03/09

Le Billet de la semaine

Bonjour à vous toutes et à vous tous.

Bienvenue aux nouveaux membres !

J’espère que vous allez bien… Comment vous remercier de toutes ces belles suggestions ?

Une très belle fin de semaine et à vendredi prochain,

Marie-Anne

Colette, La vagabonde assise

Dufour, Hortense

Colette (Gabrielle) est née le 28 janvier 1873 dans « la maison au perron qui boîte » au village de Saint-Sauveur-en-Puisaye, en Bourgogne. Fille de Sido (Sidonie Landois) femme moderne pour son temps et du capitaine Jules-Joseph Colette. Après une enfance heureuse, Colette rencontre adolescente Henri Gauthier-Villars, dit Willy, avec qui elle se marie en 1893. Auteur de romans populaires, il a un « atelier de nègres ». Colette se joint au groupe. Willy lui propose d’écrire ses souvenirs d’écolière en mettant du piquant et du patois. « Claudine » est née. Les livres sont publiés sous le seul nom de Willy. Divorce et second mariage en 1912 avec le baron Henri de Jouvenel, rédacteur du journal Le Matin, avec lui, elle a une fille, Bel-Gazou. En 1935, elle rencontre Maurice Gaudeket, elle a 16 ans de plus que lui. Et un nouveau mariage. Colette a tous les dons et tous les vices ! Elle fait du théâtre, du Music-hall, du journalisme (Le Matin). Elle fait de la peinture, de la tapisserie, donne des conférences en France et en Belgique. Elle ouvre une boutique de produits de beauté, en face de l’Élysée, où elle accueille et conseille les clientes. Colette raffole des honneurs : en 1928, elle est reçue Grand officier et en 1936, Commandeur de la légion d’honneur. En 1945, elle est élue à l’Académie Goncourt. Colette aime les femmes, les hommes, sans oublier sa passion pour les bêtes. L’image de Sido, la mère irremplaçable, hante chaque texte. Le 3 août 1954 disparaît Colette. Ses obsèques civiles dans la cour d’honneur du Palais-Royal sont grandioses (le curé de Saint-Roch lui a refusé l’absoute). Une biographie des plus intéressante avec beaucoup de détails sur cette époque. Et pour connaître Colette de plus près, il faut aussi lire : Colette par elle-même de Germaine Beaumont et André Parinaud (Collection Écrivains de toujours, Le Seuil, 1954). Germaine Beaumont a été longtemps, la secrétaire de Colette au Matin; en plus des nombreux séjours passés ensemble à Rozven en Bretagne. Sylvie Durbet-Giono sera à Montréal à l’automne. Elle donnera une conférence sur son père Jean Giono le mardi 26 octobre, à 19h30, au Pavillon 3200 Jean Brillant de l’Université de Montréal.

Dans sa bulle

Myre, Suzanne

Je partage le point de vue du lecteur de Lachine qui n’a pas trouvé drôle le livre de Suzanne Myre. C’est, à mon sens à moi aussi, un livre malade.
27 août 2010 J'ai lu le commentaire sur le roman de Suzanne Myre et je trouve que le membre de Lachine est très sévère... Ce qu'il y a d'intéressant dans le roman, c'est la vie de l'hôpital et la présence de thèmes que je trouve chez Monique LaRue, comme la recherche du père, et dans bien d'autres fictions comme la série de Serge Boucher pour la télé... L'humour est très délicat à manier; la pudeur explique le ton badin des dialogues ou réflexions.
20 août 2010 Les histoires se passent dans la bulle d'un hôpital avec les employés, les patients et beaucoup de sarcasme. On ironise, on déblatère sur les patients et sur les employés, leurs manies, leurs amourettes. C'est supposé être un livre drôle, mais j'ai plutôt trouvé que c'était un drôle de livre « malade ». Livre que je n'ai pas aimé !

Dieu en personne

Mathieu, Marc-Antoine

Une bande dessinée en noir et blanc dans laquelle on fait le procès de Dieu qui s’est soudainement manifesté. Il est analysé selon plusieurs points de vue, avec des citations de grands auteurs (Flaubert, Descartes, Pascal, Sartre, etc.) mises dans la bouche des personnages. Recherche intéressante quelque peu philosophique et points de vue teintés d’humour sur notre société actuelle. Du sérieux qui ne se prend pas au sérieux. J’ai bien aimé.

