25/09

Le Billet de la semaine

Bonjour à vous toutes et à vous tous,

Tout le monde ou presque connaît Amélie Nothomb. Écrivaine belge et fille d’ambassadeur qui, depuis 23 ans, nous donne à lire un livre par année. De ce nombre, tout ne peut être d’égale teneur, vous en conviendrez. Avec son dernier opus, Pétronille (Albin Michel, 2014), l’auteure renoue avec des bulles pétillantes. Jouissif !
Mais qui avait déjà entendu parler de Pétronille Fanto ? Derrière ce nom on devine la romancière française Stéphanie Hochet, née le 20 mars 1975 à Paris, fille de parents communistes et prolétaires. Pétronille deviendra la « convigne » de beuverie d’Amélie – mot inventée par l’auteure car, précise-t-elle, « on ne peut employer le mot « compagnon » qui a pour étymologie le partage du pain » –.
Amélie et Pétronille se sont rencontrées lors d’une séance de signature, fin octobre 1997, à la minuscule libraire L’Astrée, située dans le XVIIe arrondissement. Elles ne se sont revues qu’en 2001, alors que Pétronille, alors âgée de 26 ans, publiait son 1er roman sous le titre Vinaigre de miel (probable transposition de Moutarde douce de Stéphanie Hochet). À partir de là, elles feront un bout de chemin ensemble, dont une virée assez épique à Londres et une autre dans une station alpine – scène mémorable qui, par contre, ne me donne pas du tout l’envie de skier avec Amélie Nothomb, à mon avis, un danger public –.
La première partie du roman est assez fidèle à la réalité, tandis que la deuxième nous amène dans la pure fiction, où l’imagination débordante d’Amélie Nothomb est, encore une fois, au rendez-vous. J’ai rigolé de bon cœur à plusieurs reprises. Amélie Nothomb m’a donné le goût d’aller jeter un œil du côté de l’œuvre de Stéphanie Hochet, écrivaine dont je n’ai encore rien lu.
Il n’en tient qu’à vous, maintenant, de décider si ce Pétronille est de la teneur d’un Dom Pérignon ou d’un champagne de moindre qualité !

Le samedi 27 septembre, à Radio VM (91,3 FM), dans le cadre de l’émission Entracte, je reçois John Zeppetelli, directeur général et conservateur en chef du Musée d’art contemporain (MAC), qui vient nous parler, entre autres, du compositeur de musique électronique et artiste visuel japonais Ryoji Ikeda et de l’édition 2014 de la Biennale de Montréal.

Première diffusion : le samedi de 12h30 à 13h, en reprise le jeudi suivant, de 17h à 17h30.

Je vous rappelle qu’il est aussi possible d’écouter l’émission en direct à partir du site web de Radio VM

Samedi dernier, je recevais la metteure en scène Luce Pelletier venue nous parler de la pièce Le Vertige, d’après la première partie du journal d’Evguénia S. Guinzbourg, présentée à l’Espace Go jusqu’au 4 octobre 2014.

ENTRACTE M Poggi - 2014 09 20 Luce Pelletier

Je vous souhaite de très belles découvertes et à la semaine prochaine,

Marie-Anne


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Charlotte

Foenkinos, David

Charlotte Je n’ai pas beaucoup pratiqué cet auteur. Je n’ai en fait lu que son roman La Délicatesse (2009). Une pure bouffonnerie qui m’avait fait passer du bon temps. Du genre : au suivant. Il s’attaque cette fois-ci à un sujet beaucoup plus grave. Une biographie romancée de Charlotte Salomon, une artiste peintre juive allemande, morte à Auschwitz en 1943. Un long cantique de la mort, poignant. Une véritable prouesse sur le plan de la forme : une phrase par paragraphe, des phrases courtes et riches, pas de pathos. Un extrait, relatant les débuts de la Première Guerre mondiale, tout y est, sobrement : « Le pays entre en guerre et c’est peut-être mieux. Le chaos est le juste décor à leur douleur. Pour la première fois, le conflit est mondial. Sarajevo fait tomber les empires du passé. Des millions d’hommes se précipitent vers leur fin. L’avenir se dispute dans de longs tunnels creusés dans la terre. » Membre : Rosemont Foenkinos, David. Charlotte, Éditions Gallimard, 2014, 220 pages.

