23/02

Le Billet de la semaine

Bonjour à vous toutes et à vous tous,

Dans son récit Le Fleuve (2015), Sylvie Drapeau nous parlait des membres de sa famille de la Côte-Nord, la « meute », mais particulièrement d’un moment tragique : la mort de celui qu’elle adorait, son grand frère Roch, alors qu’elle avait à peine cinq ans.

Avec Le Ciel, qui vient de paraître chez Leméac, l’auteure-narratrice navigue à nouveau en eau familiale, mais s’adresse cette fois à Gabrielle, sa mère, morte beaucoup trop jeune d’un cancer. Elle s’interroge : « À présent que j’ai vingt ans, que je connais les peines de l’amour, je veux savoir. Je veux savoir qui je suis. J’espère qu’il n’est pas trop tard pour apprendre à vivre. » Elle revient sur son premier amour, sur son départ de la Côte-Nord pour la grande ville où elle poursuit ses études, son premier voyage raté à Paris et finit par se demander si avoir 20 ans est si extraordinaire que ça…

La narratrice se souvient aussi qu’elle n’a pas toujours été gentille à l’égard de cette mère qui a dû arrêter ses études en 7e année pour donner un coup de main à la ferme. Combien elle a pu la blesser le jour où elle lui a annoncé qu’elle n’irait plus à la messe.

Souvent, nous sommes le rêve de nos parents, rêve qu’ils n’ont pu réaliser. « Je crois que ce tu m’enviais, surtout, c’était mon avenir. Tu voyais en moi les prémices de l’artiste que tu aurais pu devenir. »

Ce récit intime, poétique et sensible, a une portée universelle. Les propos soulevés par l’auteure sont de nature à toucher tout le monde, car nous avons tous quelque chose à nous reprocher, une blessure jamais totalement guérie, des questions restées sans réponse, mais aussi l’envie de comprendre, pour mieux accepter et cesser de douter.

Même si notre vie est faite de petits et de grands départs, nos racines ne sont jamais loin. Un jour ou l’autre, nous retournons dans notre coin de pays pour faire la paix avec nous-mêmes et retrouver un peu notre âme et nous rapprocher de cette mère partie beaucoup trop vite et que l’on n’a pas nécessairement su apprécier de son vivant, à sa juste valeur.

Ciel que ce récit est beau ! Malgré toutes les épreuves et les déceptions que comporte ce deuxième opus, la lumière pointe du côté de la vie.

Écriture réparatrice ? Possiblement. À qui s’adressera le 3e volet annoncé ? À suivre !


Le lundi 27 février, à Radio VM (91,3 FM), de 17h45 à 18h, dans le cadre de Culture à la carte, je m’entretiendrai avec Emeren García, responsable des expositions itinérantes au Musée d’art contemporain de Montréal (MAC) et co-commissaire de l’exposition Mundos, présentée au MAC jusqu’au 14 mai 2017.

Lundi dernier, je recevais la comédienne Louise Turcot, venue nous parler de la pièce Ne m’oublie pas de Tom Holloway, présentée chez Duceppe jusqu’au 25 mars 2017.

Elle nous entretenait également de son roman pour adolescents Laura, publié chez Québec Amérique.



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En vous rendant sur la chaîne YouTube à l’émission Les Irrésistibles de Marie-Anne, vous pourrez entendre, à chaque semaine, mes commentaires et critiques de théâtre ou d’arts visuels.

Je vous souhaite de très belles découvertes et à la semaine prochaine,

Marie-Anne


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Conversations avec un enfant curieux

Tremblay, Michel

conversations avec un Tremblay

Un petit condensé d'instantanés – tels que décrits par le fabuleux conteur qu'est Michel Tremblay. Il a compilé quelques conversations très cocasses, curieuses, qu'il a échangé avec sa mère, sa grand-mère, ses tantes, etc. C'est une époque que l'on revit, les années 50-60, alors que l’auteur avait de cinq à dix ans.

Les « pourquoi » incessants défient les explications sur les mystères et le Saint-Esprit, mais également les questionnements sur la façon de parler, la coupe de cheveux trop courte, le film de Bambi. Des moments vus par un enfant très curieux attiré par la lecture en particulier. On y voit le quotidien qui a inspiré le futur écrivain, mais aussi le germe de son attirance pour l'écriture. Savoureux et parfois très drôle ! Membre : Laval-Vimont Tremblay, Michel. Conversations avec un enfant curieux, Éditions Actes Sud, Leméac, 2016, 149 pages.