Fatal Remedies

Leon, Donna

Ce roman est la huitième enquête du commissaire Brunetti. La vitrine d’une agence de voyage qui organise des voyages de tourisme sexuel est brisée en pleine nuit. Brunetti apprend que la personne responsable de ce vandalisme est sa propre femme, Paola. Ainsi commence ce roman plein de rebondissements. Les morts se multiplient. L'enquête progresse grâce au talent de la Signorina Elettra qui maîtrise l'art d'interroger les bases de données. Leon entraîne ses lecteurs dans une Venise dénuée de romantisme, où l'humidité fait peler les murs. Le pouvoir politique interfère avec le travail de la police, mais la police tourne les coins ronds avec le respect de la vie privée. En filigrane, Leon évoque une criminalité que les pays occidentaux commettent aux dépens du Tiers-Monde. C'est excellent. Le lire en anglais ajoute au plaisir. Traduit en français sous le titre L’affaire Paola (Éditions Calmann-Lévy, 2002).

Infrarouge

Huston, Nancy

infrarougeCette auteure nous a habitués aux chefs-d'oeuvre et elle nous en offre encore un ici. Et comme toujours chez Huston, on retrouve cette maîtrise et cette intelligence que très peu de romanciers possèdent aujourd'hui. Mais ce n'est pas un livre facile et c'est à l'image de toute son oeuvre. Le sujet qu'elle aborde ici peut paraître scabreux pour plusieurs. C'est l'histoire d'une jeune femme qui a décidé de vivre sa sexualité comme un homme le fait tous les jours de sa vie. Une femme qui regarde le corps des hommes comme les hommes le font, d'égale à égal. Et ce qui est magnifique dans ce roman, c'est que c'est une femme intelligente, d'une très grande sensibilité et qui décide d'avoir la force de vivre tout ce qu'elle a à vivre. Complexe et tellement riche. À lire, mais sans aucun doute à relire. Je ne saurais trop vous recommander l'entrevue que Nancy Huston a accordée à Christiane Charrette, le 31 mai dernier, à la radio de Radio-Canada. http://www.radio-canada.ca/emissions/christiane_charette/2009-2010/chronique.asp?idChronique=111998
Décidément, Nancy Huston n’en finira pas de me séduire. Son dernier livre est un véritable cri pour la féminité. Le personnage de Rena, photographe de la sensualité et de l’abandon des hommes au moment de l’orgasme, reste vivant dans notre mémoire. L’atmosphère du livre, mélange de gravité et d’ironie, l’intégration des rêves au récit, le parcours en Italie et surtout le parcours que font deux femmes et l’évolution de leur relation pendant un voyage d’une semaine font de ce livre un irrésistible. Encore, Madame Huston, encore, on ne se lasse pas de vos histoires!
4 juin 2010 Photographe, Rena, héroïne d’Infrarouge, relate une semaine à Florence en compagnie de son père et de sa belle-mère. Chaque journée fait l’objet d’un chapitre : on découvre les personnages un mardi pour les quitter le mardi suivant. On ne saurait imaginer trio plus disparate. Cultivée, passionnée d’art, curieuse intellectuellement, rebelle, Rena « traîne » littéralement ses compagnons jour après jour, souhaitant et espérant leur faire voir et sentir les splendeurs de Florence, sa beauté, qu’il s’agisse du Palazzo Pitti ou de la Maria Maddalena de Donatello. Peine perdue. Le père, ancien chercheur, est désabusé, usé, fatigué. La belle-mère, une touriste… achat de cartes postales et babioles de toutes sortes, voilà ce qui l’intéresse à Florence. Tout ce que Rena abhorre. Rena essaie donc de tirer son épingle du jeu et de faire contre mauvaise fortune, bon cœur. Seule, au gré de visites dans les musées - toutes les raisons sont bonnes pour les parents de ne pas l’accompagner - elle admire et étudie artistes, tableaux, couleurs, lumière. Chaque station devant une toile ou une sculpture est l’occasion pour elle de « flash back » de sa vie personnelle. Et c’est ici que le lecteur (la lectrice) suit l’auteure ou l’abandonne. J’ai suivi parce que je suis une inconditionnelle de Nancy Huston. Ce que Rena revit face aux différentes œuvres d’art pourrait être qualifié de pornographique. La fine écriture de madame Huston nous propose plutôt un érotisme débridé. Pas un seul tabou, tout est permis. Qu’essaie-t-elle de nous dire ? Ce que Rena photographie (pas nécessairement à Florence) est très explicite. Nancy Huston n’est pas une jeune auteure. Je suis intriguée. Pourquoi à ce stade de sa vie nous propose-t-elle ce genre d’écrit ? En revanche, ce que nous apprenons sur Florence, sur l’art, sur la richesse de cette ville est inestimable. Mais si je songe à L’empreinte de l’ange ou à Une adoration, entre autres, Infrarouge me laisse un peu sur mon appétit. Cela dit, comparer des œuvres d’un ou d’une auteure n’est peut-être pas une bonne idée. Je persiste et signe « À lire ».

