19/01

Le Billet de la semaine

Bonjour à vous toutes et à vous tous,

Si vous avez lu et aimé comme moi, La Femme de nos vies (2013) de Didier van Cauwelaert, On dirait nous (Albin Michel, 2016) se situe dans un tout autre registre, malgré quelques thèmes chers à l’auteur. Ceci étant dit, ce récit est fort imaginatif et on y apprend plusieurs choses, à commencer par ces indigènes d’Amérique du Nord, les Tlingits, dont je n’avais jamais entendu parler. Il faut aussi accepter la proposition de l’auteur qui met de l’avant plusieurs personnages qui sortent de l’ordinaire.
Deux couples, deux générations différentes : Illan Frêne, orphelin de 30 ans, tente de percer comme « auto-entrepreneur en alarmes écoresponsables » en vendant des « systèmes de protection sans fil aux radiations pathogènes ». Depuis 13 mois, il est en couple avec une musicienne bretonne, Soline Kerdal. Soline ne joue pas sur n’importe quel violoncelle : un Goffriller, fabriqué en 1701 à Venise, prénommé Matteo. Son instrument lui est prêté pour un temps limité, mais elle a une option d’achat – il vaut plus d’un million d’euros.
À l’autre bout du spectre, Georges Nodier, 92 ans, habite depuis 50 ans la Butte à Paris avec sa femme Yoa, alias Joanna Curly, de trois ans sa cadette. Ce professeur émérite de linguistique à la Sorbonne a rencontré sa femme en Alaska dans des circonstances que je vous laisse découvrir.
Yoatlaandgwliss (Yoa en abrégé), tel est son nom de tribu, appartient à la culture tlingite. Depuis plusieurs années, cette joueuse de tam-tam est atteinte de la maladie de Charcot « qui s’attaque aux muscles et aux terminaisons nerveuses ». Aucune guérison possible. Les jours de Yoa sont comptés. Mais comme les Tlingits croient en la réincarnation et plus encore qu’« ils se préparent à revenir au monde, en choisissant leurs futurs parents », Georges va faire une proposition inusitée à Soline : remettre au monde Yoa en portant son enfant.
Voici pour la mise en contexte. Je ne vous dis rien de plus. N’ayez crainte, ceci n’est que la prémisse. Ces inséparables de la page couverture, sont à l’image du contenu de ce roman.

Cette oeuvre a déjà été suggérée par le Club des Irrésistibles, lire ici.

Je suis inculte dans le domaine de la technologie. Je n’ai pas de téléphone portable, intelligent ou tout autre bidule. En voyant la pièce Siri de Maxime Carbonneau et Laurence Dauphinais mardi soir, cela m’a fait comprendre bien des choses.
Siri est « l’assistante vocale personnelle intégrée de tous les iPhones » ; elle répond à certaines de nos demandes et multiplie les informations de toutes sortes. Comme elle enregistre et connaît plusieurs de nos données personnelles – en l’occurrence, ici, celles de la comédienne Laurence Dauphinais –, l’œil de Big Brother n’est jamais loin.
À part quelques longueurs, j’ai pris grand plaisir à voir cette pièce. Vous avez jusqu’au 4 février 2017 pour aller faire un tour du côté de la Salle Jean-Claude-Germain du Centre du Théâtre d’Aujourd’hui. Discussions garanties après la représentation !

Le lundi 23 janvier, à Radio VM (91,3 FM), de 17h45 à 18h, dans le cadre de Culture à la carte, je m’entretiendrai avec le comédien Denis Bernard, qui nous parlera de la pièce Une mort accidentelle (ma dernière enquête) de François Archambault, présentée à La Licorne jusqu’au 25 février 2017.

Culture à la carte - 20160116 - M.-A. Poggi - Mani Soleymanlou

Les Irrésistibles de Marie-Anne ont maintenant leur page Facebook. Venez voir !

https://www.facebook.com/LesIrresistiblesDeMarieAnne

En vous rendant sur la chaîne YouTube à l’émission Les Irrésistibles de Marie-Anne, vous pourrez entendre, à chaque semaine, mes commentaires et critiques de théâtre ou d’arts visuels.