Cette oeuvre a déjà été suggérée par le Club des Irrésistibles, lire ici.

Déraillements

Lévesque, Robert

Deraillements Robert L Le critique et écrivain Robert Lévesque possède une immense culture. Il le prouve dans ce livre qui, en une trentaine de courts chapitres, raconte sur autant d’écrivains et d’artistes, des épisodes de leurs vies ayant un lien avec le monde ferroviaire (chemins de fer, gares, trains), d’où le titre de l’ouvrage. Un monde qu’il affectionne particulièrement depuis son enfance à Rimouski, à proximité de la voie ferrée qui relie le Québec aux Maritimes. La plupart des personnages évoqués par l’auteur sont bien ou très bien connus, comme Vincent Van Gogh, Honoré de Balzac, Arthur Buies ou Jack London ; d’autres le sont moins, comme Robert Desnos ou Matthieu Galey. Certains récits sont joyeux ou amusants, comme ceux sur la venue de Charles Trenet à Québec, sur la fascination de Marcel Proust pour les horaires de chemins de fer ou les voyages de Gabrielle Roy jusqu’à Port-Daniel. D’autres sont tragiques, comme le destin du poète hongrois Attila József, qui se suicide en se couchant sur un rail de chemin de fer, ou compliqués, comme celui sur la première édition d’Ulysse de James Joyce. Dans la plupart de ses récits, l’auteur fait aussi des liens surprenants avec des événements contemporains (ou non). Par exemple, qui sait qu’Oscar Wilde a prononcé une conférence à Montréal en 1882 ? Robert Lévesque, visiblement, se fait plaisir en démontrant avec virtuosité son érudition. Pas grave : si nombreux sont ceux qui se font plaisir en démontrant leur ignorance. Membre : Pierre, abonné de Guèvremont Lévesque, Robert. Déraillements, Éditions du Boréal, collection Papiers collés, 2011, 167 pages.

Entre amis

Oz, Amos

Entre amis petit format Ces huit petits récits se passent au kibboutz Yikhat, en Israël, alors que David Ben Gourion était premier ministre dans les années 50. Les histoires se lisent facilement malgré les noms étrangers. Les personnages sont présentés par de brefs traits essentiels et chacun a sa personnalité propre. Certains sont attachants, certains sont décevants, mais ça ne laisse personne indifférent. L'auteur décrit leurs habitudes succinctement et le récit démarre, parfois avec un autre personnage. Exemple : dans la nouvelle Deir Ajloun, la mère, au début, veut diriger son fils vers une carrière prestigieuse. La dernière nouvelle, L'Espéranto, révèle chez Amos Oz, le désir de rassembler des gens dont les vies sont différentes. De nombreuses petites digressions servent à mieux nous faire connaître les personnes, leur psychologie. La fin des histoires correspond à un trait psychologique, connu du lecteur jusque-là, mais accentué. Exemple : Tsvi Privizor sème de mauvaises nouvelles à tout vent et l'histoire se termine (mais ce n'est pas encore la fin) alors qu'il annonce que le roi de Norvège est mort. Les principaux thèmes sont, selon l'ordre des nouvelles : le sens du toucher, la séparation, l'équilibre, la persévérance, la perte de contrôle, la tentation, l'avenir, l'habitude. Ces thèmes reflètent les problèmes auxquels les gens du kibboutz ont à faire face parfois. Il est possible d'analyser chacun, plus en profondeur. Originalité surprenante des faits racontés. On dirait que l'inéluctable est pour se produire et puis une autre direction est prise. Ça devient étonnamment simple tout en restant peu banal. Excellent recueil : coup de cœur, 9/10. Titre original : Beyin khaverim Membre : Verdun Oz, Amos. Entre amis, Éditions Gallimard, collection Du monde entier, 2012, 2013, 157 pages.

Équilibre instable

Séguy, Nicolas

Equilibre instable CD Nicolas Séguy sort un nouvel album, Équilibre instable, dans lequel il dévoile son histoire personnelle. Connu dans les années 2000 sous le pseudo S Petit Nico, cet artiste qui qualifie lui-même sa musique de « hip-hop pianistique », privilégie un univers « mixte », dans lequel il se plaît à mêler culture classique et culture hip-hop. Le morceau J’ai grandi illustre bien cette dualité complémentaire : « J’ai grandi entre la platine et le piano, entre la nature et le béton ». Ressens est une réflexion sur l’aspect peu rassurant du monde actuel ; La mélodie parfaite, un morceau très personnel, est dédié à son enfant… Riche de ses collaborations avec Kery James ou Grand Corps Malade, il nous offre un album singulier et sensible. Membre : France Cette suggestion est proposée par un lecteur du Pays de Romans – France, membre du club de lecture Troquez vos Irrésistibles et partenaire du Club Les Irrésistibles des Bibliothèques de Montréal. Séguy, Nicolas. Équilibre instable, CD, 2016.