Journal d’une année noire

Coetzee, John Michael

Cette année noire m'a fait passer quelques soirées remarquables en compagnie d'un vieil écrivain, celui-ci portant un regard sombre sur notre époque. La rencontre d'une jeune femme, à prime abord frivole et désinvolte, mais qui deviendra bientôt son assistante et amie, modifiera quelque peu sa perception du monde, tandis que l'amant de cette dernière tentera de s'emparer de la fortune de l'écrivain. Ce roman, divisé en trois parties, le point de vue de l'auteur, de la jeune femme et de son amant, résonne en des propos qui se font écho ou s’entredéchirent et ne peut laisser personne indifférent. C'est mon coup de cœur de l'été. Titre original : Diary of a Bad Year

Juno

Reitman, Jason

Très bon film qui est passé à Télé-Québec dernièrement. L’histoire d’une jeune fille de 16 ans qui tombe enceinte et cherche des parents adoptifs pour son enfant. Pas de drame, mais une jeune fille résolue et qui sait ce qu’elle veut. Bien sûr, dans la vie, tout ne se dénoue pas aussi simplement que dans ce film… À louer à la bibliothèque ou ailleurs.

L'énigme du retour

Laferrière, Dany

Enigme_retourVoilà un superbe livre, poétique, fignolé et émouvant, magnifiquement écrit, qui vient vous prendre dans vos contreforts et vous emmène dans le rêve et la réalité, dans les souvenirs et la vie au jour le jour, dans l'imaginaire et le banal quotidien. Chapeau !
19 février 2010 Coup de coeur parce que j'en aurais pris encore ! Livre très profond, teinté de candeur, très attachant. Je vais le relire pour la poésie, pour la façon unique dont l'auteur joue avec les mots.
29 janv 2010 Le narrateur, alter ego de l’auteur, apprend la mort de son père, exilé politique haïtien vivant à New York depuis un demi-siècle. « Entre naissance et mort, on s’est à peine croisés », écrit-il. Il retourne au pays où il n’a pas mis les pieds depuis trente-cinq ans. Parti d’un univers de glace monochrome, il se retrouve dans un monde de feu, aux couleurs infinies, à redécouvrir l’âme d’un peuple bouillonnant. Ce brusque pèlerinage provoque le reflux de souvenirs. Il souffre d’un exil du temps, celui de l’enfance, plutôt que d’un exil de l’espace. L’auteur est devenu un étranger chez lui. Un très beau roman d’introspection et de réflexion dans lequel le narrateur trouve enfin la paix avec lui-même, après s’être occupé de « celui qui lui a donné naissance » comme l’auteur l’écrit. Dans les circonstances actuelles, ce volume prend une place importante et Dany Laferrière demeure un grand monsieur digne d’admiration. Bonne lecture ! Membre : Germaine-Guèvremont
15 janv 2010 Quel livre magnifique que le dernier Dany Laferrière… Je l’ai lu d’un trait, mais je vais en reprendre la lecture, car ce livre m’a beaucoup touchée. Très belle écriture. Très gros coup de coeur. Membre : Île-des-Sœurs
8 janv 2010 Je recommande à toutes et tous le dernier roman de Dany Laferrière que j’ai reçu à Noël et que j’ai lu d’un trait : L’énigme du retour (Prix Médicis et Coup de coeur Renaud Bray). C’est un roman d’une grande profondeur, à la forme neuve et originale. Un livre grave et poétique qui m’a beaucoup touchée. Le livre commence ainsi : « La nouvelle coupe la nuit en deux. L’appel téléphonique fatal que tout homme d’âge mûr reçoit un jour. Mon père vient de mourir. » Suite à ce coup de fil, lui annonçant la mort de son père à New-York, l’auteur décide de rentrer au pays natal pour enterrer ce père qu’il a peu connu. « Des funérailles sans cadavre, une cérémonie intime qui ne concerne que lui et moi », écrit l’auteur. Son retour à Port-au-Prince, la ville rêvée durant ses trente-trois ans d’exil à Montréal dans l’interminable hiver n’est plus la même. Du balcon de sa chambre d’hôtel, il observe sa ville au bord de l’explosion et prend des notes avant de perdre la tête, intoxiqué par l’explosion de couleurs, d’odeurs et de saveurs tropicales. Il ne fait plus partie de ce paysage. L’auteur raconte aussi son séjour dans un bled perdu à Barradères, le village natal de son père, pour les funérailles. Il est entouré de gens d’un autre temps qui se sentent honorés de sa présence, car ils le confondent avec le dieu Legba, « celui qui vous permet de passer d’un monde à l’autre. » C’est le choc du retour. Membre : Ste-Dorothée
11 déc 2009 Un prix Médicis bien mérité à mon humble avis, pour son écriture remarquable et, bien sûr, pour ce que nous raconte ce roman d’une exceptionnelle sensibilité. Le décès son père le ramènera en Haïti auprès de sa mère à qui il doit apprendre le décès de son mari. À lire absolument ! Membre : Outremont
30 oct 2009 J’ai apprécié la lecture de L’Énigme du retour de Dany Laferrière. Un roman où se mêlent la prose et la poésie. Un texte souligné de phrases lapidaires qui obligent à un temps d’arrêt. Les thèmes donnent un regard sur la vie sans mièvreries, ni apitoiements malgré le décès du père qui ramène Laferrière en Haïti. À lire.
Voici mon coup de coeur poétique. Il raconte son arrivée à Montréal. Puis il part à New-York aux funérailles de Windsor, son père qu’il n’a pas beaucoup connu. Il retourne ensuite à Port-au-Prince pour rencontrer sa famille, sa mère, sa soeur, ses amis, son pays avec des yeux neufs et des souvenirs. Tout a changé, mais ses rêves n’ont pas changé. Poétique, grave, beaucoup d’observations, de réflexions sur le pays de maintenant et d’avant. Se cherche une identité. Magnifique. Membre : Ville Mont-Royal