Je vous souhaite de très belles découvertes et à la semaine prochaine,

Marie-Anne


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Carrefours Amérique

Lisée, Jean-François

Carrefous amériqu Lisée En Europe (en France en particulier), il est impensable qu’un candidat à une charge publique de haut niveau ne publie pas au moins un livre dans lequel il expose ses idées, ses opinions et sa vision de la société. Sous nos latitudes, rares sont ceux qui en font autant. Pourtant, l’exercice est salutaire, autant pour le politicien qui doit forcément structurer et préciser sa pensée que pour le citoyen-électeur qui peut ainsi se faire une idée de son jugement. L’auteur de ce livre, qui a publié beaucoup, est l’une de nos rares exceptions. Dans cet ouvrage datant de 1990, il s’intéresse à plus de 80 caractéristiques de la société états-unienne, dans 12 domaines différents (politique, santé, éducation, etc.). Se basant sur des faits précis, des statistiques officielles et des entrevues, il commente ce que chacune de ces caractéristiques peut dire sur l’état de cette société, et tente de déterminer comment elle évoluera. Beaucoup de ces textes (sinon la plupart) sont encore sidérants d’actualité et démontrent un esprit d’analyse pénétrant. Ainsi, dès le premier chapitre, Jean-François Lisée présente comme une vague de fond en croissance l’utilisation du mensonge en politique, et ce, 36 ans avant l’élection de Donald Trump et l’ère de la post-vérité ! De même, il estime que les tensions interraciales et la violence, loin de se calmer, vont probablement s’accentuer dans ce pays où de plus en plus de gens sont armés jusqu’aux dents. Une lecture intéressante et aisée, dans un style journalistique qui évite le jargon hermétique des spécialistes de la société et de la politique. Membre : Pierre, abonné de Guèvremont Lisée, Jean-François. Carrefours Amérique, Éditions du Boréal, collection Papiers collés, 1990, 402 pages.

City on Fire

Hallberg, Garth Risk

City on fire Difficile de résumer ce pavé choral de presque 1000 pages. Faisons simple : la nuit du réveillon 1976, une jeune femme est retrouvée presque morte dans Central Park. Autour de cet événement gravite toute une cohorte de personnages extrêmement divers, que l’on va suivre jusqu’au black-out du 13 juillet 1977, avec quelques flash-back dans les années précédentes. J’ai déclaré forfait autour de la page 800, je n’en pouvais plus, trop long, beaucoup trop long, indigeste, plat... noyée dans les pages et les multiples personnages. J'ai l'impression d'avoir lu un énième roman américain qui essaie de sortir des clichés en cherchant une originalité qui est déjà devenue habituelle (le rock et la drogue, le couple homosexuel, le riche héritier qui veut échapper à son destin). Trop long, trop touffu, trop foisonnant... Trop de tout ! Membre : France Cette suggestion est proposée par un lecteur du Pays de Romans – France, membre du club de lecture Troquez vos Irrésistibles et partenaire du Club Les Irrésistibles des Bibliothèques de Montréal. Hallberg, Garth Risk. City on Fire, Éditions Plon, 2015, 2016, 963 pages.

Conversations avec un enfant curieux

Tremblay, Michel

conversations avec un Tremblay Si vous avez aimé Les Vues animées (1990), Douze coups de théâtre (1992) ou Bonbons assortis (2002), ou si tout simplement vous aimez Tremblay, vous vous régalerez avec ce petit recueil d'instantanés autobiographiques. Tremblay raconte avec beaucoup d'humour ses préoccupations de préadolescent des années 50, notamment sur la religion. Il questionne son entourage : pourquoi ceci, pourquoi cela. Et toujours avec une logique implacable d'enfant curieux et intelligent. Évidemment, personne ne réussit à lui donner des réponses satisfaisantes, car en matière de religion, à l'époque de Pie XII et du cardinal Léger, tout n'était que mystère. Hilarant ! Et pour ceux qui comme moi ont vécu cette époque, vous y trouverez vos propres interrogations existentielles de ce temps révolu. Membre : Saint-Jean-sur-Richelieu Tremblay, Michel. Conversations avec un enfant curieux, Éditions Actes Sud, Leméac, 2016, 149 pages. Cette oeuvre a déjà été suggérée par le Club des Irrésistibles, lire ici.

