21/02

Le Billet de la semaine

Bonjour à vous toutes et à vous tous,

Est-ce que vous connaissez l’artiste canadien d’ascendance crie Kent Monkman ? Si vous désirez découvrir son travail, faites un saut du côté de la rue Sherbrooke au Musée McCord qui expose jusqu’au 5 mai 2019 Honte et préjugés : une histoire de résilience.

Monkman revient au McCord après y avoir présenté en 2014 son acrylique sur toile de 24 pieds intitulée Bienvenue à l’atelier, moment inoubliable !

Je précise tout de suite que sur la page d’accueil du musée figure la mise en garde « pour public averti ». Certains seront décoiffés par l’audace et les non-compromis de Monkman. Peut-on le lui reprocher ? Il était plus que temps de donner le point de vue des Premières Nations. Certains autres seront secoués, mais une chose est certaine : impossible de rester indifférents devant cette démarche personnelle et provocatrice.

Né en 1965, Kent Monkman ne cesse de mettre en scène le passé des peuples autochtones canadiens à travers son œuvre – souvent à partir de la vision des peintres européens du XIXe – tout en faisant apparaître son alter ego Miss Chief Eagle Testickle dans plusieurs de ses toiles.

Bien sûr, Kent Monkman est au centre de Honte et préjugés : une histoire de résilience, mais plusieurs artistes enrichissent la conversation tels Robert Harris, John Wycliffe Lowes Forester, Pierre-Quentin Chedel, George Catlin, Albert Bierstadt, Thomas Fuller… et quelques anonymes.

Le parcours, divisé en neuf thèmes, propose des installations, des tableaux, des objets dont des porte-bébés, mocassins et menottes. Il présente aussi le témoignage de prisonniers autochtones par des lettres et des dessins. Touchant !

Nous sommes interpellés par la réalité autochtone telle que Monkman la met en lumière : les enfants arrachés à leur famille pour être placés dans des pensionnats, les nombreuses incarcérations souvent sous de faux prétextes, les excès d’alcool, l’itinérance, les suicides… Et malgré cette douleur ressentie et ces injustices, Monkman réussit un tour de force : nous faire sourire à quelques occasions.

Tragédie il y a eu, humiliation également. Pourtant, les Premières Nations sont encore debout aujourd’hui à défendre leurs droits ancestraux.

Produite en 2017 par l’Art Museum de l’Université de Toronto, cette exposition est à mettre à votre agenda pour découvrir un peuple résilient.


Le lundi 25 février, à Radio VM (91,3 FM), de 17 h 45 à 18 h, dans le cadre de Culture à la carte, je m’entretiendrai avec Emmanuelle Jimenez, auteure de la pièce Cendres, présentée au Théâtre Prospero jusqu’au 9 mars 2019.

Lundi dernier, je recevais le metteur en scène Jean-Simon Traversy, venu nous parler de la pièce Le Terrier de David Lindsay-Abaire, présentée chez Duceppe jusqu’au 23 mars 2019.



Les Irrésistibles de Marie-Anne ont aussi leur page Facebook. Venez voir !

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En vous rendant sur la chaîne YouTube à l’émission Les Irrésistibles de Marie-Anne, vous pourrez entendre, à chaque semaine, mes commentaires et critiques de théâtre ou d’arts visuels.

Je vous souhaite de très belles découvertes et à la semaine prochaine,

Marie-Anne


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Cris

Gaudé, Laurent

Cris Gaudé

En mode rattrapage. Il était complètement passé sous mon radar, en 2001, ce roman. Un autre livre sur la Première Guerre mondiale. Mais quel livre tant par sa forme que son contenu ! Ce genre ne sera jamais épuisé.

Le contenu. Gros plan sur les tranchées, les tirs d’obus, la boue, les barbelés, la démence, les cris de la mort, la peur et le courage.

La forme. Roman polyphonique raconté du point de vue d’une dizaine de personnages. Les mots crépitent à la vitesse des coups de fusil, tonnent comme des obus et des explosions. Ils suintent, saignent, hurlent, déchirent la page.

Il a du souffle, Gaudé. Le souffle de la maudite guerre.

Membre : J. de Rosemont Gaudé, Laurent. Cris, Éditions Actes Sud, 2001, 125 pages.

Cette oeuvre a déjà été suggérée par le Club des Irrésistibles, lire ici.