Étincelle

Plomer, Michèle

Etincell Plomer

Michèle Plomer, écrivaine québécoise, excellente conteuse, a vécu de nombreuses années en Chine. Elle a déjà publié la trilogie Dragonville, saga sino-québécoise qui traverse le temps et les continents.

Dans ce dernier roman, une autofiction, on fait connaissance avec son amie Song. Elles se sont rencontrées à l’université de Shenzhen où l’auteure enseignait l’anglais.

Michèle avait accepté l’invitation à souper de son amie pour célébrer son anniversaire de naissance mais s’est, par la suite, désistée afin de passer la soirée avec son amoureux. Song qui habite depuis peu un appartement hors campus dont l’université est propriétaire, décide, le soir de l’anniversaire, de préparer le souper planifié et lorsqu’elle allume la cuisinière au gaz, tout saute. Elle est grièvement brûlée sur tout le corps.

Ce roman raconte le combat de Song pour sa survie : son courage illimité, les douleurs endurées, les traitements octroyés, les opérations. Pour la soutenir dans ce combat, il y a l’amour sans bornes de son père, l’amitié indéfectible de Michèle (d’autant plus bouleversée, car ce repas était prévu pour elle), le soutien des étudiants de Song, l’extrême dévouement du personnel hospitalier.

Ce roman nous fait aussi voir l’emprise du gouvernement chinois (représenté ici par le recteur de l’université ainsi que le directeur de l’hôpital) sur la vie des gens. Le père de Song aura la force de s’y confronter. Un récit prenant sur le courage, l’amour, l’amitié. Membre : Outremont Plomer, Michèle. Étincelle, Éditions Marchand de feuilles, 2016, 306 pages.

Cette oeuvre a déjà été suggérée par le Club des Irrésistibles, lire ici.

L'Horizon

Modiano, Patrick

L'Horizon Modiano grand format

Un grand plaisir de retrouver le charme de Modiano. Il s'agit d'un roman sur la mémoire. Bosmans se remémore une époque de sa vie, car il pense croiser des gens qu'il n'a pas vus depuis 20 ans. Il revisite une partie de sa vie en partant à la recherche de Margaret Le Coz.

C'est une réflexion sur les rencontres que l'on fait au hasard d’une vie et qui déterminent notre horizon, notre avenir. C'est l'univers de Modiano entre rêve et réalité, hasard et coïncidence... Membre : Outremont Modiano, Patrick. L'Horizon, Éditions Gallimard, collection Folio, 2010, 172 pages.

Cette oeuvre a déjà été suggérée par le Club des Irrésistibles, lire ici.

La Solitude des nombres premiers

Giordano, Paolo

La Solitude des nombres premi grand format

La beauté de ce roman ne réside pas tant dans l’histoire que dans l’écriture. C’est la première oeuvre d’un auteur italien qui est en train de préparer un doctorat en physique théorique et qui semble obsédé par les chiffres.

Le titre réfère aux nombres premiers qui ne sont divisibles que par un ou par eux-mêmes. Ils ne peuvent s’approcher de leur jumeau, car ils sont séparés par un nombre pair.

Il décrit la vie de deux amis en souffrance. Mattia est rongé par une culpabilité terrible, car à cause de son indifférence, sa sœur jumelle est morte en bas âge. Il s’automutile et, afin d’apaiser sa douleur, il se jette dans l’univers froid des mathématiques. Son amie, Alice, victime d’un grave accident très jeune, reste boiteuse et meurtrie. Son refuge à elle, c’est l’anorexie. Ces deux êtres se croisent à plusieurs reprises, mais malheureusement, ils ne se rapprochent jamais tels les nombres premiers.

Le style de Giordano est dénudé, froid, sans détails. Il décrit tout avec une troublante précision. C’est une histoire peu banale qui parle des difficultés de vivre et de communiquer quand on est différent.

Extrait : « Alice vit Mattia se rapetisser devant elle. Il garda le silence et repassa mentalement le mode d’emploi pour respirer. » Titre original : La solitudine dei numeri primi Membre : Lachine Giordano, Paolo. La Solitude des nombres premiers, Éditions du Seuil, 2008, 2009, 329 pages.