La solitude des nombres premiers

Giordano, Paolo

solitude-des-nombres-premiersQuel beau roman, touchant, inédit, original et d'une belle écriture, simple et discrète, qui vous captive dès les premiers chapitres. Il vous accroche avec ses personnages hors du commun, gauches, surdoués et si maladroits quand il s'agit de sentiments. J'ai vraiment adoré l'histoire et son style d'écriture. Très belle découverte !
9 juillet 2010 J’ai beaucoup aimé ce livre. Les personnages hors de l’ordinaire sont très touchants, on aurait envie de les protéger. À la suite d’événements dramatiques, lui se réfugiera dans les sciences et elle, de son côté, s’infligera des souffrances que lui seul peut (peut-être) comprendre. Comme les nombres premiers, même s’ils s’éloignent parfois l’un de l’autre, ils ne peuvent être divisés… que par eux-mêmes. L’histoire est intrigante, l’écriture fluide : un très beau moment de lecture. Titre original : Solitudine dei numeri primi
9 avril 2010 Alice et Mattia ont tous deux vécu des drames dans leur enfance. Lui surtout, en partie responsable de la disparition de sa soeur jumelle, deviendra un marginal, à la limite de l'autisme de haut niveau. Alice aura des difficultés d'image corporelle avec des épisodes d'anorexie et de mutilation. Lorsqu'ils se rencontrent lors d'une fête quelques années plus tard, ils se reconnaissent une parenté et essaient d'établir un rapprochement, mais l'incapacité de Mattia de vraiment entrer en relation avec les autres rend les choses difficiles. Histoire fascinante et encore plus, si on a un intérêt ou une sensibilité pour tout ce qui concerne la santé mentale. Un roman qui laisse des traces longtemps. Titre original : Solitudine dei numeri primi Ce roman s'est mérité le prix Strega 2008.
25 déc 2009 Tout le monde a encensé ce roman. Il est vrai qu’il est fort bien écrit même dans sa traduction (sauf quand il dit [je cite de mémoire] : « … il était couché à côté d’elle, dans la même position, la cheville du pied gauche appuyée sur son talon droit »… essayez ça pour voir, vous m’en donnerez des nouvelles.) C’est une écriture moderne, vive, qui met en scène de jeunes personnages qui vivent des tourments liés à la solitude qui ne sont pas inintéressants, au contraire. Mais… Mais quelle froideur de style, d’écriture, de sentiments. Les mathématiques, l’algèbre, les nombres, les théorèmes prennent une place tellement importante dans la tête de Mattia qu’on n’est pas étonné que tout foire autour de lui. Je me dis alors : aye pépé, nous sommes presque en 2010. Réveille ! 18 déc 2009 Ce roman a fait l’objet de plusieurs commentaires positifs dans la chronique du Club des Irrésistibles, ce qui m’a incité à le lire. J’abonde dans le même sens que les commentaires parus. Ce fut un réel plaisir de lire ce roman. Une belle découverte ! Titre original : La solitudine dei numeri primi Prix Strega 2008 Membre : Outremont