De pourpre et de soie

Chamberlain, Mary

De poupre et de soi Chamberlan Ada Vaughan rêve d'être créatrice de mode et voit déjà se profiler son nom sur une affiche de magasin à Paris. En attendant, à Londres, elle est plutôt aide-couturière, mais elle apprend vite. Toutefois, le salaire n'est pas à la hauteur et Ada devra faire des concessions pour améliorer son sort. Elle connaîtra Stanislaus von Lieben qui l'emmènera à Paris pour quelques jours. Malheureusement, c'est à l'aube de la guerre, en 1939, et elle ne pourra retourner en Angleterre chez les siens. Ce sera le début d'une longue épopée qui nous happera et nous touchera tout à la fois. « De 1939 à 1948, de la splendeur du Savoy aux ombres du camp de concentration de Dachau, entre passion, drame et espoir, Ada tentera de survivre à l’enfer. » Un témoignage de cette époque, vécu de l'intérieur. Un coup de cœur irrésistible ! Titre original : The Dressmaker of Dachau Membre : Laval-Vimont Chamberlain, Mary. De pourpre et de soie, Éditions Préludes, 2015, 2016, 448 pages.

Je sais pourquoi chante l'oiseau en cage

Angelou, Maya

Je sais pourquoi chante Angelou Ce roman basé sur la vie de l’auteure relate un demi-siècle de luttes, de combats et de cheminement contre le racisme anti-Noir aux États-Unis. L’écriture d’Angelou est vivante, ses personnages sont plus que réels et son récit est truffé de délicieuses métaphores. Un témoignage du progrès de la société noire en Américaine, une fiction qui se rapproche de l’autobiographie. Angelou a vécu toute une vie ! À lire pour la beauté de l’écriture et l’aspect historique de ce récit. Titre original : I Know Why the Caged Birds Sing Membre : Pointe-Claire Angelou, Maya. Je sais pourquoi chante l'oiseau en cage, Éditions Belfond, 1969, 1974, 357 pages.

L'Amie prodigieuse. 2, Le Nouveau Nom

Ferrante, Elena

Le nouveau n ferrante Suite de L'Amie prodigieuse. 1, Enfance, adolescence (2011, 2014), nous retrouvons les mêmes personnages et l'action continue de se dérouler autour de Lila et d'Elena, la narratrice. L'amitié entre les deux jeunes filles, maintenant avancées dans l'adolescence, se continue avec ses hauts et ses bas. Elena est toujours éblouie par l'intelligence de Lila même si celle-ci a arrêté ses études à la fin du primaire alors qu'elle-même, rendue au lycée et obtenant d'excellents résultats, doute de ses capacités et de son intelligence face à celles de son amie. Il y a aussi les relations avec les garçons toujours attirés par Lila qui, enfant petite et maigrichonne, s'est transformée en une jolie jeune fille maintenant mariée à Stefano, l'épicier, ce qui n'empêche pas les hommes de l'admirer alors qu'Elena, elle, se trouve gauche, affectée par les affres de l'adolescence et néanmoins amoureuse de Nino Sarratore, un ancien voisin, lui aussi étudiant. Belle histoire d'une amitié ballottée par le temps et par la personnalité des deux principaux personnages, avec en fond de scène la vie de ce quartier pauvre de Naples où l'argent est l'ultime valeur et où les magouilles se perpétuent. Une fois commencé, il est difficile de poser le livre sans anticiper ce que la vie réserve à Lila et Elena et si leur amitié tiendra le coup. Une belle analyse du sentiment d'amitié soumis aux intempéries de la vie et de l'influence du milieu dont on est issu. Si la suite de l'histoire est aussi captivante, ce sera un régal ! Titre original : Storia del nuovo cognome Membre : Westmount Ferrante, Elena. L'Amie prodigieuse. 2, Le Nouveau Nom, Éditions Gallimard, collection Du monde entier, 2012, 2015, 554 pages.

Cette oeuvre a déjà été suggérée par le Club des Irrésistibles, lire ici.