Freud, l'écrivain

Mahony, Patrick J.

Freud L-ecrivain Pour Patrick Mahony – ex-professeur de littérature anglaise à l'Université de Montréal et psychanalyste –, Freud, par-delà ses théories sur l'inconscient, le complexe d'Oedipe, etc., était un écrivain remarquable, très sensible au public-lecteur auquel il s'adressait. Et dans ce livre, à mon avis exceptionnel, Patrick Mahony expose les stratégies d'écriture de Freud qui en font un écrivain passionnant. Tout d'abord, les textes de Freud sont des dialogues, où il met le lecteur dans la confidence, lecteur auquel il s'adresse individuellement, de la même façon que, lorsqu'il donnait une conférence, Freud se choisissait un auditeur particulier en fonction duquel il ordonnait tout son exposé, plutôt que de faire un discours anonyme à tout le groupe. Par ailleurs, contrairement au style impersonnel de la 3e personne du singulier auquel ont recours les scientifiques dans leurs écrits, Freud, lui, passe continuellement du « je » au « vous » et au « nous », circulant entre ces trois personnes, donnant ainsi un caractère ouvert à ses essais. Il les écrit comme s'il découvrait la vérité en chemin tout en écrivant. Tout comme Montaigne, son écriture est une « pensée pensante » et non une « pensée pensée ». Aussi, de dire Mahony, Freud a recours à la technique du balayage, commentant tout le temps ce qu'il fait, ce qu'il a fait, ce qu'il s'apprête à faire, exposant en permanence sa réflexion sur l'écriture elle-même, ce qui ajoute à notre plaisir de lecteur : nous nous voyons ainsi, tout comme lui, entraînés à nous poser des questions sur ce que nous sommes en train de lire. Par ailleurs, Freud écrit toujours ses rêves au présent (je marche dans une pièce, je vois mon père...) et non au passé, ce qui donne l’impression aux lecteurs d'assister au rêve ainsi décrit. Et les cas que nous présente Freud, ce ne sont pas des histoires de maladies, mais des histoires de patients, que l'on peut lire réellement comme s'il s'agissait d'histoires écrites par un écrivain. Il y a aussi toute une atmosphère onirique qui se dégage de la lecture de Freud, dont Mahony dit qu'on peut considérer l'ensemble de ses livres comme une immense Interprétation des rêves (du nom de son livre-clé écrit en 1900). Ou, autre façon de voir l'ensemble, qu'il s'agit là de la longue écriture de son auto-analyse, qui aura été véritablement une cure d'écriture. Et pour faire image sur tout ce qu'est l'écriture de Freud, Mahony nous dit d'imaginer un jongleur qui se regarderait dans des miroirs en lançant et en rattrapant des balles colorées, ce jongleur décrivant en même temps comment il attrape les balles et ce qu'il éprouve en le faisant ; et tout en continuant à jongler avec ses balles, qu'il analyserait les sentiments des spectateurs concernant ce qu'il est en train d'exécuter. L'écriture de Freud, ce serait cela. Membre : Ville Mont-Royal Mahony, Patrick J. Freud, l'écrivain, Éditions Les Belles Lettres, collection Confluents psychanalytiques, 1980, 1990, 285 pages.