De synthèse

Georges, Karoline

De synthèse

La narratrice est élevée dans une famille violente entre un père alcoolique et une mère qui subit et dénie ce qui se passe.

Pour survivre, elle se coupe du monde réel, elle passe sa vie à lire et à regarder la télévision. Elle crée un pont entre la réalité et la fiction, entre la vie et la mort.

Est-ce une littérature de l’imaginaire ? L’univers de ce roman est étrange. Les situations sont oppressantes, irréelles. De synthèse est inclassable. Une écrivaine à découvrir ! Prix littéraires du Gouverneur général, prix Jacques-Brossard de la science-fiction et du fantastique québécois, prix Arlette-Cousture, prix Aurora-Boréal – meilleur roman 2018. Membre : C’estDoris Georges, Karoline. De synthèse, Éditions Alto, 2017, 219 pages.

L'Archipel du Chien

Claudel, Philippe

L'Archipel du chien

Triste sujet, mais humour dans le portrait des personnages caricaturés habilement.

Tristes constatations sur le monde d’aujourd’hui, mais la finesse de certaines réflexions nous les rend plus faciles à digérer.

Il s’agirait d’une histoire de migrants, mais j’y ai surtout vu une satire de la société dont les principaux acteurs, le médecin, le curé, le maire, l’ivrogne, le pervers, le vieux etc., se dévoilent comme dans une pièce de théâtre et, finalement, leur trait commun serait plutôt la lâcheté.

Comme dit le chanteur : « Faut-il pleurer, faut-il en rire ». Gênant parfois !

Membre : N.L., Île-des-Soeurs Claudel, Philippe. L'Archipel du Chien, Éditions Stock, 2018, 288 pages.

Cette oeuvre a déjà été suggérée par le Club des Irrésistibles, lire ici.

L'Assassin des ruines

Rademacher, Cay

L'Assassin des ruines Premier tome d'une trilogie mettant en scène les enquêtes criminelles de l'inspecteur principal Frank Stave, dans le Hambourg d'après-guerre. Sa vie personnelle est vide, sa femme est morte et il est sans nouvelles de son fils depuis la fin de la guerre. Seuls son métier de policier et l’espoir de retrouver peut-être un jour son fils, l’aident à aller de l’avant. Sur les ruines de la ville quatre corps nus sont découverts : un homme, deux femmes et une fillette. L'inspecteur Stave se voit confier l'enquête dans une ville en reconstruction et sous protectorat britannique. Il se voit aussi adjoindre les services d'un autre policier allemand et un lieutenant britannique. Ce drôle de trio va apprendre à se connaître et essayer de dénouer une affaire qui s'avère fort complexe. Une histoire qui m’a touchée et que je ne peux que recommander pour la justesse des mots de l’auteur. C’est une excellente découverte ! Titre original : Der Trümmermörder Membre : France Cette suggestion est proposée par un lecteur du Pays de Romans – France, membre du club de lecture Troquez vos Irrésistibles et partenaire du Club Les Irrésistibles des Bibliothèques de Montréal. Rademacher, Cay. L'Assassin des ruines, Éditions du Masque, 2011, 2017, 331 pages.