La Succession

Dubois, Jean-Paul

la success dubois Paul est fils unique. Il a passé son enfance à Toulouse avec ses parents, le frère de sa mère et son grand-père paternel. Il se sentait perdu parmi ces gens aux comportements bizarres : le père, homme étrange et peu communicatif, la mère et son frère vivant en symbiose totale et le grand-père prétendant avoir été un des médecins traitants de Staline. Tous, sauf son père, finiront par se suicider avant que Paul ne finisse ses études. Tout comme son grand-père et son père, Paul a étudié la médecine, mais ne l’a pas pratiquée préférant devenir joueur professionnel de pelote basque à Miami. Il y sera finalement heureux en y exerçant le seul métier dont il rêvait depuis son enfance. Ce bien-être n’a duré que quatre ans. Un jour, le consulat français l’avise que son père s’est, à son tour suicidé, et qu’il doit retourner en France régler la succession. De retour dans la maison familiale avec tous ses fantômes, il fera une découverte inattendue concernant son père. J’aime l’écriture de Jean-Paul Dubois. Au début de La Succession, j’hésitais à continuer et puis voilà je fus happée par l’histoire de ce Paul très attachant. Membre : Outremont Dubois, Jean-Paul. La Succession, Éditions de l’Olivier, 2016, 234 pages.

Cette oeuvre a déjà été suggérée par le Club des Irrésistibles, lire ici.

Mon enfant de Berlin

Wiazemsky, Anne

mon enfant wiazem

Écoutez le coup de cœur d’un membre du Club des Irrésistibles lu par Marie-Anne Poggi.

Irrésistibles 20160119

Wiazemsky, Anne. Mon enfant de Berlin, Éditions Gallimard, 2009, 247 pages.

Cette oeuvre a déjà été suggérée par le Club des Irrésistibles, lire ici.

Némésis

Roth, Philip

Nemesi Roth Un jeune homme de 23 ans, Bucky Cantor, à qui son grand-père a inculqué un sens élevé du devoir et des responsabilités, est enseignant et se retrouve responsable d'un terrain de jeux dans la petite ville de Newark pendant l'été 1944. Il est brave, fort, sportif mais, à son immense déception, il n'a pu être engagé dans l'armée aux côtés de ses meilleurs amis, à cause de sa vision. Une terrible épidémie de polio sévit dans la ville et bientôt des jeunes dont il s'occupe sont atteints. Il fait tout ce qu'il peut pour les inciter à prendre des précautions et pour les rassurer ainsi que leurs parents. Tiraillé entre son sens du devoir et son amour pour Marcia, il finit par aller la rejoindre dans un camp de vacances où il pourra travailler à ses côtés, mais il a le sentiment d'avoir trahi la confiance de ses jeunes et n'a pas la conscience en paix. De terribles épreuves l'attendent. Sa vie sera-t-elle brisée ? L'auteur rend très bien le dilemme moral qui tourmente Bucky et son questionnement sur le sens de la vie, le mal, la souffrance, le bonheur, Dieu. Un beau roman qui fait réfléchir sur les choix qu'on fait dans la vie, mais aussi sur les circonstances et les valeurs qui nous y amènent. Titre original : Nemesis Membre : Outremont Roth, Philip. Némésis, Éditions Gallimard, 2010, 2012, 226 pages.

Cette oeuvre a déjà été suggérée par le Club des Irrésistibles, lire ici.

Petite mort à Venise

Ruel, Francine

Petite mort a Venis Ruel Une douce aventure que la lecture de ce roman ! Sa mère venant de mourir, Mathilde vit une immense peine qui se traduira par une période dépressive. Poppy, une voisine de sa mère devient son amie. Dynamique, Poppy l’entraîne à Venise. Anne, amie du temps de sa jeunesse, se joindra à elles. Venise nous enveloppera de son charme, grâce à ces voyageuses gracieuses, cultivées et curieuses de la Sérénissime. Je me suis rappelée mon voyage en Italie et ce roman m’a donné le goût d’y retourner ! Membre : Laval-Vimont Ruel, Francine. Petite mort à Venise, Éditions Libre Expression, 2015, 301 pages.