Histoire de la littérature québécoise

Biron, Michel, Dumont, François et Nardout-Lafarge, Élisabeth

Histoire de la Litterature Quebecoise Pour un bon dix jours de lecture attentive avec le crayon à la main - si vous achetez le livre bien entendu - je suggère d'aller voir du côté de cette Histoire de la littérature québécoise. Et s'il fallait une phrase pour résumer ledit livre, ce serait : « La plupart des critiques s'entendent pour dire que... ». Livre ayant donc le petit défaut de multiplier les génuflexions à l'adresse de « La critique », plutôt que d'engager une petite jasette au coin du feu avec nous, « le lecteur ». Encore qu'une fois cela compris et accepté, on peut toujours en tirer profit et, pourquoi pas, du plaisir. Du plaisir à savoir que nous est donné là, sous une forme lisible - même si sans qualités d'écriture particulière -, le résultat de huit ans de travail de la part de trois professeurs de littérature, de trois universités. Professeurs qui nous présentent ce que mijotent-concoctent-discutent les personnes actives dans les réseaux de la production littéraire Made in Québec. En résulte un livre de vulgarisation à l'intention de l'étudiant en littérature et du « public cultivé », du type qu'à n'en pas douter nous sommes, nous, les fidèles et les moins fidèles du Club des Irrésistibles ! Un livre qui, malgré tout, nous donne du plaisir et nous offre des relectures récentes faites par les critiques universitaires, des livres passés de la littérature québécoise : que ce soit ceux d’Arthur Buies, de Marie de l'Incarnation ou de la génération en rébellion des années soixante. Une littérature d'origine coloniale, nous dira-t-on, dont au terme de la lecture du livre, on peut retenir combien il a été et est encore bien difficile pour l'écrivain, le critique et la littérature québécoise tout entière, de s'arracher au rêve sans doute bien illusoire d'être un jour reconnu à Paris-la-France, notre mère-patrie de lointaine mémoire. En attendant quoi, lecteurs curieux, on peut toujours aller voir du côté de l'Histoire de la littérature québécoise, pour découvrir le petit et le grand auteur d'ici, qu'on a peut-être trop vite oublié d'aller lire... Membre : Ville Mont-Royal Biron, Michel, Dumont, François et Nardout-Lafarge, Élisabeth. Histoire de la littérature québécoise, Éditions du Boréal, 2007, 689 pages.

L'Orangeraie

Tremblay, Larry

Une histoire terrible qui traite d'un cas de conscience mettant en scène un père, une mère et leurs fils jumeaux. Un des deux devra assumer la mission de kamikaze pour détruire un dépôt d'armes du côté ennemi. Quels sont les sentiments du père et de la mère face à ce choix ? Et qu'en pensent les jumeaux ? Larry Tremblay réussit à nous faire comprendre les motifs profonds qui poussent ces gens en guerre perpétuelle à faire de tels choix. Comprendre n'est pas nécessairement accepter. Membre : Villeray Tremblay, Larry. L'Orangeraie, Éditions Alto, 2013, 160 pages.

Cette oeuvre a déjà été suggérée par le Club des Irrésistibles, lire ici.

La Domination

Tuil, Karine

La domination Ce livre est déroutant par sa forme et par son histoire. D'abord le propos. Un éditeur persuade une écrivaine d'écrire un livre sur son père qui hébergeait chez lui sa maîtresse. La forme ? Pour y arriver, elle choisit de raconter l'histoire en se faisant passer pour Adam, le fils que son père n'a jamais eu. Karine Tuil bâtit son roman en faisant alterner l'histoire qui se vit entre l'écrivaine et l'éditeur et le roman que l'écrivaine remet à l'éditeur. Vous me suivez ? Si vous aimez les romans complexes, aussi complexes que la vie elle-même, ce livre (cette auteure) est pour vous. Merci à M. D. qui m'a fait découvrir cette auteure exceptionnelle. Membre : Villeray Tuil, Karine. La Domination, Éditions Grasset, 2008, 230 pages.

La Grande Vie

Bobin, Christian

La grande vie Coup de coeur littéraire à Entracte émission animée par Marie-Anne Poggi sur les ondes de Radio VM. Irrésistibles - 2014 09 20 Bobin, Christian. La Grande Vie, Éditions Gallimard, 2014, 122 pages.

Cette oeuvre a déjà été suggérée par le Club des Irrésistibles, lire ici.