Cette oeuvre a déjà été suggérée par le Club des Irrésistibles, lire ici.

Les Chaussures italiennes

Henning, Mankell

Les Chaussures italie Mankell Fredrik Wellin s'est retiré sur sa petite île, en Suède. À 66 ans, il vit seul avec son chien et sa chatte. Un jour, son ancienne flamme, Harriet, se présente avec son déambulateur sur son territoire solitaire. Il lui avait fait faux bond, quarante ans plus tôt, l'abandonnant lâchement à l'aéroport, s'étant enfui une journée plus tôt que prévu. Elle est mourante et désire qu'il l’amène au lac forestier qu'il avait promis de lui montrer. Cette visite sera le début du bouleversement qui réveillera Fredrik et qui le ramènera à la vie. À la fois triste et touchant ! Titre original : Italienska skor Membre : Laval-Vimont Mankell, Henning. Les Chaussures italiennes, Éditions du Seuil, 2006, 2009, 340 pages. Cette oeuvre a déjà été suggérée par le Club des Irrésistibles, lire ici.

On regrettera plus tard

Ledig, Agnès

On regrettera plus tar Depuis sept ans, Éric vit dans une roulotte avec sa petite fille. Un soir d’orage, il se voit dans l’obligation de frapper à une maison afin de demander refuge. Valentine qui vit seule les accueille chaleureusement. La petite Anna a la fièvre. Valentine est institutrice, elle se laisse attendrir. L’orage, sans doute, changera le destin de ces trois personnes. L’auteure aborde le thème du deuil et de la séparation dans un contexte d’amitié et d’amour. Bonne lecture ! Abonnée : Germaine-Guèvremont Ledig, Agnès. On regrettera plus tard, Éditions Albin Michel, 2016, 310 pages.

Profession du père

Chalandon, Sorj

Profession du père page couverture 1

Écoutez le coup de cœur d’un membre du Club des Irrésistibles lu par Marie-Anne Poggi.

Irrésistibles 20160223

Chalandon, Sorj. Profession du père, Éditions Grasset, 2015, 315 pages.

Cette oeuvre a déjà été suggérée par le Club des Irrésistibles, lire ici.

Quelques pas dans les pas d'un ange

McNeil, David

Quelques pas dans la McNeil On dirait le titre d’un poème et en fait, ce livre est un long poème. David McNeil est le fils que Marc Chagall a eu avec sa compagne, Virginia Haggard, peu de temps après la mort de sa femme Bella. Né aux États-Unis, David porte le nom du mari de Virginia. Dans une langue magnifique, McNeil raconte des anecdotes de son enfance en France en compagnie de sa mère, de son père puis de la deuxième épouse de celui-ci. Il présente un Chagall qui vit dans sa bulle, constamment en train de créer, qui pique le sucre dans les restaurants et qui gratte les tubes de peinture en semblant ignorer qu’il est riche. C’est plein de tendresse et d’humour. En même temps, mine de rien, c’est une incursion dans l’intimité d’un génie qui laisse en mémoire à son fils « son doux sourire de faune, qui, comme celui du chat d’Alice au pays des Merveilles, reste toujours visible quand lui a disparu. » Membre : Lucienne McNeil, David. Quelques pas dans les pas d'un ange, Éditions Gallimard, collection Blanche, 2003, 155 pages.

Un concours de circonstances

Waldman, Amy

Un concours de circonstanc Quelques années après le 11 septembre, le jury chargé de choisir le projet de mémorial désigne parmi des dossiers anonymes un architecte américain musulman. La révélation de son nom crée un véritable scandale dans l'opinion publique. Le roman d'Amy Waldman, ancienne journaliste au New York Times, porte bien son nom. Le traumatisme vécu par l'Amérique révèle ainsi toutes les contradictions de ce peuple déchiré entre ses valeurs fondamentales et sa peur de ne pas paraître assez fort. Les circonstances font que la description des mécanismes politiques et médiatiques de cette affaire est passionnante. Les moindres réactions sont décortiquées, d'où qu'elles viennent, comme si l'auteure ne voulait rien laisser de côté dans son analyse. La fiction rejoint brusquement la réalité. Grand roman ! Titre original : Submission Membre : France Cette suggestion est proposée par un lecteur du Pays de Romans – France, membre du club de lecture Troquez vos Irrésistibles et partenaire du Club Les Irrésistibles des Bibliothèques de Montréal. Waldman, Amy. Un concours de circonstances, Éditions de l’Olivier, 2011, 2012, 401 pages.
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