La Plus que vive

Bobin, Christian

La Plus que vive Ayant été attristée par le décès fulgurant d’un homme de cinquante ans, conjoint d’une connaissance, j’ai pensé au livre si touchant de cet écrivain poète français qui a vécu un événement semblable, ce dont il parle dans La Plus que vive, en s’adressant à la femme qu’il aimait, Ghislaine, décédée subitement d’une hémorragie cérébrale à l’âge de 44 ans. Je l’ai relu et en voici quelques petits passages que j’ai trouvés particulièrement lumineux : « Il y a mille façons de parler aux morts […] comprendre que nous avions peut-être moins à leur parler qu’à les entendre, et qu’ils n’avaient qu’une seule chose à nous dire : vivez encore, toujours, de plus en plus, surtout ne vous faites pas de mal et ne perdez pas le rire. » « L’intelligence c’est l’amour avec la liberté [...] Le cœur de ceux que nous aimons est notre vraie demeure. » Une parole du poète Antonin Artaud : « Nous ne pouvons aimer personne sans le prendre automatiquement dans notre cœur […] donner du cœur à ceux que l’on aime sans jamais les ramener à soi, et comment donner du cœur pendant l’éternité ? La réponse chacun le sait […] c’est de maintenir tout le temps de sa vie l’inquiétude de la question. C’est de ne pas répondre mais demeurer éternellement à l’intérieur de la question, dansante, riante. » « La première neige a plané, frivole au-dessus de la terre froide […] est repartie légère, trois petits tours, des airs de danse, la neige est une enfant, l’amour est une enfant, la neige comme l’amour nous donne même stupeur blanche […] devant la neige nous sommes tous des enfants, devant l’amour nous sommes tous des enfants, devant la mort nous sommes tous des enfants […] elle apparaît, elle disparaît, elle réapparaît l’année suivante et elle a toujours le même âge, elle ne vieillit pas, tu lui ressemble désormais… » « Le passé n’est rien. Il n’y a que l’instant présent jusqu’à ce que celui-ci coïncide avec celui de notre mort. L’amour est encore la meilleure façon d’employer cet instant, une manière de séjourner auprès de ce que la vie a de plus faible et de plus doux. » « C’est entendu, Ghislaine, je continuerai à bénir cette vie où tu n’es plus, je continuerai à l’aimer, je l’aime de plus en plus, un tel amour se chante, à la claire fontaine […] les lauriers sont coupés […] j’irai quand même au bois les ramasser. » Membre : N.L., Île-des-Soeurs Bobin, Christian. La Plus que vive, Éditions Gallimard, collection l’un et l’autre, 1996, 102 pages.

Le Meurtre du Commandeur. 1, Une idée apparaît

Murakami, Haruki

Le Meurtre du Commandeur livre 1

À la suite de sa séparation avec sa femme, un jeune artiste s'installe dans la maison d'un célèbre peintre qui a dû la quitter pour des raisons de santé. Il rencontrera un riche voisin qui l'intrigue et qui le perturbera par sa présence. Ce faisant, il changera également sa façon de peindre, lui qui gagnait sa vie en étant portraitiste.

Échanges captivants sur l'art de peindre. Un climat fantaisiste s'installe avec un personnage qui se manifeste. Atmosphère curieuse, mais on ressent du suspense. On a hâte d'en savoir un peu plus dans le prochain volume. Déroutant !

Titre original : Kishidanchô Goroshi Le Meurtre du Commandeur. 2, La métaphore se déplace (Belfond, 2017, 2018, 480 pages). Membre : Laval-Vimont Murakami, Haruki. Le Meurtre du Commandeur. 1, Une idée apparaît, Éditions Belfond, 2017, 2018, 456 pages.

Cette oeuvre a déjà été suggérée par le Club des Irrésistibles, lire ici.

Les Apparences

Flynn, Gillian

Les Apparences

Pensez-vous vraiment connaître votre conjoint ? Ses envies, ses habitudes, ses passions, son passé, ses projets ? Vous doutez ? Prenez garde aux apparences, elles sont parfois trompeuses !

Nick et Amy forment un couple plutôt bien assorti, semble-t-il. La trentaine, l’un est journaliste, l’autre invente des questionnaires pour les magazines féminins. Ils vivent à New York, ont de l’argent, sont beaux, intelligents, drôles. Ils filent le parfait amour jusqu’au jour où Amy disparaît.

La police fait de Nick le suspect numéro un. Commence alors une incroyable enquête où l'on se fait mener par le bout du nez avant de découvrir l'ignoble vérité.

Roman psychologique, machiavélique à souhait, mais un bémol pour la fin que je trouve bâclée.

Titre original : Gone Girl Membre : France Cette suggestion est proposée par un lecteur du Pays de Romans – France, membre du club de lecture Troquez vos Irrésistibles et partenaire du Club Les Irrésistibles des Bibliothèques de Montréal. Flynn, Gillian. Les Apparences, Éditions Sonatine, 2012, 573 pages.

Cette oeuvre a déjà été suggérée par le Club des Irrésistibles, lire ici.

Lire Lolita à Téhéran

Nafisi, Azar

Lire Lolita a Teheran

À Téhéran, lire Nabokov, Fitzgerald, James, Austen, ce n’est pas facile, le faire découvrir à des étudiants et étudiantes encore moins.

Azar Nafisi, professeure, exilée depuis aux États-Unis, nous raconte cette prouesse… une occasion de découvrir ce pays si fermé qu’est l’Iran.

Ce livre, pour moi essentiel, est une sorte de livre gigogne qui nous montre le regard de ces lecteurs iraniens face à des auteurs importants de la littérature du monde de l’Ouest.