La Vie en mieux

Gavalda, Anna

La vie en mieux J’avais beaucoup aimé son dernier volume Billie (2013), mais ce qu’elle nous offre dans La Vie en mieux est plutôt banal. Deux nouvelles contemporaines, l’histoire de Mathilde 24 ans et de Yann 26 ans, ces deux jeunes souhaitent vivre une autre vie. Effectivement, c’est peut-être une forme de tendresse à l’ère du numérique. Membre : Germaine-Guèvremont Gavalda, Anna. La Vie en mieux, Éditions Le Dilettante, 2014, 285 pages.

Le Dîner

Koch, Herman

Le dîner Deux frères et leurs conjointes se donnent rendez-vous dans un resto ultra-chic d'Amsterdam (l'un des deux messieurs est pressenti pour devenir premier ministre des Pays-Bas) afin de discuter des frasques de leur fils respectif. Jusqu'où doit-on prendre la défense de notre enfant qui a commis des actes hautement répréhensibles ? En plus de nous intriguer avec ce cas de conscience, Koch nous fait rigoler en nous décrivant en détails ce dîner haut de gamme. Plaisir assuré. Titre original : Het Diner Membre : Villeray Koch, Herman. Le Dîner, Éditions Belfond, 2009, 2011, 330 pages.

Le Manteau de Greta Garbo

Kaprièlian, Nelly

Le Manteau de Greta Garbo Le livre fourmille d'anecdotes sur la vie de Greta Garbo, bien sûr, mais aussi sur de nombreux acteurs, écrivains, films et romans que l'auteure entrelace avec sa propre histoire familiale et personnelle et son rapport aux vêtements. Plus documentaire que livre, plus essai que roman. Le Manteau de Greta Garbo survole du début à la fin le mythe Garbo, sa garde-robe unique et fascinante. Résultat : difficile de trouver quelque chose de fascinant dans ce roman, sauf la garde-robe de Greta. Membre : France Cette suggestion est proposée par un lecteur, du Pays de Romans – France, membre du club de lecture Troquez vos Irrésistibles et partenaire du Club Les Irrésistibles des Bibliothèques de Montréal. Kaprièlian, Nelly. Le Manteau de Greta Garbo, Éditions Grasset, 2014, 288 pages.

Métis Beach

Bourbonnais, Claudine

Metis Beach Beau coup de coeur. De l'action, de l'analyse, du contexte historique et très bien écrit. Romain Carrier, originaire de Gaspésie, s'enfuit à New York à cause d'une fausse accusation. Ce sera le début d'un dur apprentissage de la vie, d'une coupure avec son milieu, mais de formidables rencontres qui le forgeront. La guerre du Vietnam vue de l'Amérique, ceux qui veulent y échapper, encouragés par les révolutionnaires gauchistes, tout y passe. Devenu Roman Carr, scénariste hollywoodien, comment s'en sortira-t-il ? Dans ce roman au style haletant, nous désirons connaître le parcours de Romain. Je vous invite à découvrir cette auteure ! (Irrésistibles) Membre : Laval Bourbonnais, Claudine. Métis Beach, Éditions du Boréal, 2014, 449 pages.

Cette oeuvre a déjà été suggérée par le Club des Irrésistibles, lire ici.

N'entre pas dans mon âme avec tes chaussures

Pigani, Paola

N-entre pas dans mon ame avec tes chaussures Alba est adolescente lorsqu’elle et sa famille sont internées par mesure de sécurité dans le camp des Alliers en Charente-Maritime. Leur tort : faire partie de ceux que l’on nomme nomades, gens du voyage, manouches, tsiganes ou encore romanichels. Durant six ans, ils devront faire le deuil de ce qu’ils étaient : des gens gais qui vivaient au jour le jour, se retrouvaient autour d’un feu, jouaient du violon. Durant six ans, ils vont subir les humiliations, la faim, le froid. Beaucoup mourront, beaucoup essaieront de s’enfuir, mais ils resteront ce qu’ils sont au fond d’eux-mêmes : des hommes libres et fiers. Avec sensibilité, l’auteure revient sur une histoire méconnue de la Seconde Guerre mondiale, celle des gens du voyage. Membre : Médiathèques de Romans Pigani, Paola. N'entre pas dans mon âme avec tes chaussures, Éditions Liana Levi, 2013, 213 pages.
pas touche!!!