27 nov 2009 Premier roman d’un jeune homme étudiant au niveau doctorat (physique théorique), ce livre vous prend au coeur, à la gorge. Deux personnages solitaires comme les nombres premiers, Mattia, (surdoué, inadapté social) et Alice, (boitillante, anorexique) ont vécu chacun des drames familiaux qui « sortent » de l’ordinaire. Ils éprouvent beaucoup de difficulté à réduire la distance qui les isole des autres et sont à la recherche d’affection. Très belle écriture, sobre, maturité étonnante dans l’analyse des caractères. J’ai dévoré en quelques heures ce livre envoûtant, bouleversant. Pur bonheur ! Candidat incontournable à notre prix littéraire. S.V.P. passez le message…
30 oct 2009 C’est le premier roman de cet auteur né en 1982. Il a gagné le prix Strega en 2008. Comment un auteur si jeune peut-il écrire une histoire avec tant de sensibilité et de connaissance des profondeurs de l’humain ? C’est une vieille âme, c’est certain. Il écrit « Les nombres premiers ne sont divisibles que par 1 et par eux-mêmes; soupçonneux et solitaires, certains possèdent un jumeau dont ils ne sont séparés que par un nombre pair. » On suit la vie de Mattia et d’Alice, de l’adolescence à l’âge adulte où leurs existences ne cesseront de se croiser, de s’effleurer et de s’éloigner dans l’effort d’effacer les obstacles qui les séparent. Je suis sous le choc encore et c’est un auteur que je vais suivre.
18 sept 2009 La beauté de ce roman ne réside pas tant dans l’histoire que dans l’écriture. C’est la première oeuvre d’un auteur italien qui est en train de préparer un doctorat en physique théorique et qui semble obsédé par les chiffres. Le titre réfère aux nombres premiers qui ne sont divisibles que par 1 ou par eux-mêmes. Ils ne peuvent s’approcher de leur jumeau car ils sont séparés par un nombre pair. Il décrit la vie de deux amis en souffrance. Lui est rongé par une culpabilité terrible car à cause de son indifférence, sa soeur jumelle est morte en bas âge. Il s’automutile et afin d’apaiser sa douleur, il se jette dans l’univers froid des mathématiques. Elle, victime d’un grave accident très jeune, reste boiteuse et meurtrie. Son refuge à elle, c’est l’anorexie. Ces deux êtres se croisent à plusieurs reprises, mais malheureusement, ils ne se rapprochent jamais tels les nombres premiers. Le style de Giordano est dénudé, froid, sans détail. Il décrit tout avec une troublante précision. C’est une histoire peu banale qui parle des difficultés de vivre et de communiquer quand on est différent. Extrait : « Alice vit Mattia se rapetisser devant elle. Il garda le silence et repassa mentalement le mode d’emploi pour respirer. »

Le vieux qui lisait des romans d’amour

Sepúlveda, Luis

Un vrai livre d'été court, écrit en gros caractères. On accuse les Indiens lorsqu'on découvre un homme assassiné dans une pirogue. Un hymne aux hommes d'Amazonie dont la survie est menacée. C'est vraiment mon coup de cœur de l'été. Titre original : Un viejo que leía novelas de amor

Les lettres chinoises

Chen, Ying

Ce tout petit roman, qui se lit en trois heures, est plein de poésie et de ce mélange de force et de fragilité que peut avoir la calligraphie. Échange de lettres entre deux jeunes gens de Shanghai dont l’un émigre à Montréal, il fait réfléchir sur les multiples facettes du déracinement et crée une tension qui ne se libère qu’à la dernière page. À la manière d’un bol tibétain, il laisse flotter dans nos têtes un son qui ne s’éteint pas.