Lire Lotita à Téhéran m’a bouleversé et se lit aussi comme un roman à suspense. Titre original : Reading Lolita in Tehran Membre : bibliothèque Germaine-Guèvremont Nafisi, Azar. Lire Lolita à Téhéran, Éditions Plon, 2004, 387 pages.

My Absolute Darling

Tallent, Gabriel

My Absolute Darling

Turtle Alveston fait preuve de beaucoup de résilience. À 14 ans, elle se permet d’aller en forêt, seule, et d’errer de longues heures. Sa vie familiale est tout autre. Depuis le décès de sa mère, elle est sous le contrôle d’un père qui a des périodes imprévisibles de violence.

L’auteur ne manque pas de talent dans son écriture, mais il lui manque celui de bien ficeler une histoire dérangeante. Vous avez mieux à faire que de lire ce livre !

Titre original : My Absolute Darling Membre : Saint-Eustache Tallent, Gabriel. My Absolute Darling, Éditions Gallmeister, 2017, 2018, 464 pages.

Cette oeuvre a déjà été suggérée par le Club des Irrésistibles, lire ici.

Reviens

Benchetrit, Samuel

Reviens

Un livre que l'on dévore en très peu de temps. On le compare avec raison à un feu d'artifice. Ça n'arrête jamais. Ça part de tout bord, tout côté. C'est hilarant et intelligent. C'est surprenant. C'est excellent.

En quatrième de couverture : « Son fils est parti, son ex-femme le harcèle, son éditeur le presse, des mariées de téléréalité le fascinent, Pline l'Ancien le hante, un canard le séduit, une infirmière bègue le bouleverse... Bienvenue dans le monde tendre et poétique d'un écrivain en quête d'inspiration et d'amour. Un feu d'artifice tour à tour grave, hilarant et émouvant. »

Membre : Saint-Jean-sur-Richelieu Benchetrit, Samuel. Reviens, Éditions Grasset, 2018, 248 pages.

Cette oeuvre a déjà été suggérée par le Club des Irrésistibles, lire ici.

Si c'est un homme

Levi, Primo

Si c'est un homme

« Pas encore une histoire sur la Seconde Guerre mondiale, sur Auschwitz ? », me direz-vous. Eh oui ! Mais ça vaut le détour. D'abord, c'est un récit plus qu'un roman. Primo Levi a séjourné à Auschwitz durant l'année 1944. Il avait 24 ans.

À sa libération, il écrit ce récit qui sera publié en Italie en 1947. Sept autres éditions suivront celle-ci. C'est dire l'importance de ce témoignage. Il nous raconte par le menu tout ce qu'il a vécu au quotidien : la faim, le froid, le manque de solidarité, la souffrance morale et physique, l'absence d'espoir, les combines pour survivre au jour le jour, le marché noir, etc.

Deux extraits : « Nous voudrions faire observer à quel point le [camp] a été, aussi et à bien des égards, une gigantesque expérience biologique et sociale. Enfermer des milliers d'individus entre des barbelés, sans distinction d'âge, de condition sociale, d'origine, de langue, de culture et de mœurs, et soumettez-les à un mode de vie uniforme, contrôlable, identique pour tous et inférieur à tous les besoins : vous aurez là ce qu'il peut y avoir de plus rigoureux comme champ d'expérimentation, pour déterminer ce qu'il y a d'inné et ce qu'il y a d'acquis dans le comportement de l'homme confronté à la lutte pour la vie. »

« [...] si quelqu'un, par un miracle de patience et d'astuce, trouve une nouvelle combine pour échapper aux travaux les plus durs, un nouveau système qui lui rapporte quelques grammes de pain supplémentaires, il gardera jalousement son secret, ce qui lui vaudra la considération et le respect général, et lui rapportera un avantage strictement personnel ; il deviendra plus puissant, on le craindra, et celui qui se fait craindre est du même coup un candidat à la survie. »

Des réflexions comme celles-ci, il y en a plein. Un livre essentiel dans la vie de tout lecteur.

Titre original : Se questo è un uomo Membre : Saint-Jean-sur-Richelieu Levi, Primo. Si c'est un homme, Éditions Robert Laffont, collection Pavillons, 1947, 2017, 319 pages.

Cette oeuvre a déjà été suggérée par le Club des Irrésistibles, lire ici.

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