.
pas touche!!!