Place Rouge

Fernandez, Dominique

Place Roug Fernandez J’ai eu de la difficulté à lire ce livre en continu, mais j’ai mis en pratique quelques « droits du lecteur » : sautant des paragraphes, allant d’un chapitre à l’autre… si je ne suis jamais allée voir la fin, ce n’était pas par manque d’envie… peut-être une petite gêne qui restait, par respect pour l’auteur. Mon intérêt a été maintenu tout au long du livre par la description fort habile du caractère de chacun des personnages, russes et français d’aujourd’hui. J’ai apprécié au plus haut point de toucher à leurs visions de l’art et des rapports amoureux… l’enchevêtrement entre le rêve et la réalité des uns et des autres, par leur absolutisme, leur excès… J’ai été touchée par les protagonistes russes ; les Russes ne forment pas un bloc homogène. On y retrouve différentes attitudes concernant l’occidentalisation de leur pays et leur vision du passé, de leur héritage. J’ai aussi été envoûtée par les descriptions des paysages… j’ai eu l’impression de marcher réellement dans les rues de Moscou, de Saint-Pétersbourg, de respirer l’air de la campagne, de ressentir le froid en me promenant dans les parcs et les bois, d’accoster sur l’île Kiji… Par contre, le hic du roman d’après moi, c’est sa trame. On suit du début à la fin une quête d’amour qui n’en finit pas, c’est un jeu de cache-cache long et fastidieux, une démarche lente, répétitive qui m’a ennuyée au plus haut point. Ça donne l’impression que l’auteur (ici le narrateur) faisait durer l’intrigue pour passer tout le contenu sur les éléments informatifs concernant la Russie d’aujourd’hui, d’hier, du temps des tsars et de celui de la Révolution, de la période communiste, puis de la situation politique actuelle et de ses rapports avec l’Occident (en l’occurrence la France). Dominique Fernandez est français ; on le dit le plus « russe » des Français, mais il ne l’est pas. Ses limites sont là et il avoue que par rapport au dénouement tragique de l’histoire « [sa] science du caractère russe ne [lui] permet pas de percer ce mystère », c’est-à-dire la raison d’un tel dénouement… Je ne voudrais pas faire de comparaison, mais pour pénétrer l’âme russe, je préfère les romans d’Andreï Makine, un Russe français ! Membre : Ahuntsic Fernandez, Dominique. Place Rouge, Éditions Grasset, 2007, 384 pages.

Postcards From

Brice, Fiona

Postcards CD Connue en tant que violoniste et arrangeuse pour Placebo, Anna Calvi, Gorillaz… Fiona Brice s’offre une escapade en solitaire, un album instrumental mêlant violon, violoncelle et piano. Postcards From est une invitation au voyage, chaque morceau ayant été composé à la suite d’une visite. Le disque s’ouvre sur Berlin, chef-d’œuvre de pureté et de finesse où l’auditeur est subjugué par le dialogue entre le violon et le violoncelle. Sur Paris on sent l’envie de prendre le temps, le piano marquant les arrêts nécessaires… Puis les morceaux s’enchaînent laissant une part importante à l’émotion, le ressenti avec de superbes moments notamment sur Antwerp ou Dallas. Un voyage musical d’une rare subtilité ! Membre : France Cette suggestion est proposée par un lecteur du Pays de Romans – France, membre du club de lecture Troquez vos Irrésistibles et partenaire du Club Les Irrésistibles des Bibliothèques de Montréal. Brice, Fiona. Postcards From, CD, 2016.

Trois jours et une vie

Lemaitre, Pierre

Trois jours Lemaitre Lu quasiment d'une traite, ce roman psychologique m'a tenue en haleine. On y parle des conséquences d'un acte involontaire, d'un accident, de ses répercussions sur le personnage, de sa vie et de son entourage. Fines observations des comportements humains, des rapports des uns sur les autres. L'évolution des caractères est répartie sur plusieurs années et contribue à la richesse de l'ensemble. Pierre Lemaitre est un grand. Coup de coeur à dévorer ! Membre : Laval-Vimont Lemaitre, Pierre. Trois jours et une vie, Éditions Albin Michel, 2016, 278 pages.

Cette oeuvre a déjà été suggérée par le Club des Irrésistibles, lire ici.