Lorsque j’étais une oeuvre d’art

Schmitt, Éric-Emmanuel

Un jeune homme a deux frères, « les plus beaux du monde ». Il ne peut plus supporter cette beauté et veut se suicider; au moment de passer à l’acte, un artiste, Zeus-Peter, peintre et sculpteur, essaie de le convaincre de ne pas agir ainsi et lui demande un délai de 24 heures. C'est la première fois qu'on s'intéresse à lui mais l’artiste lui fait une offre bien étrange : feindre sa mort et ensuite accepter d’être transformé en sculpture vivante, d'où le titre du livre. Le jeune ne pouvait s'imaginer la difficulté de devenir un objet; c'est là le coeur du roman. Il voudrait fuir; il va rencontrer des êtres humains qui s'attachent à lui. Que va-t-il devenir ? L'intérêt de ce livre est cette opposition entre un artiste qui se croit tout permis et un jeune homme qui a renoncé à sa vie, mais qui le regrette. Une histoire qui fait réfléchir sur la vie humaine. Très intéressant.

Mille vies

Vézina, Denis

J'ai beaucoup apprécié cette nouvelle formule de roman électronique Mille Vies, écrit par Denis Vézina, d'autant plus que j'ai toujours dit que jamais dans cent ans, je ne lirais un roman sur écran. Bien que l'histoire de ce roman ne m'intéresse aucunement, j'ai adoré l'environnement. C'est très bien conçu. On attache beaucoup d'importance à certains détails comme la texture du papier, les illustrations. Mais ce qui est très intéressant, ce sont les hyperliens qui remplacent, somme toute, les notes en bas de page. Vous me permettrez une suggestion : paginer le livre. À quand un bon thriller dans le genre que je viens de commencer : Skin de Mo Hayder (2009, 2010) ?
27 août 2010 Mille vies est un roman feuilleton diffusé sur le Web. Il raconte l'histoire de Molly, une jeune femme parcourant l'Amérique du 19e siècle. Au cours des deux premiers épisodes, Molly doit quitter la famine d'Irlande et traverser l'Atlantique en direction de Grosse-Île. Au matin de la marche qui la mènera vers la traversée, sa petite sœur Nelly meure de la fièvre de famine. Sa mère en semble également atteinte et son père la supplie de partir avec ses deux frères et d’embarquer sans eux. Enfin arrivée en ville, Molly fait la rencontre d’un homme qui l’aide à s’embarquer, mais encore une fois, le destin s’acharne et son frère Will doit rester à terre, il est atteint de fièvre. Elle s’embarque donc seule avec son frère Dillon. Je me suis laissé emportée par l’histoire dès les premières lignes. L’écriture est convaincante et sensible, le rythme est soutenu et on sent l’intrigue qui pointe. L'auteur, Denis Vézina, nous offre un épisode par semaine qui, grâce à la technologie du Web, est augmenté en proposant des sujets à approfondir, des propositions de lecture, des vidéos et des illustrations splendides. De quoi nous tenir en haleine un bon moment!

Onze petites trahisons

Gruda, Agnès

onze-petites-trahisonsLa trahison, c'est la clé d'Agnès Gruda pour nous faire entrer dans un monde subtil d'émotions. J'ai beaucoup aimé ce recueil de nouvelles. Une belle découverte.
6 août 2010 Des nouvelles bien fignolées, agréables à lire, diversifiées par les personnages, mais inter-reliées par un fil conducteur : les trahisons parfois subtiles, parfois carrément lâches, parfois aussi à peine perceptibles. Belle écriture. Une auteure à lire et découvrir !
23 avril 2010 Voici mon dernier coup de coeur... Onze trahisons très différentes, émotives, étonnantes. Livre très bien écrit, intéressant qui m'a surprise par sa diversité. À lire à tout prix.

Un monde sans fin

Follett, Ken

Lecture moins enthousiasmante que celle de Les piliers de la terre (1989) qui l'avait précédée, je dois dire. D'abord parce que construire une cathédrale est plus mythique que construire un pont, si utile soit-il, ou refaire une tour écroulée de la dite cathédrale pour en faire une autre qui soit le plus haut sommet d'Angleterre. Dans ce deuxième volume, les marchands arrivent à échapper à l'autorité des moines, un premier pas vers le monde d'aujourd'hui. Intéressant au point de vue de la grande histoire, et aussi de la petite, vu l'évolution de la construction, de la médecine, de l'hygiène, des textiles, etc. que l'on découvre à travers la vie des personnages. Un peu long quand même... Titre original : World Without End
pas touche!!!