Vendredi, ou, Les Limbes du Pacifique

Tournier, Michel

Vendredi ou les Tournier Comme tout le monde le sait, c’est l’histoire de Robinson Crusoé (1719) de Daniel Defoe qui est réécrite, mais qui n’a pas le même dénouement et du même coup cela en change la portée. Les deux récits ont comme point de départ une histoire réelle, celle d’un dénommé Alexandre Selkirk qui, en 1703, s’embarqua sur un navire pour chasser les galions espagnols chargés de métaux précieux. Il fut abandonné sur une île où il restera pendant trois ans. Michel Tournier aurait aimé dédier son roman aux travailleurs émigrés « qu’on incite à adopter nos méthodes civilisés à nous pauvres Robinson bornés que nous sommes. » Le Robinson de Daniel Defoe sera sauvé par un navire qui le ramènera dans son Angleterre natale, mais celui de Michel Tournier choisira de rester sur son île même s’il aurait pu être secouru. Dans Vendredi, ou, Les Limbes du Pacifique, on assiste au drame qu’un homme peut vivre dans la solitude absolue, la lutte qu’il peut mener quand il sent que son humanité même est en péril. Il va essayer de reproduire à lui seul toute la civilisation dont il était entouré, il travaille, il produit et il écrit un carnet de bord. Mais lorsqu’il sait que l’île est déserte et que les souvenirs des conversations avec son entourage se font plus lointains, quand il sent qu’un processus de déshumanisation est en cours, son « édifice personnel se fissure ». Et c’est cela que reprendra Gilles Deleuze, philosophe français, en postface : « C’est par autrui que mon désir reçoit un objet […] Le fondement de mon désir c’est ce qui est vu, pensé, possédé par autrui », écrit-il. Robinson dit : « Je vois de jour en jour s’effondrer des pans entiers de la citadelle verbale dans laquelle notre pensée s’abrite et se meut. » Ainsi il se sent repoussé aux confins de la vie, entre ciel et enfer dans les LIMBES en somme. Robinson a donc failli dériver, mais la venue de Vendredi l’a conduit sur un autre chemin. Même si au début il pense surtout avoir à faire à un sauvage à qui il doit tout apprendre, c’est la présence de Vendredi qui va changer les choses. Il dit, en reprenant un passage de la Bible, livre conservé du naufrage, « mieux vaut vivre à deux que solitaire » et il se met à accorder une grande valeur à Vendredi qui finira par littéralement l’élever vers le soleil à qui il s’adresse en disant : « Soleil, rends-moi semblable à Vendredi. Donne-moi le visage de Vendredi épanoui par le rire, taillé tout entier pour le rire… » Un jour une goélette arrive et son commandant lui propose de le ramener en Angleterre. Tout de suite il est déçu. Les paroles qu’il entend lui font craindre d’« entrer à nouveau dans le grand système » dont il s’est dégagé. Il reprend une idée déjà présente dans Le Roi des Aulnes : les marins (les hommes) sont éduqués à réussir à tout prix alors qu’en fait, écrit Goethe, la chute n’est pas honteuse, mais c’est de ne pas se relever qui l’est. Au commandant, Robinson aurait bien demandé : « Pourquoi vis-tu ? » Si la question lui avait été retournée, il aurait montré la terre de Speranza (Espérance) et le soleil. Et il aurait pensé que chaque matin était pour lui « le commencement absolu de l’histoire du monde ». Il ne restera pas seul non plus cette fois, car un petit mousse s’est échappé de la goélette et désire rester sur l’île. C’est donc vers une autre conception du monde qu’a évolué le Robinson de Michel Tournier, autre que celle en vigueur au 18e et 19e siècle en Angleterre. Il redevient un peu comme un enfant qui ne se préoccupe que du présent et qui ne cherche ni le gain ni le pouvoir. Mais c’est sans doute aussi un idéal pour l’auteur de s’évader d’une société qu’il n’aime pas, en partie parce qu’étant homosexuel il ne s’y sentait pas bien. Comme dans Le Roi des Aulnes, il semble souvent décrire un mode de sexualité infantile, où l’oralité et l’analité ont beaucoup d’importance. Est-ce un peu là l’enfance idéalisée, le paradis perdu ? Membre : Île-des-Sœurs Tournier, Michel. Vendredi, ou, Les Limbes du Pacifique, Éditions Gallimard, collection Blanche, 1967, 212 pages. Cette oeuvre a déjà été suggérée par le Club des Irrésistibles, lire ici.
pas touche!!!